Coran et tafsir

Les quatre voies pour expliquer le Qur’ān selon az-Zarkashī

Sommaire
  1. Les quatre voies d’après Az-Zarkashī
  2. Pourquoi l’opinion seule est interdite
  3. Pour aller plus loin
  4. Questions fréquentes

Comment expliquer le Qur’ān sans en trahir le sens ? Az-Zarkashī, dans son Al-Burhān fī ʿulūm al-Qur’ān, ramène les voies du tafsīr à quatre : la transmission du Prophète ﷺ, la parole des Compagnons, la langue arabe, puis le sens du discours et la compréhension que donne Allah. Il rappelle aussi pourquoi l’on ne doit jamais expliquer le Livre d’Allah par simple opinion.

Les quatre voies d’après Az-Zarkashī

Az-Zarkashī a dit dans Al-Burhān :

Celui qui se penche sur le Qur’ān pour en chercher l’explication dispose de nombreuses voies pour cela. Les principales sont au nombre de quatre :

1. La transmission rapportée du Prophète ﷺ

C’est la méthode la plus noble et la plus élevée. Mais il faut faire preuve de prudence face à ce qui est faible ou inventé, car cela est fréquent. C’est pourquoi Aḥmad (ibn Ḥanbal) a dit : « Trois sciences n’ont pas de fondement : les récits des batailles (Maghāzī), les récits sur les événements de la Fin des Temps (Malāḥim), et le Tafsīr (exégèse du Qur’ān). »

Les savants vérificateurs parmi ses compagnons ont expliqué que ce qu’il voulait dire est que, dans la majorité des cas, ces sciences ne reposent pas sur des chaînes de transmission authentiques et continues. Néanmoins, certains récits sont bien authentifiés, mais cela reste rare.

2. Se référer à l’avis des Compagnons

Qu’Allah soit satisfait d’eux. Leur explication du Qur’ān est considérée chez les savants du tafsīr comme ayant le même statut que le ḥadīth marfūʿ (attribué directement au Prophète ﷺ), comme l’a affirmé Al-Ḥākim dans son Mustadrak.

Quant à l’avis des Tābiʿīn (successeurs des Compagnons), il existe deux versions rapportées d’Aḥmad ibn Ḥanbal : l’une permet de s’y référer, l’autre l’interdit. Ibn ʿAqīl, parmi ses élèves, a choisi la version interdisant cela, et cela est aussi rapporté de Shuʿbah.

Cependant, la pratique courante des exégètes va à l’encontre de cela : ils ont rapporté dans leurs livres les avis des Tābiʿīn, car ces avis proviennent en majorité des Compagnons eux-mêmes. Il arrive qu’ils transmettent différentes expressions pour une même explication ; celui qui n’a pas de compréhension profonde pourrait penser qu’il s’agit là de divergences fondamentales et rapporte donc qu’ils ont plusieurs avis, alors qu’en réalité, chacun exprime un aspect de l’interprétation du verset selon ce qui lui semble plus évident ou en rapport avec la situation du questionneur. Certains peuvent aussi parler des implications ou des exemples liés, tandis que d’autres mentionnent l’objectif ou la conséquence, mais au final, tout cela revient souvent à un même sens.

S’il y a divergence de sorte à ce qu’on ne peut pas réunir les avis, on privilégiera l’avis rapporté le plus récemment de la même personne, à condition que les deux versions soient également authentiques. Si l’une est plus authentique que l’autre, on privilégiera la plus fiable.

3. Se référer à la langue arabe

Car le Qur’ān a été révélé dans la langue arabe. Cela a été mentionné par plusieurs savants, et Aḥmad ibn Ḥanbal l’a clairement dit en plusieurs endroits. Mais Al-Faḍl ibn Ziyād a rapporté de lui qu’on lui avait demandé s’il était permis d’expliquer le Qur’ān en s’aidant de vers de poésie arabe. Il répondit : « Cela ne me plaît pas. »

Certains ont compris de cela une interdiction, c’est pour cela que certains disent qu’il existe deux avis d’Aḥmad sur la question. D’autres ont dit que la réprobation (karāhah) s’applique à celui qui dévie le sens évident d’un verset vers des significations lointaines et peu courantes dans la langue des arabes, que l’on ne trouve qu’occasionnellement dans les poèmes ou autres, alors que le sens apparent du verset serait tout autre.

