Faut-il suivre une école juridique, ou peut-on prendre directement ses règles dans le Coran et la Sunna ? Voici ce que les savants répondent, pourquoi il existe quatre écoles, et ce qu’un imām andalou disait déjà de ceux qui opposent le Coran et la Sunna à l’école de Mālik.
Un musulman qui veut prier, jeûner ou conclure une vente selon les règles de sa religion a besoin de réponses précises. Ces réponses, il ne peut pas les tirer seul du Coran et de la Sunna sans une formation que très peu de gens possèdent. Depuis les premiers siècles, les musulmans les reçoivent donc de savants qualifiés, et les avis de ces savants se sont organisés en écoles juridiques (madhāhib, singulier madhhab). Suivre un madhhab, c’est apprendre et pratiquer sa religion par cette voie transmise. Nous verrons ce que les savants disent de cette démarche, ce qu’on peut répondre à l’objection la plus fréquente, et pourquoi l’école de l’imām Mālik occupe la place qu’elle a au Maghreb et chez nous.
Pour la définition du fiqh et de l’école mālikite elle-même, vous pouvez lire Qu’est-ce que le fiqh mālikite ? et Uṣūl al-fiqh, la science des fondements du droit musulman.
Demander à ceux qui savent
Le fondement de la question est un ordre du Coran. Allah dit :
وَمَا أَرْسَلْنَا مِنْ قَبْلِكَ إِلَّا رِجَالًا نُوحِي إِلَيْهِمْ فَاسْأَلُوا أَهْلَ الذِّكْرِ إِنْ كُنْتُمْ لَا تَعْلَمُونَ
« Nous n’avons envoyé, avant toi, que des hommes auxquels Nous avons fait des révélations. Demandez donc aux gens du rappel si vous ne savez pas. »
Sourate an-Naḥl, 16:43 (traduction Hamidullah).
Les savants ont tiré de ce verset une règle générale. Celui qui ne sait pas interroge celui qui sait, et agit selon sa réponse. C’est ce qu’on appelle le taqlīd, le fait de suivre l’avis d’un savant qualifié sans être soi-même en mesure d’en examiner toutes les preuves. L’imām al-Qurṭubī (m. 671 H), mālikite de Cordoue, reprenant les termes d’Ibn ʿAbd al-Barr (m. 463 H)1, écrit dans son tafsīr :
لَمْ يَخْتَلِفِ الْعُلَمَاءُ أَنَّ الْعَامَّةَ عَلَيْهَا تَقْلِيدُ عُلَمَائِهَا، وَأَنَّهُمُ الْمُرَادُ بِقَوْلِ اللَّهِ عَزَّ وَجَلَّ: ﴿فَاسْأَلُوا أَهْلَ الذِّكْرِ إِنْ كُنْتُمْ لَا تَعْلَمُونَ﴾، وَأَجْمَعُوا عَلَى أَنَّ الْأَعْمَى لَا بُدَّ لَهُ مِنْ تَقْلِيدِ غَيْرِهِ مِمَّنْ يَثِقُ بِمَيْزِهِ بِالْقِبْلَةِ إِذَا أَشْكَلَتْ عَلَيْهِ، فَكَذَلِكَ مَنْ لَا عِلْمَ لَهُ وَلَا بَصَرَ بِمَعْنَى مَا يَدِينُ بِهِ لَا بُدَّ لَهُ مِنْ تَقْلِيدِ عَالِمِهِ.
« Les savants n’ont pas divergé sur le fait que le commun des gens doit suivre ses savants, et que ce sont eux que vise la parole d’Allah, à Lui la puissance et la majesté, Demandez donc aux gens du rappel si vous ne savez pas. Ils sont unanimes à dire que l’aveugle doit nécessairement suivre une personne dont il a confiance dans le discernement pour trouver la qibla lorsqu’elle lui échappe. De même, celui qui n’a ni science ni intelligence du sens de ce qu’il pratique comme religion doit nécessairement suivre son savant. »
Al-Qurṭubī, al-Jāmiʿ li-aḥkām al-Qurʾān, t. 11, p. 272 (commentaire d’al-Anbiyāʾ, 21:7).
