As-salāmu ʿalaykum, nous voulons adopter un chaton de race, mais l’éleveur le vend assez cher. J’ai lu un ḥadīth qui interdit le prix du chat. Peut-on acheter ou vendre un chat ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
- Le chat est pur, et ni sa salive ni son contact n’empêchent la prière.
- Acheter et vendre un chat est permis dans l’école mālikite. L’imām Mālik l’autorisait expressément, parce que c’est un animal dont on tire profit. Le ḥadīth de Jābir est compris comme une incitation à offrir les chats plutôt qu’à les vendre, ou comme visant le chat sans utilité.
- La stérilisation du chat est traitée dans la réponse #267.
- Dans tous les cas, celui qui prend un chat doit le nourrir, le soigner et ne pas l’abandonner.
Détail de la réponse
Le chat, un animal pur
L’imām Mālik rapporte dans al-Muwaṭṭaʾ que le Compagnon Abū Qatāda pencha le récipient de ses ablutions pour qu’une chatte y boive, et expliqua :
إِنَّ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ قَالَ: «إِنَّهَا لَيْسَتْ بِنَجَسٍ إِنَّمَا هِيَ مِنَ الطَّوَّافِينَ عَلَيْكُمْ – أَوِ الطَّوَّافَاتِ -» قَالَ يَحْيَى: قَالَ مَالِكٌ: «لَا بَأْسَ بِهِ إِلَّا أَنْ يُرَى عَلَى فَمِهَا نَجَاسَةٌ»
« Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Elle n’est pas impure, elle fait partie de ceux, ou de celles, qui circulent parmi vous. » Yaḥyā dit : Mālik a dit : « Il n’y a pas de mal à cela, sauf si l’on voit une impureté sur sa gueule. » » (al-Muwaṭṭaʾ, riwāyat Yaḥyā, 1/22, n° 13 du chapitre)
La vente du chat
Muslim rapporte d’Abū az-Zubayr :
سَأَلْتُ جَابِرًا عَنْ ثَمَنِ الْكَلْبِ وَالسِّنَّوْرِ؟ قَالَ: زَجَرَ النَّبِيَّ ﷺ عَنْ ذَلِكَ.
« J’ai interrogé Jābir sur le prix du chien et du chat. Il répondit : le Prophète ﷺ l’a réprouvé. » (Muslim, aṣ-Ṣaḥīḥ, n° 1569)
L’école mālikite ne l’a pourtant pas pris comme une interdiction. Dans al-Mudawwana, Saḥnūn interroge Ibn al-Qāsim, élève de Mālik :
قُلْتُ: أَفَيُجِيزُ مَالِكٌ بَيْعَ الْهِرِّ؟ قَالَ: « نَعَمْ ».
« Je dis : Mālik permet-il la vente du chat ? Il répondit : « Oui. » » (al-Mudawwana, 1/552)
Ibn ʿAbd al-Barr (m. 463 H), grand maître andalou du ḥadīth et du fiqh, en donne la raison dans al-Kāfī :
ولا بأس ببيع الهر لأنه مما ينتفع به وما لا منفعة فيه من الحيوان لم يجز بيعه بحال من الاحوال
« Il n’y a pas de mal à vendre le chat, car c’est un animal dont on tire profit ; l’animal qui n’a aucune utilité ne peut être vendu en aucun cas. » (al-Kāfī fī fiqh ahl al-Madīna, 2/675)
Le chat, qui chasse les rongeurs et tient compagnie, a une utilité reconnue. Quant au ḥadīth de Jābir, l’imām an-Nawawī (m. 676 H) l’explique ainsi :
وَأَمَّا النَّهْيُ عَنْ ثَمَنِ السِّنَّوْرِ فَهُوَ محمول على أنه لا ينفع أو عَلَى أَنَّهُ نَهْيُ تَنْزِيهٍ حَتَّى يَعْتَادَ النَّاسُ هِبَتَهُ وَإِعَارَتَهُ وَالسَّمَاحَةَ بِهِ كَمَا هُوَ الْغَالِبُ فَإِنْ كَانَ مِمَّا يَنْفَعُ وَبَاعَهُ صَحَّ الْبَيْعُ وَكَانَ ثَمَنُهُ حَلَالًا
« Quant à l’interdiction du prix du chat, elle s’applique au chat qui n’est d’aucune utilité, ou bien c’est une interdiction de simple réserve, pour que les gens prennent l’habitude de le donner, de le prêter et d’être généreux à son sujet, comme c’est le cas le plus fréquent. S’il est utile et qu’on le vend, la vente est valide et son prix est licite. » (Sharḥ Ṣaḥīḥ Muslim, 10/233)
Il est donc permis d’acheter un chaton à un éleveur. Le plus méritoire reste de donner les chatons et d’adopter ceux qui attendent un foyer.
En pratique
- Vous pouvez acheter votre chaton à l’éleveur, et le prix est licite.
- Si votre chatte a des petits, vous pouvez les offrir, ce qui est préférable, ou les vendre.
- Le chat peut circuler dans la maison, boire dans vos récipients et dormir près de vous, et vous pouvez prier dans vos vêtements, sauf trace visible d’impureté.
- Nourrir, soigner et ne pas abandonner l’animal est une obligation, comme le rappelle le ḥadīth de la femme et de la chatte.
Allah sait mieux.