Question n° 265 · Société et vie quotidienne

Les jeux vidéo sont-ils permis ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 3 min

As-salāmu ʿalaykum, je joue aux jeux vidéo le soir après le travail. Est-ce permis, et y a-t-il des jeux que je dois éviter ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Le divertissement en lui-même est permis, puisque le Prophète ﷺ a laissé ʿĀʾisha regarder les Abyssins jouer et a rappelé qu’il y a « un moment pour ceci et un moment pour cela ». Un jeu vidéo se juge comme tout jeu, et il est permis s’il ne contient pas d’interdit, ne fait pas manquer la prière et ne mène ni au pari ni à la dépendance.

Les jeux où le joueur accomplit lui-même, par son personnage, un geste de culte païen sont à éviter, ou au moins ces quêtes. La musique se coupe dans les réglages. Les achats aléatoires payants (« loot boxes ») ressemblent fortement au jeu de hasard et sont à refuser.

Les films, séries et mangas sont traités dans la réponse #89, et les échecs dans la réponse #266.

Détail de la réponse

Le délassement est permis, dans une juste mesure

ʿĀʾisha rapporte :

لَقَدْ رَأَيْتُ رَسُولَ اللهِ ﷺ يَوْمًا عَلَى بَابِ حُجْرَتِي، وَالْحَبَشَةُ يَلْعَبُونَ فِي الْمَسْجِدِ، وَرَسُولُ اللهِ ﷺ يَسْتُرُنِي بِرِدَائِهِ، أَنْظُرُ إِلَى لَعِبِهِمْ.

« J’ai vu un jour le Messager d’Allah ﷺ à la porte de ma chambre, tandis que les Abyssins jouaient dans la mosquée ; le Messager d’Allah ﷺ me couvrait de son manteau et je regardais leur jeu. » (al-Bukhārī, aṣ-Ṣaḥīḥ, kitāb aṣ-ṣalāt, 1/98)

Le Compagnon Ḥandhala, lui, s’inquiétait. Une fois sorti de l’assemblée du Prophète ﷺ, il ne ressentait plus la même crainte qu’en sa présence. Le Prophète ﷺ lui répondit :

وَلَكِنْ، يَا حَنْظَلَةُ! سَاعَةً وَسَاعَةً

« Mais, ô Ḥandhala, un moment pour ceci et un moment pour cela. » (Muslim, aṣ-Ṣaḥīḥ, kitāb at-tawba, 4/2107)

Le repos de l’âme fait donc partie de la vie du croyant, dans deux limites, le contenu et le temps.

Le contenu du jeu

Un jeu vidéo se juge comme tout jeu, et il est permis s’il ne contient pas d’interdit, ne fait pas manquer la prière et ne mène ni au pari ni à la dépendance. Les critères du contenu exposés dans la réponse #89 pour les films et les mangas s’y appliquent : pas de nudité, pas de glorification de la magie ou des fausses divinités.

Le jeu ajoute une différence importante, car le joueur agit. Dans une histoire, on lit qu’un personnage adore un dieu païen. Dans certains jeux, c’est le joueur qui, par son personnage, se prosterne devant une idole, offre un sacrifice à un dieu ou lance des sorts en l’invoquant. Le joueur accomplit alors lui-même un geste de culte, même en jeu, et il ne se contente plus de rejeter dans son cœur un récit. Il est plus sûr d’éviter ces jeux, ou au moins ces quêtes.

La musique

Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī (m. 386 H), auteur de la Risāla, une des épîtres de base de l’école, écrit :

ولا يحل لك أن تتعمد سماع الباطل كله ولا أن تتلذذ بسماع كلام امرأة لا تحل لك ولا سماع شيء من الملاهي والغناء

« Il ne vous est pas permis d’écouter délibérément ce qui est vain, ni de prendre plaisir à écouter la voix d’une femme qui ne vous est pas permise, ni d’écouter des instruments de divertissement et du chant. » (ar-Risāla, p. 154)

Presque tous les jeux permettent de couper la musique dans leurs réglages, en gardant les bruitages et les dialogues. La laisser revient à choisir d’entendre une musique que l’on sait présente, ce qui sort de l’audition subie et excusée. La réponse #89 en donne le détail.

Le temps et l’argent

Les achats aléatoires payants (« loot boxes », coffres à tirer au sort) ressemblent fortement au maysir, le jeu de hasard (voir la réponse #102). Les heures passées la nuit ruinent la prière du fajr, et certains jeux mettent en scène une violence gratuite.

En pratique

  • Coupez la musique dans les réglages du jeu.
  • Évitez les jeux où le joueur accomplit lui-même des actes de culte païens.
  • Refusez les achats aléatoires payants.
  • Couper le jeu à l’appel de la prière est une bonne habitude familiale.
  • Un loisir qui reste à sa place, après les devoirs envers Allah et envers la famille, se range dans le « moment pour cela » du ḥadīth.

Allah sait mieux.

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