As-salāmu ʿalaykum, je recommence à prier et je veux rattraper ce que je dois. Je ne sais pas exactement à quel moment je suis devenue pubère : j’avais une poussée de poitrine et des poils avant d’avoir mes règles. À partir de quand dois-je compter ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
La prière devient obligatoire à la puberté, pour la personne saine d’esprit. Dans l’école mālikite, la puberté est établie par le premier de ces signes : l’émission de sperme (en rêve ou éveillé), les poils durs du pubis, et pour la fille les règles ou une grossesse. À défaut de tout signe, elle est établie par dix-huit ans révolus. La poussée de la poitrine, les poils des aisselles ou de la barbe ne comptent pas.
Toutes les prières manquées depuis ce moment se rattrapent, selon la méthode exposée dans la réponse #21. Celui qui devient pubère pendant le temps d’une prière doit cette prière, même s’il ne reste que de quoi faire une rakʿa, et même s’il l’avait déjà priée enfant.
Le cas du nouveau converti est traité dans la réponse #271.
Détail de la réponse
La prière est due à la puberté
Avant la puberté, l’enfant n’est pas tenu. Ibn ʿAbd al-Barr (m. 463 H), mālikite de Cordoue, écrit dans al-Kāfī :
« القلم مرفوع عن المجنون حتى يفيق وعن الصبي حتى يحتلم كما ثبت عن النبي ﷺ »
« Le calame est levé pour le fou jusqu’à ce qu’il retrouve la raison, et pour l’enfant jusqu’à ce qu’il atteigne la puberté, comme cela est établi du Prophète ﷺ. » (al-Kāfī, 1/331)
Les parents l’y habituent cependant. Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H), dont le Mukhtaṣar est le texte de référence de l’école, écrit : « وأمر صبي بها لسبع وضرب لعشر », « on ordonne la prière à l’enfant à sept ans, et on le corrige pour elle à dix ans » (Mukhtaṣar, p. 27). La question de la correction est traitée dans la réponse #67.
Les signes de la puberté
Khalīl énumère cinq signes, et ad-Dardīr (m. 1201 H) les commente :
« (بِثَمَانِ عَشْرَةَ) سَنَةً أَيْ بِتَمَامِهَا وَقِيلَ بِالدُّخُولِ فِيهَا (أَوْ الْحُلُمِ) أَيْ الْإِنْزَالِ مُطْلَقًا وَإِنْ كَانَ الْأَصْلُ فِيهِ الْإِنْزَالَ فِي النَّوْمِ (أَوْ الْحَيْضُ أَوْ الْحَمْلُ) بِالنِّسْبَةِ لِلْأُنْثَى (أَوْ الْإِنْبَاتُ) أَيْ النَّبَاتُ الْخَشِنُ لَا الزَّغَبُ لِلْعَانَةِ لَا لِلْإِبْطِ أَوْ اللِّحْيَةِ أَوْ الشَّارِبِ فَإِنَّهُ يَتَأَخَّرُ عَنْ الْبُلُوغِ »
« [La puberté s’établit] par dix-huit ans, c’est-à-dire révolus, et l’on a dit dès l’entrée dans cette année ; ou par l’émission de sperme, de façon générale, même si le mot désigne à l’origine l’émission pendant le sommeil ; ou par les règles ou la grossesse, pour la femme ; ou par la pousse des poils durs, et non du duvet, sur le pubis, et non sous les aisselles, sur le menton ou au-dessus de la lèvre, car ces poils-là viennent après la puberté. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 3/293)
Il en ressort :
- L’émission de sperme est un signe pour le garçon comme pour la fille, en rêve ou éveillé. Une fille qui la constate est pubère même sans avoir eu ses règles.
- Les règles et la grossesse sont propres à la fille.
- Les poils durs du pubis sont un signe pour les deux, même sans règles ni émission. Ad-Dardīr conclut que c’est l’avis de l’école, dans les obligations envers Allah comme ailleurs : « وَالْمَذْهَبُ الْأَوَّلُ وَهُوَ أَنَّهُ عَلَامَةٌ مُطْلَقًا كَغَيْرِهِ », « l’avis de l’école est le premier : c’est un signe dans tous les cas, comme les autres » (ash-Sharḥ al-kabīr, 3/293).