Al-Bayhaqī a rapporté dans Ash-Shuʿab que Mālik a dit : « Si un homme, ignorant la langue arabe, s’aventure à expliquer le Livre d’Allah, je ferais de lui un exemple (en le châtiant). »

لَا أُوتَى بِرَجُلٍ غَيْرِ عَالِمٍ بِلُغَاتِ الْعَرَبِ يُفَسِّرُ كِتَابَ اللَّهِ إِلَّا جَعَلْتُهُ نِكَالًا

4. L’interprétation selon le contexte et le sens global du discours

C’est ce que le Prophète ﷺ a invoqué pour Ibn ʿAbbās en disant :

« Ô Allah, donne-lui la compréhension de la religion et enseigne-lui l’interprétation (taʾwīl). »

C’est aussi ce qu’a voulu ʿAlī lorsqu’il dit :

« [Le Prophète ﷺ n’a rien caché du message d’Allah] sauf une compréhension qu’Allah accorde à un homme concernant le Qur’ān. »

Az-Zarkashī rapporte cette parole d’après al-Bukhārī (Kitāb al-Jihād de son Ṣaḥīḥ).

C’est pour cela que les Compagnons ont pu diverger dans la compréhension de certains versets, chacun s’exprimant selon son propre raisonnement et analyse. Mais il n’est pas permis d’expliquer le Qur’ān par simple opinion personnelle ou effort d’interprétation sans fondement clair.

Pourquoi l’opinion seule est interdite

Allah dit :

﴿وَلَا تَقْفُ مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ﴾

« Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. » (Sourate Al-Isrāʾ, 17:36)

Et Il dit également :

﴿وَأَنْ تَقُولُوا عَلَى اللَّهِ مَا لَا تَعْلَمُونَ﴾

« Et de dire sur Allah ce que vous ne savez pas. » (Sourate Al-Baqara, 2:169)

Le Prophète ﷺ a dit :

« Celui qui parle du Qur’ān en se basant sur son opinion personnelle, même s’il atteint la vérité, a certes commis une erreur. »

مَنْ تَكَلَّمَ فِي الْقُرْآنِ بِرَأْيِهِ فَأَصَابَ فَقَدْ أَخْطَأَ

Ce ḥadīth est rapporté par Abū Dāwūd, At-Tirmidhī et An-Nasā’ī.

Al-Bayhaqī a dit :

« Si ce ḥadīth est authentique — et Allah est plus savant — ce que l’on en comprend, c’est qu’il vise celui qui parle du Qur’ān en imitant aveuglément, sans qu’aucune preuve n’étaye sa parole. Quant à celui dont la parole est soutenue par une démonstration (burhān), il est permis de s’exprimer ainsi. »

Ibn Al-Ḥājj dit dans Al-Madkhal :

« Ce ḥadīth est sujet à discussion (sur son authenticité). Et s’il est avéré authentique, il signifie — et Allah est plus savant — que celui qui parle du Qur’ān sans en connaître la voie correcte a commis une erreur, car il lui incombe de revenir, pour l’interprétation des termes du Qur’ān, aux gens de la langue arabe ; et, pour connaître ce qui est abrogeant (nāsikh) et abrogé (mansūkh), les causes de la révélation et tout ce qui a besoin d’être clarifié, aux récits transmis par les Compagnons qui ont assisté à sa révélation et nous ont transmis des récits du Prophète ﷺ servant d’explications au Livre d’Allah.

Ce qui a été expliqué par le garant de la Législation (le Prophète ﷺ) suffit, et il n’y a pas besoin de réfléchir après lui ; mais ce qui n’a pas été éclairci par lui, alors les gens de science après lui doivent réfléchir et faire des déductions en s’aidant de ce qui a été clarifié pour interpréter ce qui ne l’a pas été. »

Il dit encore :

« Il se peut aussi que ce ḥadīth vise celui qui parle du Qur’ān selon son opinion personnelle, sans connaissance des fondements et des branches de la science. Même s’il tombe juste dans son interprétation, ce n’est pas louable, car il a atteint la vérité sans savoir, par pure coïncidence, ce qui n’est pas une bonne chose. »

Source : az-Zarkashī, Al-Burhān fī ʿulūm al-Qur’ān, au chapitre sur la connaissance du tafsīr et du taʾwīl, t. 2, p. 160 à 163 (pagination affichée par la Shamela).

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quelles sont les voies pour expliquer le Qur’ān ?

Az-Zarkashī en cite quatre : la transmission rapportée du Prophète ﷺ, l’avis des Compagnons, la langue arabe, et l’interprétation selon le contexte et le sens global du discours.

Peut-on expliquer le Qur’ān par son opinion personnelle ?

Non, pas sans fondement clair : Allah interdit de poursuivre ce dont on n’a aucune connaissance. Les savants cités expliquent que le ḥadīth sur l’opinion vise celui dont la parole n’est étayée par aucune preuve et qui ignore les fondements de la science.

Que signifie la parole d’Aḥmad sur les trois sciences sans fondement ?

Selon les savants vérificateurs de son école, elle signifie que ces sciences reposent, le plus souvent, sur des chaînes de transmission non authentiques, même si certains récits sont authentifiés.

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