L’image de l’aveugle et de la qibla est parlante. Personne ne reproche à un aveugle de demander la direction de la prière à un voyant digne de confiance ; on lui reprocherait plutôt de prier au hasard. Il en va de même pour celui qui n’a pas les outils de l’ijtihād.
Ce que l’avis du savant représente pour le non-spécialiste
L’imām ash-Shāṭibī (m. 790 H), mālikite de Grenade et l’un des grands théoriciens des finalités de la Loi, explique la place exacte qu’occupe la fatwa dans la vie de celui qui n’est pas spécialiste :
فَتَاوَى الْمُجْتَهِدِينَ بِالنِّسْبَةِ إِلَى الْعَوَامِّ كَالْأَدِلَّةِ الشَّرْعِيَّةِ بِالنِّسْبَةِ إِلَى الْمُجْتَهِدِينَ. وَالدَّلِيلُ عَلَيْهِ أَنَّ وُجُودَ الْأَدِلَّةِ بِالنِّسْبَةِ إِلَى الْمُقَلِّدِينَ وَعَدَمَهَا سَوَاءٌ؛ إِذْ كَانُوا لَا يَسْتَفِيدُونَ مِنْهَا شَيْئًا؛ فَلَيْسَ النَّظَرُ فِي الْأَدِلَّةِ وَالِاسْتِنْبَاطُ مِنْ شَأْنِهِمْ، وَلَا يَجُوزُ ذَلِكَ لَهُمْ أَلْبَتَّةَ، وَقَدْ قَالَ تَعَالَى: ﴿فَاسْأَلُوا أَهْلَ الذِّكْرِ إِنْ كُنْتُمْ لَا تَعْلَمُونَ﴾. وَالْمُقَلِّدُ غَيْرُ عَالِمٍ؛ فَلَا يَصِحُّ لَهُ إِلَّا سُؤَالُ أَهْلِ الذِّكْرِ، وَإِلَيْهِمْ مَرْجِعُهُ فِي أَحْكَامِ الدِّينِ عَلَى الْإِطْلَاقِ.
« Les fatwas des mujtahids sont, pour le commun des gens, ce que les preuves de la Loi sont pour les mujtahids. La preuve en est que l’existence des preuves et leur absence reviennent au même pour ceux qui suivent un avis, puisqu’ils n’en tirent rien. L’examen des preuves et la déduction des règles ne sont pas de leur ressort, et cela ne leur est absolument pas permis. Allah, exalté soit-Il, a dit : Demandez donc aux gens du rappel si vous ne savez pas. Celui qui suit un avis n’est pas savant ; il ne lui revient donc que d’interroger les gens du rappel, et c’est à eux qu’il se réfère pour toutes les règles de la religion. »
Ash-Shāṭibī, al-Muwāfaqāt, t. 5, p. 336-337, livre de l’ijtihād.
Le taqlīd est donc la manière dont la Loi s’adresse à celui qui n’est pas mujtahid. Le médecin ne demande pas à son patient de relire les études cliniques avant de prendre son traitement ; il lui demande de consulter un médecin compétent.
Répondre à l’objection « je suis le Coran et la Sunna directement »
On entend souvent cette phrase, sincère dans la bouche de ceux qui la prononcent. Tout musulman suit le Coran et la Sunna, et les quatre imāms n’ont rien fait d’autre que de les comprendre. Toute la question est de savoir qui comprend et avec quels outils.
Pour tirer une règle d’un verset ou d’un hadith, il faut savoir si le texte est abrogé ou non, s’il est général ou particularisé par un autre, si le hadith est authentique, comment les Compagnons l’ont compris et appliqué, ce qu’en dit la langue arabe, et s’il existe un consensus sur la question. Celui qui lit une traduction et en déduit seul une règle suit en réalité sa propre compréhension, sans en avoir les moyens. Le plus souvent, d’ailleurs, il suit sans le dire l’avis d’un prédicateur contemporain, ce qui reste un taqlīd, avec moins de garanties.
