Question n° 6 · Croyance et spiritualité

Comment se rapprocher d’Allah ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 5 min

As-salāmu ʿalaykum, je prie mais je me sens loin d’Allah. Par où commencer pour me rapprocher de Lui ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Un ḥadīth qudsī fixe l’ordre à suivre. Rien ne rapproche davantage d’Allah que ce qu’Il a rendu obligatoire, puis le serviteur continue de se rapprocher par les actes surérogatoires jusqu’à ce qu’Allah l’aime.

Apprenez d’abord ce que vous êtes tenu de savoir (croyance, purification, prière, jeûne), accomplissez les obligations, rattrapez ce que vous avez manqué et repentez-vous. Ajoutez ensuite des surérogatoires réguliers, même modestes, le dhikr, le Coran, la compagnie de gens de bien et le travail sur le cœur.

Détail de la réponse

Ce que signifie la proximité d’Allah

Le Prophète ﷺ rapporte qu’Allah dit :

وَإِنْ تَقَرَّبَ إِلَيَّ بِشِبْرٍ تَقَرَّبْتُ إِلَيْهِ ذِرَاعًا … وَإِنْ أَتَانِي يَمْشِي أَتَيْتُهُ هَرْوَلَةً

« S’il se rapproche de Moi d’un empan, Je Me rapproche de lui d’une coudée […], et s’il vient à Moi en marchant, Je viens à lui en hâtant le pas. » (al-Bukhārī, n° 7405)

Allah n’est ni dans un lieu ni à une distance. L’imām an-Nawawī (m. 676 H) explique :

وَمَعْنَاهُ مَنْ تَقَرَّبَ إِلَيَّ بِطَاعَتِي تَقَرَّبْتُ إِلَيْهِ بِرَحْمَتِي وَالتَّوْفِيقِ وَالْإِعَانَةِ

« Le sens est : celui qui se rapproche de Moi par l’obéissance, Je Me rapproche de lui par Ma miséricorde, l’assistance et l’aide. » (Sharḥ Ṣaḥīḥ Muslim, 17/3)

Étape 1 : apprendre ce qui vous est obligatoire

Al-Akhḍarī, dont le petit traité ouvre l’étude du fiqh mālikite, commence ainsi :

أَوَّلُ مَا يَجِبُ عَلَى الْمُكَلَّفِ: تَصْحِيحُ إِيمَانِهِ ثُمَّ مَعْرِفَةُ مَا يُصْلِحُ بِهِ فَرْضَ عَيْنِهِ كَأَحْكَامِ الصَّلَاةِ وَالطَّهَارَةِ وَالصِّيَامِ

« La première obligation de la personne responsable est de rectifier sa foi, puis de connaître ce qui rend valides ses obligations personnelles, comme les règles de la prière, de la purification et du jeûne. » (Matn al-Akhḍarī, p. 2)

Ibn ʿĀshir (m. 1040 H) a construit sur cette base son poème al-Murshid al-muʿīn, que nous enseignons. Il le divise en trois volets. Le premier traite de la croyance selon al-Ashʿarī, le deuxième du fiqh selon Mālik, et le troisième de la voie spirituelle d’al-Junayd.

Étape 2 : les obligations d’abord, puis les surérogatoires

Le Prophète ﷺ rapporte qu’Allah dit :

وَمَا تَقَرَّبَ إِلَيَّ عَبْدِي بِشَيْءٍ أَحَبَّ إِلَيَّ مِمَّا افْتَرَضْتُ عَلَيْهِ، وَمَا يَزَالُ عَبْدِي يَتَقَرَّبُ إِلَيَّ بِالنَّوَافِلِ حَتَّى أُحِبَّهُ

« Mon serviteur ne se rapproche pas de Moi par une chose que J’aime davantage que ce que Je lui ai rendu obligatoire. Et Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les actes surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. » (al-Bukhārī, n° 6502)

Ibn ʿĀshir compare l’obligatoire à un capital et le surérogatoire au bénéfice qu’on en tire. Cette image se trouve déjà chez Abū Ḥāmid al-Ghazālī (m. 505 H), dans Bidāyat al-hidāya (p. 28). Ibn ʿĀshir dit :

