Par où commencer la grammaire arabe, et comment en garder une vue d’ensemble ? Quatre vers didactiques ramènent tout le naḥw à cinq axes : les fondements, le nominatif, l’accusatif, le génitif et le jussif. Voici ces vers, leur traduction et leur commentaire.
L’étude de la langue arabe, et plus particulièrement de ʿilm al-naḥw (la grammaire), constitue la clef d’accès aux sciences de la religion. Un des savants a rassemblé en ces quatre vers didactiques de manière synthétique et intéressante les éléments principaux de cette discipline afin de donner une vision globale de ses sujets à l’étudiant, lui facilitant l’appréhension de cette matière. Voici les vers :
مَبَاحِثُ عِلْمِ النَّحْوِ خَمْسٌ نَظَمْتُهَا — وَمَا شَذَّ مِنْهَا قُلْ إِلَيْهَا رَوَاجِعُ
ثَلَاثَةُ أَبْوَابٍ مَبَادِئُ عِلْمِهِ: — كَلَامٌ وَإِعْرَابٌ مَعَارِفُ تَتْبَعُ
وَقُلْ عَدَدُ الْمَرْفُوعِ مِنْهُنَّ سَبْعَةٌ — وَمَنْصُوبُهُ خَمْسٌ وَعَشْرٌ نَوَاصِعُ
وَمَبْحَثُ مَجْرُورَاتِهِ قُلْ ثَلَاثَةٌ — وَخَامِسُهَا الْمَجْزُومُ وَهُوَ الْمُضَارِعُ
Le Naḥu se résume en ces cinq grands piliers,
Et les cas singuliers y reviennent liés.
Discours, déclinaison, et le Nom défini,
Sont les trois points avec lesquels on introduit.
Sept sont les « marfū’āt », ou les Nominatifs,
Puis quinze Accusatifs, d’un éclat des plus vifs.
Trois sont les Génitifs ; le cinquième sujet
Est le Jussif du verbe, et tout est au complet.
Commentaire
Le poète résume ici l’ensemble des questions du naḥw à cinq axes fondamentaux (mabāḥith), tout en précisant que ce qui pourrait paraître s’en écarter s’inscrit en réalité toujours dans la globalité d’un de ces fondements :
I. Les Fondements (al-Mabādiʾ)
Le deuxième vers décrit les bases préliminaires généralement abordées au début de l’étude de la grammaire :
- Al-Kalām (le discours) : il s’agit de définir la parole au sens des grammairiens, en disant que c’est la parole dotée de sens complet (al-lafdh al-mufīd), avec ses éléments constitutifs, à savoir le nom (al-ism), le verbe (al-fiʿl) et la particule (al-ḥarf).
- Al-Iʿrāb (la déclinaison) : il désigne les variations affectant la terminaison des mots selon leur fonction syntaxique et les facteurs (’awāmil) qui les régissent.
- Al-Maʿārif (les définis) : il s’agit de la distinction entre le nakirah et le maʿrifah, entre les termes définis et non définis, et le recensement de toutes les ma’ārif (termes définis) qui sont au nombre de huit : al-ḍamīr (le pronom), al-ʿalam (le nom propre), ism al-ishārah (le nom démonstratif), ism al-mawṣūl (le nom relatif), al-muḥallā bi al (le nom défini par « al »), al-munādā al-muʿayyan (le vocatif déterminé), al-muḍāf ilā maʿrifah (le nom annexé à un défini), mā uḍīfa ilā al-ḍamīr (le nom annexé à un pronom, au même rang que le nom propre).
