As-salāmu ʿalaykum, j’ai trouvé un téléphone dans le tram. Que dois-je en faire, et puis-je le garder si personne ne le réclame ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Un bien perdu par son propriétaire (luqṭa) reste à lui. Celui qui le ramasse en devient le dépositaire et doit l’annoncer. Selon l’école mālikite, la durée de l’annonce dépend de la valeur de l’objet :
- un objet de valeur s’annonce pendant une année entière, là où son propriétaire a des chances de le chercher ;
- une petite somme s’annonce quelques jours ;
- une chose insignifiante, que personne ne cherche, peut être gardée sans annonce.
Après l’année, le trouveur peut garder l’objet en dépôt, le donner en aumône ou se l’approprier. Mais il le doit à son propriétaire si celui-ci se présente un jour. Le téléphone trouvé dans le tram se remet au service des objets trouvés du transporteur, ou se rend directement à son propriétaire.
Les affaires jetées volontairement, sur le trottoir ou lors d’un débarras, sont traitées dans la réponse #283.
Détail de la réponse
Ce qu’est une luqṭa
Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H), dont le Mukhtaṣar est le texte de référence de l’école, la définit ainsi :
« اللقطة: مال معصوم: عرض للضياع »
« La luqṭa est un bien protégé exposé à se perdre. » (Mukhtaṣar Khalīl, p. 216)
Un bien « protégé » appartient à quelqu’un dont les biens sont respectés. Le fait de l’avoir trouvé ne transfère pas la propriété.
La base est le ḥadīth de Zayd ibn Khālid al-Juhanī, rapporté par Mālik :
« جَاءَ رَجُلٌ إِلَى رَسُولِ اللَّهِ ﷺ فَسَأَلَهُ عَنِ اللُّقَطَةِ؟ فَقَالَ: اعْرِفْ عِفَاصَهَا وَوِكَاءَهَا، ثُمَّ عَرِّفْهَا سَنَةً، فَإِنْ جَاءَ صَاحِبُهَا، وَإِلَّا فَشَأْنَكَ بِهَا »
« Un homme vint interroger le Messager d’Allah ﷺ au sujet de l’objet trouvé. Il dit : « Repère son contenant et son lien, puis annonce-le pendant un an. Si son propriétaire vient, [rends-le-lui], sinon fais-en ce que tu veux. » » (al-Muwaṭṭaʾ, Livre des jugements, n° 46, 2/757)
Faut-il ramasser l’objet ?
Ad-Dardīr (m. 1201 H) et ad-Dasūqī détaillent le cas selon deux critères : la confiance que l’on a en soi-même, et le risque qu’un malhonnête prenne l’objet si on le laisse (ash-Sharḥ al-kabīr et Ḥāshiyat ad-Dasūqī, 4/120).
- Le ramasser est obligatoire si l’on craint qu’un malhonnête s’en empare.
- C’est interdit à celui qui se sait capable de le détourner.
- Dans les autres cas, c’est réprouvé, selon l’avis que Khalīl juge « le meilleur ». Dans une rue, un tram ou une gare, le risque qu’un autre le garde pour lui est réel, et celui qui se sait honnête le ramasse alors pour le rendre.
Celui qui ramasse l’objet dans l’intention de se l’approprier en répond comme s’il l’avait usurpé, même s’il se perd ensuite sans sa faute (ash-Sharḥ al-kabīr, 4/121). L’intention, au moment de le prendre, doit donc être de le rendre.
Combien de temps l’annoncer ?
Ad-Dardīr distingue trois cas.
L’objet de valeur. Khalīl écrit « وتعريفه سنة ولو كدلو », « il l’annonce pendant un an, même s’il s’agit d’un seau » (Mukhtaṣar, p. 216). Ad-Dardīr précise que l’année compte à partir du jour où l’objet a été trouvé. Celui qui tarde à l’annoncer en répond s’il se perd.
