Faut-il adapter la zakāt al-fiṭr à l’époque et la donner en argent plutôt qu’en nourriture ? Ce texte reprend l’argument le plus souvent avancé et la réponse que lui apporte l’enseignant, dans le cadre d’un débat juridique respectueux entre les écoles.
L’argument avancé
Un argument qui revient souvent contre le fait de donner la zakāt en nourriture :
« L’époque a changé ; autrefois, la nourriture était simple et bien définie. De nos jours, si l’on offre de la farine et de l’orge, il n’est pas attendu qu’ils consomment de l’orge ou du blé quotidiennement et donc n’en auront pas besoin. Par contre il est possible que le pauvre soit endetté ou qu’il aspire à acquérir des vêtements pour ses enfants, donc aura plus besoin d’argent que de nourriture. »
La réponse en trois points
Cet argument n’est pas acceptable pour plusieurs raisons.
Premièrement, le nécessiteux ayant droit à la zakāt al-fiṭr est, à la base, celui qui ne trouve pas de quoi subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille en nourriture. Ainsi, la question de l’argent n’entre pas en ligne de compte ici. Le nécessiteux possédant de la nourriture mais endetté ou en difficulté financière etc., n’est pas éligible à recevoir la zakāt al-fiṭr de base ; plutôt, il doit lui-même donner la zakāt al-fiṭr s’il dispose de quoi subvenir à ses besoins en terme de nourriture !
Deuxièmement, la zakāt al-fiṭr a été instituée pour suffire au pauvre le jour même, son objectif étant de le dispenser de demander l’aumône en ce jour de fête, mais non les autres jours. Pour le reste des jours, il existe la zakāt sur les biens, qui est appropriée à cela. Comment pouvons-nous alors affirmer qu’il devrait la recevoir pour payer ses dettes et ses charges etc. qui n’ont rien à voir avec le jour de l’Aïd ?
Troisièmement, parmi les choses qui indiquent que la zakāt al-fiṭr concerne uniquement le jour de sa distribution, c’est sa faible valeur comparée à la zakāt sur les biens. Comment comparer un ṣāʿ de nourriture à, par exemple, un demi-wasq (un des minimums de la zakāt sur l’agriculture), qui est trente ṣāʿ ?
Et même en prenant en compte sa valeur financière, comment penser qu’un pauvre s’enrichira et paiera ses dettes avec un montant de 7 euros ? Admettons même que nous lui donnions la zakāt de dix personnes – ce qui est beaucoup -, cela suffirait-il avec soixante-dix euros ? Quelle facture paiera-t-il ou quelle dette réglera-t-il avec cette somme modeste par rapport au coût de la vie ?
PS : précision importante, cette argumentation rentre dans le débat juridique respectueux et normé. L’avis de la donner en argent existe dans les écoles juridiques et reste à respecter même si on n’y adhère pas.
Questions fréquentes
Qui a droit à la zakāt al-fiṭr ?
À la base, le nécessiteux qui ne trouve pas de quoi nourrir sa famille. Celui qui possède de la nourriture mais est endetté n’y est pas éligible de base : il doit lui-même la donner s’il dispose de quoi subvenir à ses besoins en nourriture.
Pourquoi la zakāt al-fiṭr est-elle d’une valeur faible ?
Parce qu’elle est instituée pour suffire au pauvre le jour même et le dispenser de demander l’aumône le jour de la fête. Pour les dettes et les charges des autres jours, il existe la zakāt sur les biens.
L’avis de la donner en argent doit-il être respecté ?
L’enseignant précise que cette réponse s’inscrit dans un débat juridique respectueux et normé : l’avis de la donner en argent existe dans les écoles juridiques et reste à respecter même si on n’y adhère pas.
Pour aller plus loin
- La zakāt al-fiṭr : combien, quand, et peut-on la donner en argent ? La réponse complète dans l’école mālikite.
- Zakāt al-fiṭr : qui doit la payer, et pour qui ? Les personnes concernées.
- Le livre sur la zakāt al-fiṭr, dans la bibliothèque du site.
- Les cours de fiqh mālikite de l’institut, où la zakāt est étudiée.
- Qu’est-ce que le fiqh mālikite ? La présentation de l’école et de sa méthode.