وَيَحْفَظُ الْمَفْرُوضَ رَاسِ المَالِ … وَالنَّفْلَ رِبْحَهُ يُوَالِي
وَيُكْثِرُ الذِّكْرَ بِصَفْوِ لُبِّهِ

« [L’aspirant] préserve l’obligatoire, son capital, enchaîne le surérogatoire, son bénéfice, et multiplie le dhikr d’un cœur limpide. » (al-Murshid al-muʿīn, dans le commentaire de Mayyāra, ad-Durr ath-thamīn, p. 582)

Les obligations comprennent aussi les devoirs envers les gens, et d’abord envers les parents. Un homme vint demander à Ibn ʿAbbās s’il pouvait se repentir d’un meurtre. Ibn ʿAbbās lui demanda si sa mère vivait encore. Il expliqua ensuite sa question à ʿAṭāʾ ibn Yasār : « إِنِّي لَا أَعْلَمُ عَمَلًا أَقْرَبَ إِلَى اللَّهِ ﷿ مِنْ بِرِّ الْوَالِدَةِ », « je ne connais pas d’œuvre qui rapproche davantage d’Allah que la bienfaisance envers la mère » (al-Bukhārī, al-Adab al-mufrad, n° 4).

Étape 3 : le repentir

Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī (m. 386 H) rassemble tout ce chemin dans un passage de ar-Risāla, une des épîtres de base de l’école :

وَالتَّوْبَةُ فَرِيضَةٌ مِنْ كُلِّ ذَنْبٍ مِنْ غَيْرِ إِصْرَارٍ … وَيَتَقَرَّبُ إِلَيْهِ بِمَا تَيَسَّرَ لَهُ مِنْ نَوَافِلِ الخَيْرِ، وَكُلُّ مَا ضَيَّعَ مِنْ فَرَائِضِهِ فَلْيَفْعَلْهُ الآنَ

« Le repentir est une obligation pour tout péché, sans persistance […]. Qu’il se rapproche de Lui par les œuvres surérogatoires qui lui sont faciles, et que toute obligation qu’il a négligée, il l’accomplisse maintenant. » (ar-Risāla, p. 309)

Al-Qushayrī (m. 465 H) dit dans sa Risāla : « التَّوْبَةُ أَوَّلُ مَنْزِلَةٍ مِنْ مَنَازِلِ السَّالِكِينَ وَأَوَّلُ مَقَامٍ مِنْ مَقَامَاتِ الطَّالِبِينَ », « le repentir est la première étape de ceux qui cheminent et la première station de ceux qui recherchent [Allah] » (1/207).

Al-Akhḍarī en donne les conditions :

وَشُرُوطُ التَّوْبَةِ النَّدَمُ عَلَى مَا فَاتَ، وَالنِّيَّةُ أَنْ لَا يَعُودَ إِلَى ذَنْبٍ فِيمَا بَقِيَ عَلَيْهِ مِنْ عُمُرِهِ، وَأَنْ يَتْرُكَ الْمَعْصِيَةَ فِي سَاعَتِهَا إِنْ كَانَ مُتَلَبِّسًا بِهَا، وَلَا يَحِلُّ لَهُ أَنْ يُؤَخِّرَ التَّوْبَةَ

« Les conditions du repentir sont le regret de ce qui est passé, l’intention de ne revenir à aucun péché pour le reste de sa vie, et l’abandon immédiat du péché si l’on s’y trouve. Il ne lui est pas permis de retarder le repentir. » (Matn al-Akhḍarī, p. 2)

Un tort fait à autrui se répare en restituant le droit ou en obtenant le pardon de la personne, et une prière manquée se rattrape.

Étape 4 : le dhikr et la prosternation

Allah dit : ﴿فَاذْكُرُونِي أَذْكُرْكُمْ﴾, « Souvenez-vous de Moi, Je Me souviendrai de vous » (al-Baqara, 2:152). Il dit aussi : ﴿وَاسْجُدْ وَاقْتَرِبْ﴾, « prosterne-toi et rapproche-toi » (al-ʿAlaq, 96:19). Le Prophète ﷺ a dit : « أَقْرَبُ مَا يَكُونُ الْعَبْدُ مِنْ رَبِّهِ وَهُوَ سَاجِدٌ، فَأَكْثِرُوا الدُّعَاءَ », « le serviteur n’est jamais aussi proche de son Seigneur que lorsqu’il est prosterné ; multipliez donc les invocations » (Muslim, n° 482). L’invocation et les causes de son exaucement sont traitées à la question #7.

