Comment se protéger de ceux qui nous veulent du mal ? Commentant la réponse de Mūsā à Pharaon dans la sourate Ghāfir, l’imam Fakhr ad-Dīn ar-Rāzī en tire huit enseignements sur le recours à Allah.
L’imam ar-Rāzī dit, dans son commentaire de la parole d’Allah Très-Haut : « Et Mūsā dit : “Je cherche refuge auprès de mon Seigneur et de votre Seigneur contre tout orgueilleux qui ne croit pas au Jour des comptes.” » :
﴿وَقَالَ مُوسَى إِنِّي عُذْتُ بِرَبِّي وَرَبِّكُمْ مِنْ كُلِّ مُتَكَبِّرٍ لَا يُؤْمِنُ بِيَوْمِ الْحِسَابِ﴾
Ghāfir, 40 : 27
Sache que, lorsque le Très-Haut a rapporté ces paroles de Pharaon, Il a ensuite rapporté ce que Mūsā, sur lui la paix, a mentionné. Il a rapporté de lui qu’il a dit : « Je cherche refuge auprès de mon Seigneur et de votre Seigneur contre tout orgueilleux qui ne croit pas au Jour des comptes. »
(…) Le sens est qu’il n’a trouvé, pour repousser son mal, d’autre moyen que de chercher refuge auprès d’Allah et de s’en remettre à la grâce d’Allah. Dès lors, Allah l’a préservé de toute calamité et l’a fait parvenir à toute aspiration. Sache que ces paroles prononcées par Mūsā, sur lui la paix, renferment des enseignements.
Les huit enseignements
Premier enseignement : le terme « innī » en arabe indique l’insistance, ce qui prouve que la voie ferme et reconnue pour repousser les maux et les fléaux qui atteignent la personne consiste à s’en remettre à Allah et à placer sa confiance dans la protection d’Allah Très-Haut.
Deuxième enseignement : il a dit « Je cherche refuge auprès de mon Seigneur et de votre Seigneur ». De même que, lors de la récitation, le musulman dit : « Je cherche refuge auprès d’Allah contre Satan le lapidé », et qu’Allah préserve ainsi sa religion et son culte exclusif (ikhlās) des suggestions des démons parmi les djinns, de même, lorsque les fléaux et les peurs proviennent des démons parmi les hommes, si le musulman dit : « Je cherche refuge auprès d’Allah », alors Allah le préserve de tous les fléaux et de toutes les peurs.
Troisième enseignement : sa parole « Je cherche refuge auprès de mon Seigneur et de votre Seigneur » signifie comme si le serviteur disait : Allah, exalté soit-Il, est Celui qui m’a élevé, qui m’a fait progresser vers les degrés du bien, qui m’a protégé des fléaux et qui m’a accordé des bienfaits sans limite ni dénombrement. Dès lors que le Maître n’est autre qu’Allah, il incombe à l’homme doué de raison de ne revenir, pour repousser tous les fléaux, qu’à la protection d’Allah Très-Haut.
Quatrième enseignement : sa parole « et de votre Seigneur » contient une incitation dirigée vers le peuple de Mūsā, sur lui la paix, à l’imiter dans la recherche de refuge auprès d’Allah. La sagesse que cela nous indique est que lorsque les âmes pures et puissantes se rejoignent autour d’une même aspiration, l’effet en devient très puissant. C’est la raison fondamentale de l’accomplissement des prières en assemblée.
Cinquième enseignement : il n’a pas mentionné Pharaon dans cette invocation, car celui-ci avait auparavant exercé sur Mūsā un droit d’éducation sous certains aspects. Il a donc évité la désignation explicite par égard pour ce droit.
Sixième enseignement : bien que Pharaon ait manifesté cet acte, il n’y a aucun bénéfice à invoquer spécifiquement contre Pharaon lui-même. Il est préférable de chercher refuge auprès d’Allah pour repousser toute personne décrite par cette caractéristique, afin qu’y entre toute personne ennemie, qu’elle affiche cette hostilité ou qu’elle la dissimule.
Septième enseignement : ce qui pousse à s’attaquer aux gens repose sur deux causes :
- La première est l’orgueil et la dureté du cœur.
- La seconde est le déni de la résurrection et du Jour du Jugement.
En effet, l’orgueilleux au cœur dur peut être poussé par sa nature à nuire aux gens. Toutefois, s’il reconnaît la résurrection et les comptes, sa crainte du jugement l’empêche de suivre les exigences de son orgueil. Lorsqu’il ne possède pas la foi en la résurrection et au Jour du Jugement, la nature l’incite à nuire, et l’obstacle, qui est la crainte de l’interrogation et des comptes, disparaît. Lorsque cette crainte disparaît, la dureté et la nuisance se réalisent inévitablement.
Huitième enseignement : lorsque Pharaon a dit : « Laissez-moi tuer Mūsā », il a dit par moquerie : « Qu’il invoque donc son Seigneur » [Ghāfir, 40 : 26]. Mūsā répondit : ce que tu as mentionné par dérision, ô Pharaon, est la religion claire et la vérité lumineuse. J’invoque mon Seigneur et je Lui demande de repousser ton mal loin de moi. Tu verras comment mon Seigneur te dominera et comment Il me donnera pouvoir sur toi.
Sache que celui dont l’intellect embrasse ces enseignements sait qu’il n’existe pas de voie plus salutaire ni plus juste, pour repousser les ruses des ennemis et réduire à néant leurs intrigues, que de chercher refuge auprès d’Allah et de revenir à la protection d’Allah. Et Allah est plus savant.
Pour aller plus loin
- Les cours de tafsir de l’institut, pour lire le Qurʾān avec ses grands commentateurs ;
- Qu’est-ce que le tafsir ?, une présentation de la science de l’exégèse sur le blog de l’institut ;
- Qui sont les Messagers doués de résolution (ulū l-ʿazm) ?, dont Mūsā fait partie ;
- Comment faire pour que son invocation soit exaucée ?, sur les conditions et les bienséances de l’invocation ;
- « Allah efface ou confirme ce qu’Il veut » dans le tafsir d’Ibn ʿĀshūr, un autre extrait d’exégèse traduit.