Enfin, certains voient dans les écoles une division de la communauté. Les quatre écoles s’accordent sur les fondements de la religion et divergent sur des questions de détail où la divergence était déjà présente chez les Compagnons. L’imām al-Qarāfī (m. 684 H), mālikite d’Égypte, rappelle cette liberté reconnue dès la première génération :
انْعَقَدَ الْإِجْمَاعُ عَلَى أَنَّ مَنْ أَسْلَمَ فَلَهُ أَنْ يُقَلِّدَ مَنْ شَاءَ مِنَ الْعُلَمَاءِ بِغَيْرِ حَجْرٍ، وَأَجْمَعَ الصَّحَابَةُ رِضْوَانُ اللَّهِ عَلَيْهِمْ عَلَى أَنَّ مَنِ اسْتَفْتَى أَبَا بَكْرٍ وَعُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا أَوْ قَلَّدَهُمَا فَلَهُ أَنْ يَسْتَفْتِيَ أَبَا هُرَيْرَةَ وَمُعَاذَ بْنَ جَبَلٍ وَغَيْرَهُمَا وَيَعْمَلَ بِقَوْلِهِمَا مِنْ غَيْرِ نَكِيرٍ.
« Le consensus s’est établi sur le fait que celui qui embrasse l’islam peut suivre le savant qu’il veut, sans restriction. Les Compagnons, qu’Allah les agrée, ont été unanimes à admettre que celui qui avait demandé une fatwa à Abū Bakr et ʿUmar, qu’Allah les agrée, ou suivi leur avis, pouvait demander une fatwa à Abū Hurayra, à Muʿādh ibn Jabal ou à d’autres, et agir selon leur parole, sans que personne ne le désapprouve. »
Al-Qarāfī, adh-Dhakhīra, t. 1, p. 141, chapitre de l’ijtihād.
La divergence entre savants qualifiés est une largesse. Elle se distingue nettement de la division en matière de croyance, que le Coran condamne.
Suivre le Coran et la Sunna, ou suivre l’imām Mālik ?
La même objection était déjà posée en al-Andalus il y a plus de mille ans. Nous avons traduit la réponse qu’y fit l’imām al-Aṣīlī, et la reproduisons ici telle que nous l’avons publiée le 4 avril 2026.
L’imam Abū Muḥammad ʿAbd Allāh ibn Ibrāhīm al-Aṣīlī (m.392H) fut interrogé au sujet d’un homme qui se limite, c’est-à-dire restreint sa démarche, à prendre ce qui lui parvient des questions uniquement à partir du Livre d’Allah, de la Sunna de Son Prophète ﷺ et du consensus de la communauté : est-ce là plus salvateur pour lui auprès d’Allah, ou bien doit-il adopter les paroles de Mālik et de ses compagnons, les réunir par transmission, puis suivre Mālik et ses compagnons dans tout ce qui est rapporté de lui ?
Il répondit :
« Quant à ta recherche de la bonne orientation, qu’Allah nous accorde à toi et à moi la réussite, dans le fait de t’en tenir à ce qui te parvient basé sur le Livre d’Allah, la Sunna de Son Prophète Muḥammad ﷺ et le consensus des musulmans, ou bien de prendre l’avis de Mālik et de ses compagnons, sache, ô mon maître, que tu ne trouveras, par la louange d’Allah, ni dans le Livre d’Allah, ni dans la Sunna de Son Prophète Muḥammad ﷺ, ni dans le consensus des musulmans, quoi que ce soit qui contredise l’avis de Mālik, qu’Allah lui fasse miséricorde.
