Comment Abū Jahl, l’un des pires ennemis du Prophète ﷺ, a-t-il fini par rendre à un étranger l’argent qu’il lui devait ? Ce récit rapporté par Ibn Isḥāq dans la Sīra montre le courage du Messager d’Allah ﷺ et l’effroi qu’Allah mettait dans le cœur de son ennemi.
Ibn Isḥāq a dit : « L’ennemi d’Allah, Abū Jahl, malgré son hostilité envers le Messager d’Allah ﷺ, la haine qu’il lui vouait et la dureté avec laquelle il le traitait, Allah l’humiliait lorsqu’il le voyait. »
L’homme d’Irāsh et sa créance
Les auteurs des ouvrages de Sīra rapportent qu’un homme de la tribu d’Irāsh arriva à La Mecque avec des chameaux lui appartenant. Abū Jahl ibn Hishām les lui acheta, puis tarda à lui en payer le prix. L’homme se rendit alors auprès d’une assemblée de Quraysh, tandis que le Messager d’Allah ﷺ était assis à l’écart, dans un coin de la mosquée.
Il dit : « Ô gens de Quraysh ! Qui me fera obtenir mon dû auprès d’Abū al-Ḥakam ibn Hishām ? Je suis un étranger, un voyageur de passage, et il m’a privé de mon droit ! »
Les gens de l’assemblée lui dirent alors, en désignant le Messager d’Allah ﷺ et en se moquant de lui, car ils connaissaient l’hostilité qui existait entre lui et Abū Jahl : « Tu vois cet homme ? Va le voir, il te fera obtenir ton dû. »
L’homme s’approcha donc du Messager d’Allah ﷺ et lui exposa son affaire. Le Messager d’Allah ﷺ se leva et partit avec lui.
Lorsqu’ils le virent partir avec l’homme, ils dirent à l’un d’entre eux : « Suis-le et regarde ce qu’il va faire. »
À la porte d’Abū Jahl
Le Messager d’Allah ﷺ partit donc avec l’homme jusqu’à la maison d’Abū Jahl et frappa à sa porte.
« Qui est là ? » demanda Abū Jahl.
Il répondit : « Muḥammad. Sors me voir. »
Abū Jahl sortit alors. Son visage était entièrement blême, vidé de son sang, et son teint avait changé.
Le Prophète ﷺ lui dit : « Donne à cet homme ce qui lui revient. »
Il répondit : « Oui, je vais le faire. Ne pars pas avant que je lui aie donné ce qui lui appartient. »
Il entra chez lui, ressortit avec la somme due et la remit à l’homme. Le Messager d’Allah ﷺ s’en alla ensuite et dit à l’homme : « Va maintenant à tes affaires. »
L’homme retourna auprès de l’assemblée et leur dit : « Qu’Allah le récompense en bien ! J’ai récupéré ce qui m’était dû. »
L’homme qu’ils avaient envoyé pour les suivre revint à son tour.
Ce que dit Abū Jahl à Quraysh
Ils lui demandèrent : « Malheur à toi ! Qu’as-tu vu ? »
Il répondit : « Une chose absolument stupéfiante ! Par Allah, à peine avait-il frappé à sa porte qu’Abū Jahl sortit comme s’il n’avait plus d’âme en lui. Il lui dit : “Donne à cet homme ce qui lui revient.” Abū Jahl répondit : “Oui. Ne pars pas avant que je lui aie rendu son dû.” Il entra alors, ressortit avec ce qu’il lui devait et le lui donna. »
Peu après, Abū Jahl arriva à son tour.
Ils lui dirent : « Malheur à toi ! Qu’est-ce qui t’est arrivé ? Par Allah, nous ne t’avons jamais vu agir ainsi ! »
Il répondit : « Malheur à vous ! Par Allah, dès qu’il frappa à ma porte et que j’entendis sa voix, je fus rempli de terreur. Puis je sortis vers lui et, au-dessus de sa tête, il y avait un immense étalon parmi les chameaux. Jamais je n’avais vu chez un chameau une tête, un cou et des crocs semblables aux siens. Par Allah, si j’avais refusé, il m’aurait dévoré ! »
Ô Allah, prie sur le plus courageux des hommes, accorde-lui la paix et Tes bénédictions, lui qui fut le plus patient d’entre eux, le plus prompt à porter secours, le plus noble, le plus chevaleresque et le plus magnanime.
Où lire ce récit
Ce récit figure dans la Sīra d’Ibn Hishām (t. 2, p. 27 de l’édition de Ṭāhā ʿAbd ar-Raʾūf Saʿd), d’après Ibn Isḥāq, qui le tient de ʿAbd al-Malik ibn ʿAbd Allāh ibn Abī Sufyān ath-Thaqafī. Al-Bayhaqī le rapporte aussi dans les Dalāʾil an-nubuwwa (t. 2, p. 193 de l’édition consultée) et as-Suhaylī le commente dans ar-Rawḍ al-unuf.
Pour aller plus loin
- Étudier la vie du Prophète ﷺ avec un enseignant : la Sīra à l’institut Din-ul-Qayyima, et les cours de Sīra.
- Replacer ces épisodes dans leur époque : les cours d’histoire de l’islam et pourquoi étudier l’histoire de l’islam.
- Sur l’amour porté au Prophète ﷺ : le Mawlid est-il permis ?
Questions fréquentes
Que raconte l’histoire d’Abū Jahl et de l’homme d’Irāsh ?
Abū Jahl avait acheté des chameaux à un étranger sans les lui payer. Les notables de Quraysh l’envoyèrent par moquerie vers le Prophète ﷺ, qui alla frapper à la porte d’Abū Jahl et obtint aussitôt que la dette soit réglée.
Pourquoi Abū Jahl a-t-il payé immédiatement ?
Selon son propre récit à Quraysh, il fut rempli de terreur en entendant la voix du Prophète ﷺ, et il vit au-dessus de sa tête un immense étalon parmi les chameaux, dont il dit qu’il l’aurait dévoré s’il avait refusé.
Qui rapporte ce récit ?
Il est cité par Ibn Isḥāq, dans la Sīra d’Ibn Hishām, et par les auteurs d’ouvrages de Sīra après lui.