Il y a d’ailleurs un des savants qui les a également réunis par des vers qui sont :
فَمُضْمَرٌ أَعْرَفُها ثُمَّ الْعَلَمْ … وَاسْمُ إِشارَةٍ وَمَوصولٌ مُتَمّْ
وَذُو أَداةٍ، أَوْ مُنادىً عُيِّنًا … أَوْ ذُو إِضافَةٍ بِها تَبَيَّنَا
وَما أُضِيفَ لِلضَّمِيرِ كَالْعَلَمْ ** وَاللهُ أَعْرَفُ الأَسَامِي وَأَتَمّْ
II. Les Fonctions du Nom (Aḥkām al-Asmāʾ)
L’auteur répartit ensuite les états du nom selon leurs cas de déclinaison :
- Al-Marfūʿāt : elles sont au nombre de sept, et constituent les éléments principaux de la phrase : al-fāʿil (le sujet du verbe), nāʾib al-fāʿil (le sujet du verbe passif), al-mubtadaʾ (le sujet de la phrase nominale), al-khabar (le prédicat), ism kāna wa akhawātihā (le nom de kāna et ses semblables), khabar inna wa akhawātihā (le prédicat de inna et ses semblables), al-tābiʿ lil-marfūʿ (ce qui suit un marfūʿ : an-naʿt (l’adjectif qualificatif), al-ʿaṭf (la coordination), at-tawkīd (l’insistance), al-badal (l’apposition))
- Al-Manṣūbāt : elles sont au nombre de quinze, et regroupent les fonctions complétives et explicatives de la phrase.
La liste est citée notamment dans l’épître d’Al-Ājurrumiyya où l’auteur dit :
« Al-Manṣūbāt sont au nombre de quinze al-mafʿūl bihi (le complément d’objet direct), al-maṣdar (le complément absolu), dharf az-zamān (le complément circonstanciel de temps), dharf al-makān (le complément circonstanciel de lieu), al-ḥāl (l’état circonstanciel), at-tamyīz (le complément explicatif), al-mustathnā (l’exception), ism lā (le nom de lā de négation absolue), al-munādā (le vocatif), al-mafʿūl li-ajlih (le complément de cause), al-mafʿūl maʿah (le complément d’accompagnement), khabar kāna wa akhawātihā (le prédicat de kāna et ses semblables), ism inna wa akhawātihā (le nom de inna et ses semblables), at-tābiʿ lil-manṣūb (ce qui suit un manṣūb : an-naʿt (l’adjectif qualificatif), al-ʿaṭf (la coordination), at-tawkīd (l’insistance), al-badal (l’apposition)) »
- Al-Majrūrāt : elles sont au nombre de trois, et concernent le nom lorsqu’il est régi par une particule (ḥarf jarr), par l’annexion (iḍāfah) ou par dépendance grammaticale (tabaʿiyyah).
Note intéressante : ces trois sont rassemblées dans la Basmala :
بِسْمِ اللهِ الرَّحْمٰنِ الرَّحِيمِ
En effet, le bāʾ de bismi constitue un ḥarf jarr qui met le nom qui suit au cas majrūr ; le mot Allāh est majrūr par iḍāfah, étant le second terme de l’annexion (iḍāfah) avec ism ; enfin, ar-Raḥmān et ar-Raḥīm sont majrūr par tabaʿiyyah, car ils suivent le nom Allāh en tant que qualificatifs (naʿt) et prennent donc le même cas.
III. La Spécificité du Verbe : al-Jazm (l’apocope)
Le cinquième axe concerne le majzūm. Le poète dit : « wa huwa al-muḍāriʿu » ce qui indique que le jazm est propre à un seul domaine : au verbe à l’inaccompli. En effet, l’apocope (jazm) n’affecte que ce verbe lorsqu’il est précédé d’un facteur (’āmil) de jussion (jāzim).
WAllahu a’lam !
Questions fréquentes
Quels sont les cinq axes de la grammaire arabe selon ces vers ?
Les fondements (le discours, la déclinaison et les définis), les sept marfūʿāt, les quinze manṣūbāt, les trois majrūrāt, et le jazm propre au verbe inaccompli.
Pourquoi le jazm ne concerne-t-il que le verbe ?
Parce que l’apocope n’affecte que le verbe à l’inaccompli (al-muḍāriʿ) lorsqu’il est précédé d’un facteur de jussion.
Pour aller plus loin
- Les cours de langue arabe et de balāgha de l’institut, pour étudier le naḥw dans un cursus suivi.
- Apprendre l’arabe pour comprendre le Coran, sur la place de la langue dans l’étude de la religion.
- L’Ājurrumiyya en livre audio, pour mémoriser le texte cité dans le commentaire.
- Pourquoi le Qurʾān a-t-il été révélé en langue arabe ?, pour comprendre l’enjeu de cette langue.
- Le manṭūq et le mafhūm en uṣūl al-fiqh, une application de la grammaire à la lecture des textes.