Question n° 235 · Omra et Ḥajj

J’ai oublié le sacrifice (hady) de mon Ḥajj tamattuʿ et je suis rentré en France, que faire ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 5 min

As-salāmu ʿalaykum, j’ai fait le Ḥajj en tamattuʿ. Je n’ai pas fait égorger mon sacrifice, je l’ai tout simplement oublié, et je m’en suis souvenu plusieurs mois après mon retour en France. Mon Ḥajj est-il valide ? Que dois-je faire maintenant ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Votre Ḥajj est valide. Le sacrifice du tamattuʿ (le hady) reste une dette à votre charge. Il ne tombe ni par l’oubli, ni par votre retour, ni par le temps écoulé.

Dans l’école mālikite, ce hady se fait à Makkah. Vous chargez donc une personne de confiance ou un organisme sur place d’acheter un mouton et de l’égorger pour vous à Makkah. Comme la bête n’a pas été menée à ʿArafa, elle peut être égorgée n’importe quel jour de l’année. Il ne suffit pas d’égorger un mouton en France, ni d’en donner le prix en aumône.

Si vous n’avez réellement pas les moyens de ce sacrifice, vous jeûnez dix jours, au moment que vous voulez.

Détail de la réponse

Le hady du tamattuʿ reste dû

Le tamattuʿ consiste à faire une Omra pendant les mois du Ḥajj, puis le Ḥajj la même année. Allah dit :

﴿فَمَنْ تَمَتَّعَ بِالْعُمْرَةِ إِلَى الْحَجِّ فَمَا اسْتَيْسَرَ مِنَ الْهَدْيِ فَمَنْ لَمْ يَجِدْ فَصِيَامُ ثَلَاثَةِ أَيَّامٍ فِي الْحَجِّ وَسَبْعَةٍ إِذَا رَجَعْتُمْ تِلْكَ عَشَرَةٌ كَامِلَةٌ ذَلِكَ لِمَنْ لَمْ يَكُنْ أَهْلُهُ حَاضِرِي الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ﴾

« Quiconque a joui de la Omra jusqu’au Ḥajj doit faire un sacrifice qui lui soit facile. S’il n’en trouve pas les moyens, il jeûnera trois jours pendant le Ḥajj et sept jours une fois rentrés, soit en tout dix jours. Cela est prescrit pour celui dont la famille ne réside pas auprès de la Mosquée sacrée. » (al-Baqara, 2:196)

Ce sacrifice devient dû dès l’iḥrām du Ḥajj. Il devient définitif quand le pèlerin jette les cailloux à Jamrat al-ʿAqaba, le jour du Sacrifice. Muḥammad ʿIllīsh (m. 1299 H), mufti mālikite d’al-Azhar, l’explique dans son commentaire du Mukhtaṣar de Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H), le texte de référence de l’école :

« (وَدَمُ التَّمَتُّعِ يَجِبُ) وُجُوبًا مُوسَعًا قَابِلًا لِلسُّقُوطِ (بِإِحْرَامِ الْحَجِّ) وَيَتَحَتَّمُ بِرَمْيِ جَمْرَةِ الْعَقَبَةِ يَوْمَ النَّحْرِ »

« Le sacrifice du tamattuʿ devient dû par l’iḥrām du Ḥajj, d’une obligation large qui peut encore tomber, et il devient définitif par le jet des cailloux à Jamrat al-ʿAqaba le jour du Sacrifice. » (Minaḥ al-jalīl, 2/241)

Une fois définitif, ce sacrifice est une vraie dette. Khalīl dit même que si le pèlerin meurt avant de l’avoir offert, ses héritiers doivent le payer sur l’ensemble de ses biens :

« وَإِنْ مَاتَ مُتَمَتِّعٌ فَالْهَدْيُ مِنْ رَأْسِ مَالِهِ؛ إنْ رَمَى الْعَقَبَةَ »

« Si un pèlerin en tamattuʿ meurt, le sacrifice se prend sur l’ensemble de ses biens, s’il a jeté les cailloux de Jamrat al-ʿAqaba. » (Mukhtaṣar, p. 75, vocalisé d’après Minaḥ al-jalīl, 2/378)

ʿIllīsh précise au même endroit que les héritiers doivent le sortir, même s’il absorbe tous les biens et même si le défunt ne l’a pas demandé par testament. Si cette dette survit à la mort, elle survit à plus forte raison à l’oubli et au retour au pays. Votre Ḥajj, lui, est complet. Le hady est une obligation qui l’accompagne, et son retard ne touche pas sa validité.