- Dix-huit ans révolus s’appliquent à celui qui n’a eu aucun des signes précédents.
Le développement de la poitrine n’est pas un signe. Al-Majlisī (m. 1302 H) rapporte d’az-Zurqānī, après les signes propres à la fille : « ولا يعتبر فيهما كبر النهد أي الثدي », « on ne tient pas compte, pour ces deux signes, du développement de la poitrine » (Lawāmiʿ ad-durar, 9/437). Ad-Dardīr cite aussi des indices plus faibles, l’odeur des aisselles, le nez qui se divise à son extrémité et la voix qui devient grave (ash-Sharḥ al-kabīr, 3/293). Ils s’ajoutent aux signes sans les remplacer.
Pour la lectrice, la poussée de poitrine ne compte donc pas. Si des poils durs étaient apparus au pubis avant les règles, la puberté date de ce moment.
Note. Sur l’âge, d’autres avis existent dans l’école : seize ans, retenu par certains, et quinze ans selon Ibn Wahb, qui s’appuie sur le ḥadīth d’Ibn ʿUmar autorisé à combattre à quinze ans (al-Majlisī, Lawāmiʿ ad-durar, 9/435). L’avis retenu reste dix-huit ans révolus.
Que rattraper ?
Toute prière obligatoire non faite depuis la puberté se rattrape, que l’oubli, le sommeil ou la négligence en soient la cause : « وجب قضاء فائتة مطلقا », « il est obligatoire de rattraper toute prière manquée, sans distinction » (Khalīl, Mukhtaṣar, p. 34). Le calcul du nombre de prières, le rythme et l’ordre sont exposés dans la réponse #21. Celui qui ignore la date exacte de sa puberté prend le premier signe dont il est sûr, ou à défaut l’époque où elle est le plus probable, et compte de manière à ne plus avoir de doute sur ce qu’il doit.
Devenir pubère pendant le temps d’une prière
Le temps d’une prière se prolonge par le temps de nécessité, jusqu’au coucher du soleil pour le dhuhr et le ʿaṣr, jusqu’à l’aube pour le maghrib et le ʿishāʾ, jusqu’au lever du soleil pour le ṣubḥ (voir #117). Ad-Dardīr écrit, au sujet de l’enfance comptée parmi les excuses :
« (وَصِبًا) فَإِذَا بَلَغَ فِي الضَّرُورِيِّ وَلَوْ بِإِدْرَاكِ رَكْعَةٍ صَلَّاهَا وَلَا إثْمَ عَلَيْهِ وَتَجِبُ عَلَيْهِ وَلَوْ كَانَ صَلَّاهَا قَبْلُ »
« Et l’enfance : s’il devient pubère dans le temps de nécessité, même en n’atteignant que de quoi faire une rakʿa, il fait cette prière, sans péché, et elle lui est obligatoire même s’il l’avait priée auparavant. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/183-184)
Le garçon qui a prié le dhuhr à midi puis constate une émission avant le coucher du soleil refait donc le dhuhr et fait le ʿaṣr. On lui accorde en effet le temps de se laver (« (وَالْمَعْذُورُ) مِمَّنْ ذُكِرَ (غَيْرُ كَافِرٍ يُقَدَّرُ لَهُ الطُّهْرُ) », ash-Sharḥ al-kabīr, 1/184). La prière n’est donc due que s’il reste, après le temps d’une purification normale, de quoi faire une rakʿa. Pour devoir deux prières qui partagent un temps, il faut qu’il reste de quoi faire la première et une rakʿa de la seconde (« والظهران والعشاءان بفصل ركعة عن الأولى », Mukhtaṣar, p. 27). La fille dont les premières règles s’arrêtent suit les règles exposées dans la réponse #14.
En pratique
- Datez votre puberté par le premier signe reconnu dont vous êtes sûr. La poitrine ne compte pas.
- Rattrapez les prières manquées depuis cette date, selon la réponse #21.
Allah sait mieux.