As-salāmu ʿalaykum, on entend dire que la femme dont les règles se terminent à l’heure du ʿaṣr doit aussi prier le dhuhr. Est-ce l’avis de la majorité des savants, ou bien les écoles divergent-elles sur ce point ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Oui, c’est l’avis de la majorité des fuqahāʾ. Mālik, ash-Shāfiʿī et Aḥmad le retiennent, et il est rapporté de deux Compagnons, ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf et Ibn ʿAbbās. Abū Ḥanīfa ne demande que le ʿaṣr.
- Le dhuhr et le ʿaṣr partagent un temps commun qui reste ouvert jusqu’au coucher du soleil pour la personne excusée. La femme dont les règles finissent dans ce temps a donc atteint le temps des deux prières.
- Dans l’école mālikite, on compte à partir de la fin des règles, en ajoutant le temps du ghusl. S’il reste avant le coucher du soleil de quoi prier cinq unités, elle prie le dhuhr puis le ʿaṣr. S’il en reste moins, jusqu’à une unité, elle prie seulement le ʿaṣr.
- La nuit, s’il reste avant l’aube de quoi prier quatre unités, elle prie le maghrib puis le ʿishāʾ. S’il en reste moins, jusqu’à une unité, seulement le ʿishāʾ.
- Ces prières sont faites dans leur temps, celui de la nécessité, et ne comptent pas comme des prières manquées.
Détail de la réponse
Le temps commun du dhuhr et du ʿaṣr
Chaque prière a un temps de choix, dans lequel on la fait normalement, puis un temps de nécessité, réservé aux personnes excusées. Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H), dans son Mukhtaṣar, fixe la fin de ce second temps :
« وَالضَّرُورِيُّ بَعْدَ الْمُخْتَارِ لِلطُّلُوعِ فِي الصُّبْحِ وَلِلْغُرُوبِ فِي الظهرين وللفجر في العشاءين »
« Le temps de nécessité, après celui de choix, va jusqu’au lever du soleil pour le ṣubḥ, jusqu’au coucher du soleil pour le dhuhr et le ʿaṣr, et jusqu’à l’aube pour le maghrib et le ʿishāʾ. » (al-Mukhtaṣar, p. 27)
Le temps de nécessité du dhuhr s’étend donc jusqu’au coucher du soleil, comme celui du ʿaṣr. Khalīl compte ensuite les règles parmi les excuses qui permettent d’y prier sans faute. La femme dont les règles finissent au ʿaṣr se trouve encore dans le temps du dhuhr, et le dhuhr lui devient obligatoire. Elle le prie donc dans son temps, comme le ʿaṣr.
Les fuqahāʾ rapprochent ce cas du regroupement du voyageur, qui prie le dhuhr dans le temps du ʿaṣr. Ce temps appartient aux deux prières pour celui qui a une excuse.
Ce qui est rapporté des Compagnons
Ibn Abī Shayba (m. 235 H) rapporte de ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf :
« إِذَا طَهُرَتِ الْحَائِضُ قَبْلَ غُرُوبِ الشَّمْسِ صَلَّتِ الظُّهْرَ وَالْعَصْرَ، وَإِذَا طَهُرَتْ قَبْلَ الْفَجْرِ صَلَّتِ الْمَغْرِبَ وَالْعِشَاءَ »
« Si la femme en règles devient pure avant le coucher du soleil, elle prie le dhuhr et le ʿaṣr ; si elle devient pure avant l’aube, elle prie le maghrib et le ʿishāʾ. » (al-Muṣannaf, n° 7205)
Al-Bayhaqī (m. 458 H) rapporte d’Ibn ʿAbbās :
« إذا طَهَرَتِ المَرأَةُ في وقتِ صَلاةِ العَصرِ فلتَبدأْ بالظُّهرِ فلتُصَلِّها، ثم لتُصَلِّ العَصرَ، وإِذا طَهَرَت في وقتِ العِشاءِ الآخِرَةِ فلتَبدأْ فلتُصَلِّ المَغرِبَ والعِشاءَ »
« Si la femme devient pure au temps de la prière du ʿaṣr, qu’elle commence par le dhuhr et le prie, puis qu’elle prie le ʿaṣr ; et si elle devient pure au temps du ʿishāʾ, qu’elle commence par prier le maghrib, puis le ʿishāʾ. » (as-Sunan al-kubrā, n° 1837)
Ibn al-Mulaqqin (m. 804 H) dit de ces deux propos qu’ils sont bien connus de ces deux Compagnons (al-Badr al-munīr, 3/302).