Certes, même si certains ont multiplié les narrations à son sujet sans crainte d’Allah après la disparition de sa génération, les gens de son époque n’ont pas divergé quant à sa maîtrise de ce que nous avons mentionné du Livre, de la Sunna et du consensus, en particulier les imams parmi eux, tels que Ath-Thawrī, al-Awzāʿī, al-Layth ibn Saʿd et leurs semblables.
Même si ses compagnons après lui n’ont pas atteint son degré dans la connaissance des fondements, ils ont bâti sur ce qu’il leur a transmis et sur ce à quoi il les a attachés parmi les fondements des gens de Médine et leur fiqh.
Par Allah, ses compagnons, selon la majorité des gens de la transmission et du hadith, comptent parmi les meilleurs compagnons d’un imam vers lequel les gens se sont tournés en fiqh, car ils sont, dans leur ensemble, loués et reconnus, tout en étant dotés de compréhension religieuse et de science dans ce qu’ils ont transmis.
Si tu examines les compagnons d’autres juristes, tu ne trouveras pas chez eux une situation comparable à celle que je viens de mentionner.
Sache donc que le madhhab de Mālik, tel que les gens le lui attribuent, ne lui appartient que de manière limitée dans ce qu’il a choisi parmi les divergences des gens de Médine. Quant au reste, il s’agit du jugement appliqué, transmis de manière mutawātir, depuis l’époque du Prophète ﷺ jusqu’au temps de Mālik, en raison de sa proximité avec l’époque du Prophète ﷺ, de ses compagnons et des Tābiʿīn.
Par Allah, si les compagnons de Mālik, qu’Allah lui fasse miséricorde, n’avaient pas su que Mālik était digne et suffisant pour être suivi en science, ils ne se seraient pas contentés que l’on dise “le madhhab de Mālik” et “les partisans de Mālik”.
Si tu cherches, qu’Allah te guide, à t’appuyer sur le Livre, la Sunna et le consensus, tu seras alors parmi les gens les plus dépendants de Mālik en cela, car ce qu’il rapporte constitue, pour les gens du hadith, l’axe autour duquel tourne la meule des jugements.
Si tu souhaites connaître le consensus et la divergence, tu trouveras cela dans le livre al-Muwaṭṭaʾ, tantôt explicitement mentionné, tantôt suggéré. Il a placé le Livre d’Allah devant ses yeux : celui qui veut éclaircir une question qui le trouble parmi les jugements divergents, ou en le rapporter d’autrui, y recourt comme preuve dans ses propos ou dans ceux qu’il rapporte d’autrui. Comment serait-il alors permis pour ceux dont la voie est ainsi de les séparer du Livre d’Allah, de la Sunna de Son Prophète ﷺ et du consensus de sa communauté ? »
Al-Aṣīlī (m. 392 H), traduction de Mohamed Nadhir Al-Khannoussi.
Pourquoi quatre écoles
Il y eut, dans les premiers siècles, bien plus de quatre mujtahids, comme al-Awzāʿī en Syrie, al-Layth ibn Saʿd en Égypte ou Sufyān ath-Thawrī en Irak. Leurs avis nous sont parvenus en partie, mais leurs écoles n’ont pas été transmises de manière complète et organisée. Quatre l’ont été, celles d’Abū Ḥanīfa, de Mālik, d’ash-Shāfiʿī et d’Aḥmad ibn Ḥanbal. Ibn Khaldūn (m. 808 H), mālikite de Tunis, décrit ce resserrement :
وَوَقَفَ التَّقْلِيدُ فِي الْأَمْصَارِ عِنْدَ هَؤُلَاءِ الْأَرْبَعَةِ، وَدَرَسَ الْمُقَلِّدُونَ لِمَنْ سِوَاهُمْ، وَسَدَّ النَّاسُ بَابَ الْخِلَافِ وَطُرُقَهُ لَمَّا كَثُرَ تَشَعُّبُ الِاصْطِلَاحَاتِ فِي الْعُلُومِ، وَلَمَّا عَاقَ عَنِ الْوُصُولِ إِلَى رُتْبَةِ الِاجْتِهَادِ، وَلَمَّا خُشِيَ مِنْ إِسْنَادِ ذَلِكَ إِلَى غَيْرِ أَهْلِهِ وَمَنْ لَا يُوثَقُ بِرَأْيِهِ وَلَا بِدِينِهِ.
