Histoire

Qui est l’imām Mālik ? Biographie de Mālik ibn Anas, l’imām de Médine

Sommaire
  1. Naissance et famille
  2. Ses maîtres et le droit d’enseigner
  3. Le savant de Médine
  4. Sa prudence dans la fatwa
  5. Le Muwaṭṭaʾ
  6. Ses élèves et son école
  7. Sa mort
  8. Questions fréquentes
  9. Pour aller plus loin
  10. Notes

Qui était l’imām Mālik ibn Anas, fondateur de l’école mālikite ? Voici sa vie d’après les biographes mālikites, ses maîtres, sa prudence dans la fatwa, le Muwaṭṭaʾ et la diffusion de son école.

Mālik ibn Anas al-Aṣbaḥī est l’un des quatre imāms dont les écoles juridiques sont suivies par les sunnites. Né à la fin du premier siècle de l’hégire, il vécut à Médine, y enseigna plus d’un demi-siècle et y composa le Muwaṭṭaʾ, l’un des premiers recueils de hadiths et de fiqh. Son école est celle du Maghreb, d’al-Andalus et d’une grande partie de l’Afrique, et beaucoup de musulmans de France dont la famille vient de ces régions la suivent. Voici sa vie, d’après les sources mālikites et les grands biographes.

Naissance et famille

Les biographes ont divergé sur l’année de sa naissance. Al-Qāḍī ʿIyāḍ (m. 544 H), auteur de la grande biographie des savants mālikites, retient l’avis le plus répandu :

اخْتُلِفَ فِي مَوْلِدِهِ رَحِمَهُ اللَّهُ اخْتِلَافًا كَثِيرًا؛ فَالْأَشْهَرُ فِيمَا رُوِيَ مِنْ ذَلِكَ قَوْلُ يَحْيَى بْنِ بُكَيْرٍ: إِنَّ مَوْلِدَهُ سَنَةَ ثَلَاثٍ وَتِسْعِينَ مِنَ الْهِجْرَةِ، فِي خِلَافَةِ سُلَيْمَانَ بْنِ عَبْدِ الْمَلِكِ بْنِ مَرْوَانَ.

« On a beaucoup divergé sur la date de sa naissance, qu’Allah lui fasse miséricorde. Le plus connu de ce qui a été rapporté est la parole de Yaḥyā ibn Bukayr, selon laquelle il naquit en l’an quatre-vingt-treize de l’hégire, sous le califat de Sulaymān ibn ʿAbd al-Malik ibn Marwān. »

Al-Qāḍī ʿIyāḍ, Tartīb al-madārik, t. 1, p. 118.

Il naquit donc vers 711 de l’ère chrétienne1, à une époque où vivaient encore à Médine de nombreux Successeurs (tābiʿūn), élèves directs des Compagnons. Sa famille appartenait à Dhū Aṣbaḥ, une branche des tribus du Yémen, d’où son nom d’al-Aṣbaḥī2.

Ses maîtres et le droit d’enseigner

Mālik étudia auprès des savants de Médine, parmi lesquels Nāfiʿ, l’affranchi d’Ibn ʿUmar, Ibn Shihāb az-Zuhrī et Rabīʿa ibn Abī ʿAbd ar-Raḥmān, surnommé Rabīʿat ar-Raʾy. Il ne s’assit pour enseigner et donner des fatwas qu’après que ses maîtres l’en eurent jugé digne. Al-Qāḍī ʿIyāḍ rapporte de lui :

قَالَ مَالِكٌ: لَيْسَ كُلُّ مَنْ أَحَبَّ أَنْ يَجْلِسَ فِي الْمَسْجِدِ لِلْحَدِيثِ وَالْفُتْيَا جَلَسَ، حَتَّى يُشَاوِرَ فِيهِ أَهْلَ الصَّلَاحِ وَالْفَضْلِ، وَأَهْلَ الْجِهَةِ مِنَ الْمَسْجِدِ؛ فَإِنْ رَأَوْهُ لِذَلِكَ أَهْلًا جَلَسَ، وَمَا جَلَسْتُ حَتَّى شَهِدَ لِي سَبْعُونَ شَيْخًا مِنْ أَهْلِ الْعِلْمِ أَنِّي مَوْضِعٌ لِذَلِكَ. قَالَ ابْنُ وَهْبٍ: وَجَاءَ رَجُلٌ يَسْأَلُ مَالِكًا عَنْ مَسْأَلَةٍ، فَبَادَرَ ابْنُ الْقَاسِمِ فَأَفْتَاهُ، فَأَقْبَلَ عَلَيْهِ مَالِكٌ كَالْمُغْضَبِ وَقَالَ لَهُ: جَسَرْتَ عَلَى أَنْ تُفْتِيَ يَا عَبْدَ الرَّحْمَنِ؟! يُكَرِّرُهَا عَلَيْهِ، مَا أَفْتَيْتُ حَتَّى سَأَلْتُ: هَلْ أَنَا لِلْفُتْيَا مَوْضِعٌ؟ فَلَمَّا سَكَنَ غَضَبُهُ قِيلَ لَهُ: مَنْ سَأَلْتَ؟ قَالَ: الزُّهْرِيَّ وَرَبِيعَةَ الرَّأْيِ.