À celui qui délaisse le dhikr parce que son cœur n’y est pas, Ibn ʿAṭāʾ Allāh (m. 709 H), cité par Zarrūq (m. 899 H) dans son commentaire de la Risāla, répond :

لَا تَتْرُكِ الذِّكْرَ لِعَدَمِ حُضُورِكَ مَعَ اللَّهِ فِيهِ فَإِنَّ غَفْلَتَكَ عَنْ وُجُودِ ذِكْرِهِ أَشَدُّ مِنْ غَفْلَتِكَ فِي وُجُودِ ذِكْرِهِ

« Ne délaisse pas le dhikr parce que ton cœur n’y est pas présent avec Allah, car ta négligence sans Son dhikr est pire que ta négligence avec Son dhikr. » (Sharḥ Zarrūq ʿalā ar-Risāla, 2/1074)

Étape 5 : le Coran

Le Compagnon Khabbāb ibn al-Aratt disait : « إِنِ اسْتَطَعْتَ أَنْ تَقَرَّبَ إِلَى اللَّهِ تَعَالَى، فَإِنَّكَ لَنْ تَقَرَّبَ إِلَيْهِ بِشَيْءٍ أَحَبَّ إِلَيْهِ مِنْ كَلَامِهِ », « si tu peux te rapprocher d’Allah, sache que tu ne te rapprocheras pas de Lui par une chose qu’Il aime davantage que Sa parole » (al-Bayhaqī, al-Asmāʾ wa-ṣ-ṣifāt, n° 514, qui juge la chaîne authentique). Lisez chaque jour une portion fixe, avec une traduction ou un tafsīr simple. Pour la lecture sans ablutions ou sur téléphone, voir la question #8.

Étape 6 : la compagnie et le cœur

Le Prophète ﷺ a dit : « إِنَّمَا مَثَلُ الْجَلِيسِ الصَّالِحِ وَالْجَلِيسِ السَّوْءِ، كَحَامِلِ الْمِسْكِ وَنَافِخِ الْكِيرِ », « le bon et le mauvais compagnon sont comme le porteur de musc et le souffleur de forge » (Muslim, n° 2628).

Le but de tout cela est le cœur, car le salut ne vient qu’à ﴿مَنْ أَتَى اللَّهَ بِقَلْبٍ سَلِيمٍ﴾, « celui qui vient à Allah avec un cœur sain » (ash-Shuʿarāʾ, 26:89). Mayyāra rapporte que chacun est tenu de connaître les maladies du cœur, comme la vanité (al-ʿujb) et ses semblables, et leurs remèdes. C’est une obligation personnelle. Il ajoute que cette science « لَا بُدَّ لَهُ مِنَ الشَّيْخِ », « requiert nécessairement un maître » (ad-Durr ath-thamīn, p. 546).

En pratique

  1. Étudiez un petit matn comme al-Akhḍarī ou Ibn ʿĀshir avec un enseignant.
  2. Priez les cinq prières à l’heure, avec leurs conditions, et commencez à rattraper celles que vous avez manquées (voir la question #21).
  3. Repentez-vous maintenant, avec regret, abandon et résolution, et réparez les torts faits aux autres.
  4. Ajoutez des surérogatoires réguliers, comme les deux rakʿas du fajr, le witr, quelques rakʿas la nuit, ou trois jours de jeûne par mois. Interrogé sur les œuvres les plus aimées d’Allah, le Prophète ﷺ a répondu : « أَدْوَمُهَا، وَإِنْ قَلَّ », « les plus constantes, même si elles sont peu nombreuses » (al-Bukhārī, n° 6465).
  5. Fixez-vous un dhikr quotidien (istighfār, ṣalāt sur le Prophète ﷺ, lā ilāha illā Llāh) et une portion de Coran.
  6. Prolongez vos prosternations et invoquez-y Allah, et choisissez votre entourage.

Allah sait mieux.

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