« Le taqlīd s’arrêta, dans les grandes villes, à ces quatre-là, et ceux qui suivaient d’autres imāms disparurent. Les gens fermèrent la porte de la divergence et ses chemins lorsque les terminologies des sciences se ramifièrent, lorsque l’accès au rang de l’ijtihād devint difficile, et par crainte que cela ne soit confié à qui n’en est pas digne, à quelqu’un dont on ne peut se fier ni à l’avis ni à la religion. »
Ibn Khaldūn, al-Muqaddima, chapitre sur la science du fiqh (Tārīkh Ibn Khaldūn, t. 1, p. 566).
Une école juridique repose sur des fondements (uṣūl) explicites, une hiérarchie des preuves, des générations de commentaires et des règles pour choisir entre plusieurs avis. Celui qui la suit bénéficie de douze siècles de vérification. Il évite aussi un piège que les savants ont décrit, celui de prendre dans chaque école l’avis le plus facile, au gré de ses envies. Nous avons consacré une réponse à cette question précise, Peut-on suivre un avis faible ou l’avis d’une autre école ? (taqlīd, talfīq).
Le cas de l’école de Mālik
L’imām Mālik ibn Anas (m. 179 H) fut le savant de Médine, la ville où le Prophète ﷺ vécut ses dix dernières années et où ses Compagnons transmirent sa pratique aux générations suivantes. Son école accorde pour cette raison un poids particulier à la pratique des gens de Médine (ʿamal ahl al-Madīna). Elle est aussi connue pour sa prise en compte de l’intérêt général (al-maṣāliḥ al-mursala) et la fermeture des voies menant à l’interdit (sadd adh-dharāʾiʿ). Le vocabulaire propre à ses savants est expliqué dans Terminologies et titres des savants de l’école mālikite.
Ibn Khaldūn explique pourquoi l’Occident musulman l’a adoptée presque entièrement :
وَأَمَّا مَالِكٌ رَحِمَهُ اللَّهُ تَعَالَى فَاخْتَصَّ بِمَذْهَبِهِ أَهْلُ الْمَغْرِبِ وَالْأَنْدَلُسِ، وَإِنْ كَانَ يُوجَدُ فِي غَيْرِهِمْ، إِلَّا أَنَّهُمْ لَمْ يُقَلِّدُوا غَيْرَهُ إِلَّا فِي الْقَلِيلِ، لِمَا أَنَّ رِحْلَتَهُمْ كَانَتْ غَالِبًا إِلَى الْحِجَازِ وَهُوَ مُنْتَهَى سَفَرِهِمْ، وَالْمَدِينَةُ يَوْمَئِذٍ دَارُ الْعِلْمِ، وَمِنْهَا خَرَجَ إِلَى الْعِرَاقِ، وَلَمْ يَكُنِ الْعِرَاقُ فِي طَرِيقِهِمْ، فَاقْتَصَرُوا عَنِ الْأَخْذِ عَنْ عُلَمَاءِ الْمَدِينَةِ، وَشَيْخُهُمْ يَوْمَئِذٍ وَإِمَامُهُمْ مَالِكٌ وَشُيُوخُهُ مِنْ قَبْلِهِ وَتِلْمِيذُهُ مِنْ بَعْدِهِ، فَرَجَعَ إِلَيْهِ أَهْلُ الْمَغْرِبِ وَالْأَنْدَلُسِ وَقَلَّدُوهُ دُونَ غَيْرِهِ.