« Mālik dit : Ne s’assoit pas à la mosquée pour enseigner le hadith et donner des fatwas quiconque le souhaite. Il doit d’abord consulter à ce sujet les gens de piété et de mérite, et les responsables de la mosquée ; s’ils l’en jugent digne, il s’assoit. Je ne me suis assis qu’après que soixante-dix maîtres parmi les gens de science eurent témoigné que j’en étais digne. Ibn Wahb dit : Un homme vint interroger Mālik sur une question, et Ibn al-Qāsim se hâta de lui répondre. Mālik se tourna vers lui comme quelqu’un en colère et lui dit : Tu as osé donner une fatwa, ô ʿAbd ar-Raḥmān ? Il le lui répéta, puis dit : Je n’ai donné de fatwa qu’après avoir demandé si j’en étais digne. Quand sa colère fut apaisée, on lui demanda : À qui l’avais-tu demandé ? Il répondit : À az-Zuhrī et à Rabīʿat ar-Raʾy. »

Al-Qāḍī ʿIyāḍ, Tartīb al-madārik, t. 1, p. 142.

Le grand traditionniste Shuʿba ibn al-Ḥajjāj témoigne qu’en arrivant à Médine, un an après la mort de Nāfiʿ, il trouva déjà à Mālik un cercle d’enseignement. Nāfiʿ était mort en 117 H, selon al-Wāqidī3.

Le savant de Médine

Les savants ont rapproché de Mālik une parole du Prophète ﷺ. L’imām at-Tirmidhī rapporte, d’après Abū Hurayra :

يُوشِكُ أَنْ يَضْرِبَ النَّاسُ أَكْبَادَ الْإِبِلِ يَطْلُبُونَ الْعِلْمَ فَلَا يَجِدُونَ أَحَدًا أَعْلَمَ مِنْ عَالِمِ الْمَدِينَةِ.

« Bientôt, les gens presseront leurs montures à la recherche de la science, et ils ne trouveront personne de plus savant que le savant de Médine. »

At-Tirmidhī, Sunan, n° 2680, qui le juge « bon » (ḥasan).

At-Tirmidhī ajoute aussitôt que Sufyān ibn ʿUyayna, interrogé sur l’identité de ce savant, répondit « c’est Mālik ibn Anas », et que ʿAbd ar-Razzāq dit de même. Ibn ʿAbd al-Barr, dans al-Intiqāʾ, rapporte le hadith par plusieurs chaînes avec l’explication qui l’applique à Mālik (p. 19-22).

Sa prudence dans la fatwa

Mālik est resté célèbre pour la phrase « je ne sais pas ». Al-Qāḍī ʿIyāḍ rapporte, d’après ʿAbd ar-Raḥmān ibn Mahdī :

قَالَ ابْنُ مَهْدِيٍّ: سَأَلَ رَجُلٌ مَالِكًا عَنْ مَسْأَلَةٍ، وَذَكَرَ أَنَّهُ أُرْسِلَ فِيهَا مِنْ مَسِيرَةِ سِتَّةِ أَشْهُرٍ مِنَ الْمَغْرِبِ، فَقَالَ لَهُ: أَخْبِرِ الَّذِي أَرْسَلَكَ أَنَّهُ لَا عِلْمَ لِي بِهَا. قَالَ: وَمَنْ يَعْلَمُهَا؟ قَالَ: مَنْ عَلَّمَهُ اللَّهُ.

« Ibn Mahdī dit : Un homme interrogea Mālik sur une question, et lui dit qu’on l’avait envoyé la poser depuis le Maghreb, à six mois de route. Mālik lui dit : Dis à celui qui t’a envoyé que je n’en ai pas la science. L’homme demanda : Et qui la connaît ? Il répondit : Celui à qui Allah l’a enseignée. »

Al-Qāḍī ʿIyāḍ, Tartīb al-madārik, t. 1, p. 180.

Le même chapitre rapporte de Mūsā ibn Dāwud qu’il n’avait vu aucun savant dire plus souvent que Mālik « je ne maîtrise pas cela ». Cette retenue venait de la conscience de parler au nom de la religion d’Allah.