La petite somme. Pour une pièce d’or ou quelques dirhams, ad-Dardīr retient un délai plus court :
« لَكِنَّ الرَّاجِحَ أَنَّهَا، وَإِنْ كَانَتْ فَوْقَ التَّافِهِ إلَّا أَنَّهَا دُونَ الْكَثِيرِ الَّذِي لَهُ بَالٌ فَتُعَرَّفُ أَيَّامًا عِنْدَ الْأَكْثَرِ بِمَظَانِّ طَلَبِهَا لَا سَنَةً »
« Mais l’avis le plus fort est que, si elle dépasse l’insignifiant, elle reste en dessous du bien important ; elle s’annonce donc quelques jours, selon la majorité, là où l’on peut la chercher, et non un an. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 4/120)
La chose insignifiante. Ad-Dardīr poursuit :
« (لَا تَافِهًا) أَيْ لَا إنْ كَانَ تَافِهًا لَا تَلْتَفِتُ إلَيْهِ النُّفُوسُ كُلَّ الِالْتِفَاتِ وَهُوَ مَا دُونَ الدِّرْهَمِ الشَّرْعِيِّ، أَوْ مَا لَا تَلْتَفِتُ النَّفْسُ إلَيْهِ وَتَسْمَحُ غَالِبًا بِتَرْكِهِ كَعَصًا وَسَوْطٍ وَشَيْءٍ مِنْ تَمْرٍ، أَوْ زَبِيبٍ فَلَا يُعَرَّفُ وَلَهُ أَكْلُهُ إذَا لَمْ يَعْلَمْ رَبَّهُ، وَإِلَّا مُنِعَ وَضَمِنَ »
« Sauf la chose insignifiante, à laquelle on ne prête pas vraiment attention, c’est-à-dire ce qui vaut moins qu’un dirham légal, ou ce à quoi l’on ne tient pas et que l’on abandonne d’ordinaire volontiers, comme un bâton, un fouet, quelques dattes ou raisins secs. On ne l’annonce pas, et il peut le manger s’il ne connaît pas son propriétaire ; s’il le connaît, cela lui est interdit et il en répond. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 4/120)
Le critère est donc l’usage. Une pièce de quelques centimes ou un stylo bon marché trouvés dans la rue entrent dans l’insignifiant. Un billet de cinquante euros entre au minimum dans la petite somme, à annoncer quelques jours là où il a été trouvé. Un téléphone, un portefeuille, une carte bancaire ou un bijou sont des biens de valeur.
Où et comment l’annoncer ?
Khalīl ajoute que l’annonce se fait « بمظان طلبها », « là où l’on peut la chercher », par exemple à la porte d’une mosquée. Elle se fait tous les deux ou trois jours, par le trouveur lui-même ou par une personne de confiance (Mukhtaṣar, p. 216). Ad-Dardīr précise qu’on l’annonce à la porte de la mosquée, et non à l’intérieur (ash-Sharḥ al-kabīr, 4/120). On ne décrit pas l’objet dans l’annonce, pour que le propriétaire soit seul à pouvoir en donner le signalement (ash-Sharḥ al-kabīr, 4/120-121). On le rend à celui qui décrit correctement son contenant, son lien et son contenu (Mukhtaṣar, p. 216).
Aujourd’hui, les lieux où l’on cherche un objet perdu sont connus. On peut remettre l’objet au service des objets trouvés d’une gare, d’un transporteur, d’un magasin ou d’une commune. Cela revient à le confier à « une personne de confiance », qui l’annonce et le garde. C’est souvent la manière la plus sûre de le faire revenir à son propriétaire. Un téléphone ou un portefeuille contiennent souvent de quoi joindre directement leur propriétaire. On le fait alors sans attendre.
Après l’année
Khalīl dit : « وله حبسها بعده أو التصدق أو التملك ولو بمكة ضامنا فيهما ». Ad-Dardīr l’explique :
« (وَلَهُ حَبْسُهَا بَعْدَهُ) أَيْ بَعْدَ تَعْرِيفِهَا السَّنَةَ، (أَوْ التَّصَدُّقُ بِهَا) عَنْ رَبِّهَا أَوْ نَفْسِهِ (أَوْ التَّمَلُّكُ) بِأَنْ يَنْوِيَ تَمَلُّكَهَا […] (وَلَوْ) وُجِدَتْ (بِمَكَّةَ) خِلَافًا لِمَنْ قَالَ لَا تُسْتَبَاحُ لُقَطَتُهَا بَعْدَ سَنَةٍ. وَيَجِبُ تَعْرِيفُهَا أَبَدًا حَالَ كَوْنِهِ (ضَامِنًا) لَهَا إذَا جَاءَ رَبُّهَا (فِيهِمَا) أَيْ فِي التَّصَدُّقِ بِوَجْهَيْهِ وَالتَّمَلُّكِ »
« Après l’avoir annoncée l’année, il peut la garder [en dépôt], la donner en aumône au nom de son propriétaire ou en son propre nom, ou se l’approprier en en formant l’intention, […] même si elle a été trouvée à Makkah, contrairement à ceux qui disent que l’objet trouvé à Makkah ne devient jamais permis après l’année. […] Il en répond envers son propriétaire, si celui-ci se présente, dans les cas de l’aumône et de l’appropriation. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 4/121)
Celui qui s’approprie l’objet, ou le donne en aumône, devra donc le rembourser si le propriétaire se présente plus tard. Celui qui l’a simplement gardé en dépôt, puis l’a perdu sans faute, n’en répond pas.
Note. L’objet trouvé à Makkah suit la même règle dans l’école. Ad-Dardīr signale l’avis contraire, selon lequel il ne devient jamais permis au trouveur et s’annonce sans fin (ash-Sharḥ al-kabīr, 4/121).
En pratique
- Une pièce de quelques centimes, un stylo, un objet sans valeur : vous pouvez le garder.
- Une petite somme : annoncez-la quelques jours là où vous l’avez trouvée.
- Un téléphone, un portefeuille, un bijou, une somme importante : contactez le propriétaire si c’est possible. Sinon, remettez l’objet aux objets trouvés du lieu, ou annoncez-le vous-même pendant un an. Ensuite, vous pouvez le garder ou le donner en aumône, en le remboursant si son propriétaire se présente.
Allah sait mieux.