Où et quand le faire égorger

Le hady s’égorge dans le territoire sacré, jamais ailleurs. Khalīl fixe le lieu :

« وَالنَّحْرُ بِمِنًى إنْ كَانَ فِي حَجٍّ، وَوَقَفَ بِهِ هُوَ أَوْ نَائِبُهُ: كَهُوَ بِأَيَّامِهَا، وَإِلَّا فَمَكَّةُ »

« Le sacrifice se fait à Minā s’il est lié à un Ḥajj, si le pèlerin ou son représentant s’est tenu avec la bête [à ʿArafa] comme il s’y tient lui-même, et pendant ses jours. Sinon, c’est à Makkah. » (Mukhtaṣar, p. 75, vocalisé d’après Minaḥ al-jalīl, 2/374)

Votre bête n’a pas été menée à ʿArafa, et les jours de Minā sont passés. Son lieu est donc Makkah. ʿIllīsh précise que c’est obligatoire, et que l’abattage ne compte ni à Minā ni ailleurs (Minaḥ al-jalīl, 2/374). À Makkah, il n’y a pas de limite de jours. Al-Lakhmī (m. 478 H), cité par al-Ḥaṭṭāb, dit :

« وَأَمَّا مَكَّةُ، فَكُلُّ أَيَّامِ السَّنَةِ مَنْحَرٌ بِهَا وَمَذْبَحٌ »

« À Makkah, tous les jours de l’année sont des jours d’abattage. » (Mawāhib al-jalīl, 3/185)

Le sacrifice égorgé à Makkah plusieurs mois après le Ḥajj est donc valable. La bête doit avoir été prise hors du territoire sacré puis amenée à Makkah, et peu importe que ce soit le pèlerin ou son représentant qui l’amène (Minaḥ al-jalīl, 2/375). Sur ce point et sur les organismes d’abattage, voyez #197.

Envoyer le sacrifice par un mandataire

Puisque vous êtes en France, vous chargez quelqu’un de le faire pour vous. Ce peut être une personne de confiance à Makkah, un pèlerin qui part en Omra, ou un organisme d’abattage. Le mandataire achète la bête, la fait égorger à Makkah avec l’intention de votre hady de tamattuʿ, et vous le confirme.

Donner le prix du mouton en aumône en France ne remplace pas le sacrifice. ʿAbd Allāh ibn ʿAbd al-Ḥakam (m. 214 H), disciple de Mālik, l’écrit dans son Mukhtaṣar, que commente al-Abharī (m. 375 H) :

« وَإِنْ تَصَدَّقَ بِثَمَنِ هَدْيٍ، فَلَا يُجْزِيهِ حَتَى يَبْعَثَ بِهَدْيٍ »

« S’il donne en aumône le prix d’un hady, cela ne lui suffit pas, jusqu’à ce qu’il envoie un hady. » (al-Abharī, Sharḥ al-Mukhtaṣar al-kabīr, 1/428)

Al-Abharī explique que le verset « فَمَا اسْتَيْسَرَ مِنَ الْهَدْيِ » impose l’abattage du hady quand il est possible.

Si vous n’avez pas les moyens

Le jeûne remplace le hady seulement pour celui qui ne peut pas l’offrir. Les mālikites tiennent compte de l’argent que le pèlerin possède dans son pays. Khalīl dit que le jeûne ne suffit pas à celui qui « وَجَدَ مُسَلِّفًا لِمَالٍ بِبَلَدِهِ », « trouve quelqu’un pour lui avancer l’argent, alors qu’il a des biens dans son pays ». ʿIllīsh explique qu’il est alors considéré comme aisé (Minaḥ al-jalīl, 2/372). Celui qui a de quoi payer un mouton, une fois rentré en France, n’a donc pas droit au jeûne.

Si vous n’avez réellement pas cette somme, vous jeûnez dix jours. Les trois jours prévus « pendant le Ḥajj » sont passés, mais ils restent dus. ʿIllīsh dit de celui qui a laissé passer les jours de Minā sans les jeûner :

« أَوْ أَخَّرَ الثَّلَاثَةَ حَتَّى فَاتَتْ أَيَّامُ مِنًى فَإِنَّهُ يَصُومُهَا مَعَ السَّبْعَةِ مَتَى شَاءَ »

« S’il a retardé les trois jours jusqu’à ce que les jours de Minā soient passés, il les jeûne avec les sept, quand il veut. » (Minaḥ al-jalīl, 2/371)

En pratique

  • Ne vous inquiétez pas pour votre Ḥajj : il est valide.
  • Faites égorger dès que possible un mouton à Makkah par un mandataire, avec l’intention du hady de votre tamattuʿ. N’importe quel jour convient.
  • Un mouton égorgé en France, ou son prix donné en aumône, ne remplace pas ce sacrifice.
  • Si vous n’en avez vraiment pas les moyens, jeûnez dix jours, ensemble ou séparés, quand vous le pouvez.

Allah sait mieux.

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