Le Muwaṭṭaʾ

Le Muwaṭṭaʾ (« le chemin aplani ») réunit les hadiths du Prophète ﷺ, les paroles des Compagnons et des Successeurs, et les avis de Mālik sur la pratique de Médine, classés par chapitres de fiqh. Il nous est parvenu par plusieurs transmissions, dont celle de l’Andalou Yaḥyā ibn Yaḥyā al-Laythī, qui l’entendit de Mālik lui-même4. L’imām ash-Shāfiʿī, élève de Mālik, en a dit, comme le rapporte az-Zurqānī (m. 1122 H) dans son commentaire :

وَأَخْرَجَ ابْنُ فِهْرٍ عَنِ الشَّافِعِيِّ: مَا عَلَى ظَهْرِ الْأَرْضِ كِتَابٌ بَعْدَ كِتَابِ اللَّهِ أَصَحُّ مِنْ كِتَابِ مَالِكٍ.

« Ibn Fihr rapporte d’ash-Shāfiʿī : Il n’y a pas sur la surface de la terre, après le Livre d’Allah, de livre plus authentique que le livre de Mālik. »

Az-Zurqānī, Sharḥ al-Muwaṭṭaʾ, t. 1, p. 63.

Ash-Shāfiʿī parlait avant la composition des Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī et de Muslim, qui vinrent une génération plus tard.

Le calife abbasside Abū Jaʿfar al-Manṣūr voulut faire du Muwaṭṭaʾ la loi unique de l’empire. Mālik lui-même l’en dissuada. Ibn ʿAbd al-Barr (m. 463 H) rapporte son récit :

لَمَّا حَجَّ أَبُو جَعْفَرٍ الْمَنْصُورُ دَعَانِي فَدَخَلْتُ عَلَيْهِ فَحَادَثْتُهُ وَسَأَلَنِي فَأَجَبْتُهُ، فَقَالَ: إِنِّي عَزَمْتُ أَنْ آمُرَ بِكُتُبِكَ هَذِهِ الَّتِي قَدْ وَضَعْتَ، يَعْنِي الْمُوَطَّأَ، فَتُنْسَخَ نُسَخًا، ثُمَّ أَبْعَثُ إِلَى كُلِّ مِصْرٍ مِنْ أَمْصَارِ الْمُسْلِمِينَ مِنْهَا نُسْخَةً، وَآمُرُهُمْ أَنْ يَعْمَلُوا بِمَا فِيهَا وَلَا يَتَعَدَّوْهَا إِلَى غَيْرِهَا، وَيَدَعُوا مَا سِوَى ذَلِكَ مِنْ هَذَا الْعِلْمِ الْمُحْدَثِ، فَإِنِّي رَأَيْتُ أَصْلَ الْعِلْمِ رِوَايَةَ أَهْلِ الْمَدِينَةِ وَعِلْمَهُمْ. قَالَ: فَقُلْتُ: يَا أَمِيرَ الْمُؤْمِنِينَ، لَا تَفْعَلْ هَذَا، فَإِنَّ النَّاسَ قَدْ سَبَقَتْ إِلَيْهِمْ أَقَاوِيلُ، وَسَمِعُوا أَحَادِيثَ، وَرَوَوْا رِوَايَاتٍ، وَأَخَذَ كُلُّ قَوْمٍ بِمَا سَبَقَ إِلَيْهِمْ، وَعَمِلُوا بِهِ وَدَانُوا بِهِ مِنِ اخْتِلَافِ أَصْحَابِ رَسُولِ اللَّهِ ﷺ وَغَيْرِهِمْ، وَإِنَّ رَدَّهُمْ عَمَّا اعْتَقَدُوهُ شَدِيدٌ، فَدَعِ النَّاسَ وَمَا هُمْ عَلَيْهِ وَمَا اخْتَارَ أَهْلُ كُلِّ بَلَدٍ لِأَنْفُسِهِمْ. فَقَالَ: لَعَمْرِي لَوْ طَاوَعْتَنِي عَلَى ذَلِكَ لَأَمَرْتُ بِهِ.

« Lorsqu’Abū Jaʿfar al-Manṣūr fit le pèlerinage, il me fit appeler. J’entrai chez lui, nous nous entretînmes, il m’interrogea et je lui répondis. Il me dit : J’ai résolu de faire recopier ces livres que tu as composés, c’est-à-dire le Muwaṭṭaʾ, d’en envoyer un exemplaire dans chaque grande ville des musulmans, et de leur ordonner d’agir selon son contenu sans le dépasser, en délaissant toute autre science nouvelle, car j’ai vu que la base de la science est ce que rapportent les gens de Médine et ce qu’ils savent. Je lui dis : Commandeur des croyants, ne fais pas cela. Des avis sont déjà parvenus aux gens, ils ont entendu des hadiths et transmis des récits. Chaque peuple a pris ce qui lui était parvenu, l’a mis en pratique et en a fait sa religion, à partir des divergences des Compagnons du Messager d’Allah ﷺ et d’autres. Les détourner de ce qu’ils tiennent pour vrai serait très dur. Laisse les gens à ce qu’ils suivent et à ce que les habitants de chaque pays ont choisi pour eux-mêmes. Il me dit : Par ma vie, si tu m’avais suivi en cela, je l’aurais ordonné. »

Ibn ʿAbd al-Barr, al-Intiqāʾ fī faḍāʾil ath-thalātha al-aʾimma al-fuqahāʾ, p. 41.