« Quant à Mālik, qu’Allah, exalté soit-Il, lui fasse miséricorde, son école fut propre aux gens du Maghreb et d’al-Andalus. Elle se trouve ailleurs aussi, mais eux n’ont guère suivi d’autre imām, car leur voyage les menait le plus souvent au Ḥijāz, terme de leur route. Médine était alors la demeure de la science, et c’est d’elle que la science était partie vers l’Irak ; l’Irak ne se trouvait pas sur leur chemin. Ils se limitèrent donc à prendre la science des savants de Médine, dont le maître et l’imām était alors Mālik, précédé de ses maîtres et suivi de ses élèves. Les gens du Maghreb et d’al-Andalus revinrent donc à lui et le suivirent à l’exclusion des autres. »
Ibn Khaldūn, al-Muqaddima, même chapitre (Tārīkh, t. 1, p. 568).
Pour beaucoup de musulmans de France, de Belgique ou de Suisse dont la famille vient du Maghreb ou d’Afrique de l’Ouest, l’école mālikite est celle de leurs parents, et ses textes de base s’enseignent aujourd’hui en français, de l’Akhḍarī à la Risāla d’Ibn Abī Zayd. Les autres écoles sont tout aussi légitimes, et celui qui a appris le fiqh ḥanafite ou shāfiʿite auprès de maîtres qualifiés n’a aucune raison d’en changer. Dans l’école mālikite, on suit l’avis notoire (mashhūr) ou l’avis prévalent (rājiḥ) ; lorsqu’une situation sort de l’ordinaire, c’est au mufti d’apprécier s’il y a lieu de recourir à un autre avis. Vous trouverez la vie de l’imām dans notre article Qui est l’imām Mālik ?.
Questions fréquentes
Est-il obligatoire de suivre un madhhab ?
Celui qui n’est pas mujtahid doit suivre un savant qualifié, comme le disent les textes cités plus haut. S’attacher à une école précise est la manière sûre et ordonnée de le faire, et c’est ce qu’ont pratiqué les musulmans depuis plus de dix siècles. Les savants ont discuté la question de l’obligation de s’en tenir à une seule école, et ils mettent en garde contre le fait de choisir dans chaque école ce qui arrange.
Peut-on changer d’école ?
Oui, pour une raison sérieuse, en adoptant l’école nouvelle de manière cohérente et non au gré des facilités. Le détail se trouve dans notre réponse sur le taqlīd et le talfīq.
Les quatre écoles sont-elles toutes dans la vérité ?
Les quatre écoles appartiennent à ahl as-sunna wa l-jamāʿa et s’accordent sur les fondements. Leurs divergences portent sur des questions où l’ijtihād est permis. Le Prophète ﷺ a dit :
إِذَا حَكَمَ الْحَاكِمُ فَاجْتَهَدَ ثُمَّ أَصَابَ فَلَهُ أَجْرَانِ، وَإِذَا حَكَمَ فَاجْتَهَدَ ثُمَّ أَخْطَأَ فَلَهُ أَجْرٌ.
« Lorsque le juge rend un jugement après un effort d’interprétation et qu’il atteint la vérité, il a deux récompenses ; lorsqu’il juge après un effort d’interprétation et qu’il se trompe, il a une récompense. »
Al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ, n° 7352, d’après ʿAmr ibn al-ʿĀṣ.
Pour aller plus loin
- Les cours de fiqh mālikite de l’institut, de l’Akhḍarī à la Risāla, en direct et en rediffusion.
- Les cours d’uṣūl al-fiqh, pour comprendre comment les règles sont tirées des textes.
- Le matn d’Ibn ʿĀshir, abrégé mālikite de croyance, de fiqh et de spiritualité, aussi en livre audio.
- Peut-on suivre un avis faible ou l’avis d’une autre école ?, la règle du mashhūr et du talfīq.
- Qui est l’imām Mālik ?, la vie du fondateur de l’école.
Notes
- Le même passage se lit chez Ibn ʿAbd al-Barr, Jāmiʿ bayān al-ʿilm wa-faḍlih, t. 2, p. 988.