As-salāmu ʿalaykum, en vacances au bled, j’ai vu des voyageurs saluer après deux rakʿas derrière l’imam de la mosquée, qui priait quatre. Est-ce permis ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Le voyageur qui prie derrière un imam résident prie quatre rakʿas avec lui dès qu’il en rattrape une rakʿa complète. Saluer après deux rakʿas derrière cet imam rend la prière nulle. S’il ne rattrape qu’une partie moindre, il raccourcit.
À l’inverse, le résident qui prie derrière un imam voyageur attend que l’imam salue après deux rakʿas, puis se lève et complète seul. S’il se lève volontairement avant le salut, sa prière est nulle.
Détail de la réponse
Les conditions du voyage (distance, début du raccourcissement) sont exposées dans la réponse #20. Nous traitons ici de la prière en groupe entre voyageurs et résidents. Le séjour de quelques jours et le retour chez soi sont traités dans la réponse #272.
Le voyageur derrière un imam résident
Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H), dont le Mukhtaṣar est le texte de référence de l’école, envisage les deux cas, et ad-Dardīr (m. 1201 H) commente :
« (وَإِنْ اقْتَدَى مُقِيمٌ بِهِ) أَيْ بِالْمُسَافِرِ (فَكُلٌّ) مِنْهُمَا (عَلَى سُنَّتِهِ) أَيْ عَلَى طَرِيقَتِهِ (وَكُرِهَ) ذَلِكَ لِمُخَالَفَتِهِ نِيَّةَ إمَامِهِ (كَعَكْسِهِ) وَهُوَ اقْتِدَاءُ الْمُسَافِرِ بِالْمُقِيمِ (وَتَأَكَّدَ) الْكُرْهُ لِمُخَالَفَةِ الْمُسَافِرِ سُنَّتَهُ بِلُزُومِهِ الْإِتْمَامَ وَلِذَا قَالَ (وَتَبِعَهُ) بِأَنْ يُتِمَّ مَعَهُ وَلَوْ نَوَى الْقَصْرَ كَمَا فِي النَّقْلِ إنْ أَدْرَكَ مَعَهُ رَكْعَةً »
« Si un résident prie derrière un voyageur, chacun suit sa propre voie. C’est réprouvé, parce que l’intention de l’un diffère de celle de son imam, de même que l’inverse, le voyageur derrière le résident. Dans ce second cas la réprobation est plus forte, parce que le voyageur est alors tenu de prier complet et quitte sa sunna. C’est pourquoi Khalīl dit qu’il le suit, c’est-à-dire qu’il complète avec lui, même s’il avait l’intention de raccourcir, selon ce qui est transmis, s’il a rattrapé avec lui une rakʿa. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/365)
Ad-Dasūqī (m. 1230 H) précise la condition de la rakʿa :
« وَأَمَّا إنْ نَوَى الْقَصْرَ فَإِنْ أَدْرَكَ مَعَ الْإِمَامِ رَكْعَةً أَوْ أَكْثَرَ فَإِنَّهُ يُتِمُّ صَلَاتَهُ وَإِنْ لَمْ يُدْرِكْ مَعَهُ رَكْعَةً فَإِنَّهُ يَقْصُرُ وَلَا يُتِمُّ »
« S’il a eu l’intention de raccourcir et qu’il a rattrapé avec l’imam une rakʿa ou plus, il complète sa prière ; s’il n’a pas rattrapé une rakʿa avec lui, il raccourcit et ne complète pas. » (Ḥāshiyat ad-Dasūqī, 1/365)
Celui qui arrive pendant le dernier tashahhud prie donc deux rakʿas après le salut de l’imam.
Ibn ʿAbd al-Barr (m. 463 H) rapporte que cette règle est admise par les savants :
« وَقَدْ أَجْمَعُوا عَلَى أَنَّ الْمُسَافِرَ إِذَا أَدْرَكَ رَكْعَةً مِنْ صَلَاةِ الْمُقِيمِ لَزِمَهُ الْإِتْمَامُ »
« Ils ont été unanimes à dire que le voyageur qui rattrape une rakʿa de la prière du résident est tenu de prier complet. » (at-Tamhīd, 16/315)
ʿAbd Allāh ibn ʿUmar le pratiquait : « كَانَ يُصَلِّي وَرَاءَ الْإِمَامِ بِمِنًى أَرْبَعًا، فَإِذَا صَلَّى لِنَفْسِهِ صَلَّى رَكْعَتَيْنِ », « il priait quatre rakʿas derrière l’imam à Minā, et quand il priait seul, il en priait deux » (Mālik, al-Muwaṭṭaʾ, 1/149).