Ce refus éclaire la manière dont l’école de Mālik envisage la divergence entre savants, que nous développons dans Pourquoi suivre un madhhab ?.

Ses élèves et son école

Des étudiants vinrent à lui de tout le monde musulman. Le plus célèbre est l’imām ash-Shāfiʿī, qui disait :

إِذَا ذُكِرَ الْعُلَمَاءُ فَمَالِكٌ النَّجْمُ، وَمَا أَحَدٌ أَمَنَّ عَلَيَّ مِنْ مَالِكِ بْنِ أَنَسٍ.

« Quand on cite les savants, Mālik est l’étoile, et personne ne m’a fait plus de bien que Mālik ibn Anas. »

Ibn ʿAbd al-Barr, al-Intiqāʾ, p. 23, d’après Yūnus ibn ʿAbd al-Aʿlā.

Ses disciples égyptiens, dont ʿAbd ar-Raḥmān ibn al-Qāsim et ʿAbd Allāh ibn Wahb, transmirent son enseignement. À Kairouan, Saḥnūn ordonna les réponses de Mālik reçues d’Ibn al-Qāsim dans les livres connus sous le nom de Mudawwana, que les Maghrébins tiennent pour la base de l’école5. De là, l’école gagna l’Ifrīqiya, le Maghreb, al-Andalus, puis l’Afrique de l’Ouest. Son contenu est présenté dans Qu’est-ce que le fiqh mālikite ?, et le vocabulaire de ses savants dans Terminologies et titres des savants de l’école mālikite. Parmi les textes qui en sont issus figure la Risāla d’Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, que l’on surnommait « Mālik le Petit »6 et que nous présentons dans cet article.

Sa mort

Mālik mourut à Médine en l’an 179 de l’hégire (795). Al-Qāḍī ʿIyāḍ note que c’est l’avis de la majorité de ses élèves et des spécialistes, et que la plupart situent sa mort au mois de rabīʿ al-awwal (Tartīb al-madārik, t. 1, p. 118-119).

Questions fréquentes

Quand l’imām Mālik est-il né et mort ?

Selon l’avis le plus répandu, il est né en 93 de l’hégire (711) et il est mort à Médine en 179 (795).

Quel est le livre principal de l’imām Mālik ?

Le Muwaṭṭaʾ, recueil de hadiths, de paroles des Compagnons et d’avis de l’imām classés par chapitres de fiqh. La Mudawwana, ordonnée par Saḥnūn, réunit ses réponses transmises par ses élèves.

Pourquoi les mālikites prient-ils les bras le long du corps ?

C’est l’avis notoire de l’école, fondé sur la pratique de Médine. Nous l’avons expliqué dans une réponse détaillée, Pourquoi les mālikites prient-ils les bras le long du corps (as-sadl) ?.

Pour aller plus loin

Notes

  1. Équivalence approximative. Al-Qāḍī ʿIyāḍ rapporte aussi les années 90, 94, 95, 96 et 97 (Tartīb al-madārik, t. 1, p. 118).
  2. Muṣʿab az-Zubayrī le dit « de Dhū Aṣbaḥ, une branche du Yémen » (Tartīb al-madārik, t. 1, p. 109), et son oncle Abū Suhayl disait « nous sommes des gens de Dhū Aṣbaḥ » (t. 1, p. 111).
  3. Ibn ʿAbd al-Barr, at-Tamhīd, t. 8, p. 335 (éd. Bashshār ʿAwwād), qui rapporte la parole de Shuʿba et la date d’al-Wāqidī. Ibn ʿAsākir rapporte aussi l’année 120 (Tārīkh Dimashq, t. 61, p. 442).
  4. Ibn ʿAbd al-Barr, al-Intiqāʾ, p. 58, qui précise qu’il l’entendit de Mālik à l’exception de quelques chapitres de l’iʿtikāf.
  5. Tartīb al-madārik, t. 3, p. 299, d’après ash-Shīrāzī.
  6. Abū Isḥāq ash-Shīrāzī, Ṭabaqāt al-fuqahāʾ, p. 160.
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