Qui retient cet avis et qui le conteste
Ibn al-Mundhir (m. 319 H), qui a recensé les avis des savants dans al-Awsaṭ, cite ces deux Compagnons puis ajoute :
« وَبِهِ قَالَ طَاوُسٌ، وَالنَّخَعِيُّ، وَمُجَاهِدٌ، وَالزُّهْرِيُّ، وَرَبِيعَةُ بْنُ أَبِي عَبْدِ الرَّحْمَنِ، وَمَالِكُ بْنُ أَنَسٍ، وَاللَّيْثُ بْنُ سَعْدٍ، وَالشَّافِعِيُّ، وَأَحْمَدُ بْنُ حَنْبَلٍ، وَأَبُو ثَوْرٍ، وَإِسْحَاقُ »
« C’est l’avis de Ṭāwus, an-Nakhaʿī, Mujāhid, az-Zuhrī, Rabīʿa ibn Abī ʿAbd ar-Raḥmān, Mālik ibn Anas, al-Layth ibn Saʿd, ash-Shāfiʿī, Aḥmad ibn Ḥanbal, Abū Thawr et Isḥāq. » (al-Awsaṭ, 2/244)
Il rapporte ensuite l’avis contraire d’al-Ḥasan al-Baṣrī, de Qatāda et de Ḥammād ibn Abī Sulaymān, puis celui d’Abū Ḥanīfa :
« وَحُكِيَ عَنِ النُّعْمَانِ أَنَّهُ قَالَ: لَا يَجِبُ عَلَيْهَا إِلَّا الصَّلَاةُ الَّتِي طَهُرَتْ فِي وَقْتِهَا »
« On rapporte d’an-Nuʿmān [Abū Ḥanīfa] qu’il a dit : elle ne doit que la prière dans le temps de laquelle elle est devenue pure. » (al-Awsaṭ, 2/245)
Ibn Rushd al-Ḥafīd (m. 595 H) explique l’origine de la divergence. Selon lui, Abū Ḥanīfa considère que la fin de journée appartient au seul ʿaṣr et qu’il n’existe pas de temps commun aux deux prières, parce qu’il n’admet pas le regroupement du voyageur dans le temps de l’une d’elles (Bidāyat al-mujtahid, 1/106). Celui qui admet ce regroupement en déduit le temps commun pour les personnes excusées.
Trois des quatre écoles et la plupart des savants des premières générations obligent la femme à prier le dhuhr, et l’école ḥanafite ne lui demande que le ʿaṣr.
Note. Les trois écoles qui obligent au dhuhr divergent sur le temps qui suffit. Chez les shāfiʿites, selon l’avis le plus apparent de leur école, et chez les ḥanbalites, le temps d’une takbīra avant le coucher du soleil suffit à rendre les deux prières obligatoires (an-Nawawī, al-Majmūʿ, 3/66). L’école mālikite demande davantage, comme on le voit ci-dessous.
Le compte mālikite
Pour la femme en règles, on compte le temps à partir de la fin des règles, en ajoutant celui du ghusl. Khalīl dit : « والمعذور وغير كافر يقدر له الطهر » « pour la personne excusée autre que le non-musulman, on compte le temps de la purification » (al-Mukhtaṣar, p. 27).
Les quatre dernières unités avant le coucher du soleil appartiennent au seul ʿaṣr. Pour que le dhuhr soit dû, il faut donc qu’il reste au moins une unité de plus, soit cinq unités. Al-Qāḍī ʿAbd al-Wahhāb (m. 422 H) l’explique ainsi :
« أن الحائض إذا طهرت وقد بقي من النهار قدر ثمان ركعات صلت الظهر والعصر لأنها قد أدركت وقتهما، وكذلك إن بقي عليها سبع ركعات أو ست أو خمس، فإن بقي أقل من خمس: صلت العصر ولم تصل الظهر لأن وقتها قد فات »
« Si la femme en règles devient pure alors qu’il reste du jour de quoi prier huit unités, elle prie le dhuhr et le ʿaṣr, car elle a atteint leur temps, et de même s’il lui reste sept, six ou cinq unités. S’il en reste moins de cinq, elle prie le ʿaṣr et ne prie pas le dhuhr, car son temps est passé. » (al-Maʿūna, 1/263)
Pour la femme en voyage, qui raccourcit les deux prières, il suffit de trois unités. La nuit, le compte est de quatre unités avant l’aube, trois pour le maghrib et une pour le ʿishāʾ, et Mālik oblige alors aux deux prières (al-Maʿūna, 1/263).
Note. Ibn al-Mājishūn et Muḥammad ibn Maslama, deux compagnons de Mālik, ne demandaient que le ʿishāʾ dans ce cas de quatre unités avant l’aube (al-Maʿūna, 1/263). L’avis de Mālik reste celui de l’école.
En pratique
- Vérifiez la fin des règles par leurs signes habituels (voir #14).
- Estimez le temps du ghusl, puis comparez ce qui reste avant le coucher du soleil au temps de cinq unités.
- S’il reste de quoi les prier, faites le ghusl et priez le dhuhr, puis le ʿaṣr.
- S’il reste moins, mais au moins de quoi prier une unité, priez seulement le ʿaṣr.
- Avant l’aube, appliquez le même compte avec quatre unités, pour le maghrib puis le ʿishāʾ.
- Faites le ghusl sans tarder dès que vous constatez la fin des règles, car le temps qui reste est souvent court.
Et Allah sait mieux.