Saluer après deux rakʿas. Le voyageur qui se sépare de l’imam résident en saluant après deux rakʿas a contredit son imam par l’intention et par l’acte, et sa prière est nulle. Ad-Dardīr le dit à propos d’un cas voisin. Un voyageur entre dans une prière en croyant que l’imam est voyageur, et découvre qu’il est résident. Il refait sa prière en tout temps, « لِأَنَّهُ إنْ سَلَّمَ مِنْ اثْنَتَيْنِ خَالَفَهُ نِيَّةً وَفِعْلًا », « car s’il salue après deux rakʿas, il l’a contredit par l’intention et par l’acte » (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/366). Celui qui a prié ainsi refait donc sa prière.
Refaire la prière dans le temps. Le voyageur qui a prié complet derrière le résident doit-il refaire sa prière ? Khalīl écrit qu’il ne la refait pas (« وَلَمْ يُعِدْ »). Ad-Dardīr indique que l’avis retenu est au contraire de la refaire tant que le temps dure (« وَالْمُعْتَمَدُ الْإِعَادَةُ بِوَقْتٍ »). Ad-Dasūqī explique que c’est l’avis de la Mudawwana, et que celui de ne pas refaire est d’Ibn Rushd. Il en donne la raison, « لِأَنَّ الصَّلَاةَ فِي الْجَمَاعَةِ فَضِيلَةٌ وَالْقَصْرَ سُنَّةٌ وَالْفَضِيلَةُ لَا تَسُدُّ لَهُ مَسَدَّ السُّنَّةِ », « parce que la prière en groupe est un mérite et le raccourcissement une sunna, et le mérite ne remplace pas pour lui la sunna » (ash-Sharḥ al-kabīr et Ḥāshiyat ad-Dasūqī, 1/365). Le voyageur qui a prié quatre rakʿas derrière l’imam de la mosquée refait donc, s’il le peut, la prière en voyageur avant la fin de son temps.
Note. Ad-Dasūqī signale que la réprobation repose sur l’avis d’Ibn Rushd, pour qui la sunna du raccourcissement est plus forte que celle de la prière en groupe. Pour al-Lakhmī, la prière en groupe passe avant, et il n’y a pas de réprobation (Ḥāshiyat ad-Dasūqī, 1/365).
Le résident derrière un imam voyageur
Chacun suit sa voie. L’imam voyageur salue après deux rakʿas. Le résident ne salue pas avec lui. Il se lève après son salut et complète seul les deux rakʿas restantes. Ad-Dardīr précise, à propos d’un cas voisin, que les résidents complètent « أَفْذَاذًا لَا مُؤْتَمِّينَ بِغَيْرِهِ لِامْتِنَاعِ إمَامَيْنِ فِي صَلَاةٍ وَاحِدَةٍ », « chacun seul, sans suivre un autre imam, car il ne peut y avoir deux imams dans une même prière » (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/366).
Se lever avant le salut de l’imam. Le résident est dans la situation de celui qui a rejoint la prière en retard et se lève pour compléter ce qui lui manque. Ad-Dasūqī écrit de ce dernier :
« فَإِنْ قَامَ لَهُ قَبْلَ سَلَامِهِ بَطَلَتْ […] وَهَذَا إذَا قَامَ عَمْدًا أَوْ جَهْلًا فَإِنْ قَامَ سَهْوًا أَلْغَى مَا فَعَلَ وَرَجَعَ لِلْإِمَامِ فَإِنْ لَمْ يَتَذَكَّرْ إلَّا بَعْدَ سَلَامِ الْإِمَامِ فَلَا يَرْجِعُ وَيُلْغِي كُلَّ مَا فَعَلَهُ قَبْلَ سَلَامِ الْإِمَامِ »
« S’il se lève pour compléter avant le salut de l’imam, sa prière est nulle […], s’il s’est levé volontairement ou par ignorance. S’il s’est levé par distraction, il ne tient pas compte de ce qu’il a fait et revient à l’imam ; s’il ne s’en rend compte qu’après le salut de l’imam, il ne revient pas, et il ne compte rien de ce qu’il a fait avant ce salut. » (Ḥāshiyat ad-Dasūqī, 1/345)
Le résident qui s’est levé par distraction avant le salut de l’imam voyageur reprend donc, après ce salut, la rakʿa qu’il avait commencée.
En pratique
- Derrière un imam résident, priez quatre rakʿas avec lui, et refaites ensuite votre prière en voyageur avant la fin de son temps si vous le pouvez.
- Si vous arrivez après la dernière inclinaison de l’imam résident, priez deux rakʿas après son salut.
- Derrière un imam voyageur, attendez son salut avant de vous lever pour compléter.
Allah sait mieux.