As-salāmu ʿalaykum, je récite souvent en cuisinant, à côté de la poubelle. J’écoute aussi des cours ou du Coran en faisant le ménage, y compris quand je nettoie les toilettes. Dois-je couper le son ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Réciter le Coran dans la cuisine est permis, car la cuisine est un lieu propre. Il en va de même de la chambre et du salon. Dans les toilettes, l’école mālikite interdit de réciter le Coran, et elle réprouve le dhikr prononcé avec la langue. Nous en déduisons que l’on coupe un enregistrement du Coran avant d’y entrer, et qu’il vaut mieux mettre aussi le cours en pause. Le son qui vient d’une autre pièce ne pose pas de problème. Pour les papiers qui portent le nom d’Allah, voir #217.
Détail de la réponse
Réciter dans la cuisine, la chambre ou le salon
L’imam Mālik fut interrogé sur la récitation au ḥammām, le bain public. Il répondit :
« القراءة بكل مكان حسنة، ليس الحمام بموضع قراءة، فإن قرأ الإنسان الآيات فليس بذلك بأس »
« La récitation est bonne en tout lieu. Le ḥammām n’est pas un endroit pour réciter ; si l’on y récite quelques versets, il n’y a pas de mal. » (al-Bayān wa-t-taḥṣīl, 18/258)
Ibn Rushd al-Jadd (m. 520 H), juge de Cordoue, en donne la raison. Le ḥammām « n’est presque jamais exempt d’impureté » (« إذ لا ينفك عن النجاسة في أغلب الأحوال », même page).
Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī reprend cette règle dans ar-Risāla, une des épîtres de base de l’école : « ولا ينبغي أن يقرأ في الحمام إلا الآيات اليسيرة ولا يكثر », « on ne doit réciter au ḥammām que quelques versets, sans en réciter beaucoup » (Sharḥ Ibn Nājī ʿalā ar-Risāla, 2/483).
La cuisine est un lieu propre où l’on prépare la nourriture, et une poubelle fermée n’en fait pas un lieu d’impureté. La chambre et le salon sont propres eux aussi. On y récite donc sans réserve. On évite seulement de poser le muṣḥaf là où il risque d’être sali.
Le Coran et le dhikr dans les toilettes
Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H), dont le Mukhtaṣar est le texte de référence de l’école, range parmi les règles de bienséance de ce lieu : « dans les toilettes, il écarte le dhikr d’Allah » (« وبكنيف نحى ذكر الله », Mukhtaṣar, p. 21).
Ad-Dardīr (m. 1201 H) explique que cette règle a deux degrés. Pour le dhikr, elle est une recommandation. Pour le Coran, elle est une obligation :
« (وَبِكَنِيفٍ) أَيْ عِنْدَ إرَادَةِ دُخُولِهِ (نَحَّى) أَيْ بَعُدَ (ذِكْرَ اللَّهِ) نَدْبًا فِي غَيْرِ الْقُرْآنِ وَكُرِهَ لَهُ الذِّكْرُ بِاللِّسَانِ كَدُخُولِهِ بِوَرَقَةٍ أَوْ دِرْهَمٍ أَوْ خَاتَمٍ فِيهِ ذِكْرُ اللَّهِ مَا لَمْ يَكُنْ مَسْتُورًا أَوْ خَافَ عَلَيْهِ الضَّيَاعَ وَإِلَّا جَازَ، وَوُجُوبًا فِي الْقُرْآنِ فَيَحْرُمُ عَلَيْهِ قِرَاءَتُهُ فِيهِ مُطْلَقًا قَبْلَ خُرُوجِ الْحَدَثِ أَوْ حِينَهُ أَوْ بَعْدَهُ »
« Avant d’entrer aux toilettes, il écarte le dhikr d’Allah, par recommandation pour ce qui n’est pas du Coran. Il lui est réprouvé d’y faire le dhikr avec la langue, comme d’y entrer avec une feuille, une pièce ou une bague portant le dhikr d’Allah, sauf si l’objet est couvert ou s’il craint de le perdre, auquel cas c’est permis. Pour le Coran, l’écarter est obligatoire, et il lui est interdit de le réciter en ce lieu dans tous les cas, avant, pendant ou après s’être soulagé. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/107)
Ad-Dasūqī (m. 1230 H) le confirme dans sa glose. À l’intérieur des toilettes, l’interdiction de réciter est absolue. Ailleurs, elle dépend de la situation (Ḥāshiyat ad-Dasūqī, 1/108).
Écouter le Coran ou un cours aux toilettes
Les anciens n’ont pas connu l’enregistrement, et leurs textes portent sur celui qui récite. Nous en tirons ce qui suit.
- Un enregistrement du Coran que vous faites entrer avec vous (téléphone, enceinte, écouteurs) fait réciter le Coran dans ce lieu. Nous l’assimilons donc à la récitation que le texte d’ad-Dardīr interdit. Coupez-le avant d’entrer.
- Un cours contient des versets, des ḥadīths et le nom d’Allah. Le dhikr prononcé avec la langue est réprouvé dans ce lieu, et nous appliquons la même retenue au cours : mettez-le en pause. L’écouter n’est pas un péché tant qu’il ne récite pas le Coran.
- Le son qui vient de l’extérieur ne vous est pas reproché : la radio d’une autre pièce, la récitation d’une mosquée voisine, un cours resté dans le couloir. La récitation a lieu dans un endroit propre, et vous ne la faites pas entrer.
Le même jugement vaut pour celui qui nettoie des toilettes dans le cadre de son travail.
Un téléphone qui contient une application du Coran n’a pas le statut du muṣḥaf (voir #8). On ne laisse pas pour autant un verset affiché à l’écran en entrant.
En pratique
- Réciter dans la cuisine, la chambre ou le salon : permis. Posez le muṣḥaf dans un endroit propre.
- Avant d’entrer aux toilettes : coupez le Coran, mettez le cours en pause, et couvrez ou rangez ce qui porte le nom d’Allah (feuille, bague, écran).
- Si l’objet est dans une poche ou un sac fermé, ou si vous craignez de le perdre en le laissant dehors, vous pouvez entrer avec.
- Le son d’une autre pièce ou d’une mosquée voisine : rien à faire.
Allah sait mieux.