Coran et tafsir

Pourquoi reprendre le Coran dès qu’on l’a terminé ? La tradition du ḥāl murtaḥil

Sommaire
  1. Une tradition à ne pas délaisser
  2. Ce que dit as-Suyūṭī
  3. Ce que dit al-Qurṭubī
  4. Ce que dit Ibn al-Jazarī
  5. Questions fréquentes
  6. Pour aller plus loin

Que faire quand on termine la lecture complète du Coran ? Une belle tradition consiste à ne pas s’arrêter à la sourate an-Nās, mais à reprendre aussitôt la Fātiḥa et les premiers versets d’al-Baqara. C’est ce que l’on appelle le ḥāl murtaḥil, et c’est un signe que le lien avec le Coran ne connaît pas d’interruption.

Une tradition à ne pas délaisser

Il s’agit d’une belle tradition transmise du Prophète ﷺ et pratiquée par de nombreux compagnons et savants après lui : lorsqu’on atteint la fin du Qur’ān, au lieu de s’arrêter à la sourate An-Nās, on enchaîne immédiatement en lisant les premiers versets de la sourate Al-Baqarah, après avoir récité la Fātiḥa. Cette habitude qui est appelée dans le hadith le « ḥāl murtaḥil » (celui qui termine une lecture et repart vers une autre) a pour symbolique de montrer que le lien du musulman avec le Qur’ān ne connaît pas d’interruption.

Le Livre d’Allah ne doit pas être traité comme un livre qu’on finit puis qu’on oublie, mais sa lecture est un cycle continu et une compagnie de chaque instant jusqu’au jour de la résurrection.

Ce que dit as-Suyūṭī

L’Imām As-Suyūṭī a dit dans Al-Itqān :

« Il est recommandé, lorsqu’on termine une lecture complète du Qur’ān, d’en commencer une autre immédiatement après l’avoir achevée, conformément au ḥadīth rapporté par At-Tirmidhī et d’autres :

« L’œuvre la plus aimée d’Allah est celle du ḥāl al-murtaḥil : celui qui lit le Qur’ān du début jusqu’à la fin, puis dès qu’il termine, recommence. »

Ad-Dānī a également rapporté avec une chaîne de transmission bonne, d’après Ibn ʿAbbās, d’après Ubayy ibn Kaʿb, que le Prophète ﷺ, lorsqu’il lisait [le dernier verset de sourate An-Nas]:

﴿قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ النَّاسِ﴾

(sourate an-Nās, 114:1)

il commençait ensuite par la Fātiḥa, puis lisait jusqu’au verset :

﴿وَأُوْلَئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ﴾

[le 5e verset de sourate Al-Baqara, 2:5]

puis il faisait la duʿāʾ de clôture (de la khatma), puis se levait. » Fin de citation.

Les gens ont suivi cette pratique, et cela est confirmé dans la lecture d’Ibn Kathīr (Al-Makki) – qu’Allah lui fasse miséricorde.

Ce que dit al-Qurṭubī

L’Imām Al-Qurṭubī a dit dans son Tafsīr, Al-Jāmiʿ li Aḥkām al-Qur’ān :

« Et parmi les marques de respect envers le Qur’ān : recommencer sa lecture à chaque fois qu’on la termine, afin qu’il ne soit pas comme un livre abandonné. C’est pour cela que le Messager d’Allah ﷺ, lorsqu’il achevait la lecture du Qur’ān, reprenait dès le début en lisant environ cinq versets, pour ne pas qu’il prenne l’apparence d’un livre négligé.

Ibn ʿAbbās – qu’Allah les agrée – a rapporté qu’un homme vint et dit :

“Ô Messager d’Allah ! Quelle est l’œuvre la plus vertueuse ?”

Il dit :
‘Occupe-toi du ḥāl al-murtaḥil.’

Il dit :
“Et qu’est-ce que le ḥāl al-murtaḥil ?”

Il répondit :
‘C’est celui qui lit le Qur’ān : dès qu’il atteint la fin, il retourne au début. Chaque fois qu’il termine un point d’étape, il repart.’ » Fin de citation.

Et même si ce ḥadīth comporte quelques discussions (sur sa chaîne), il est accepté dans les vertus des œuvres, d’autant plus que la pratique des pieux prédécesseurs le confirme.

Référence : le ḥadīth du ḥāl murtaḥil, d’après Ibn ʿAbbās, est rapporté notamment par al-Bayhaqī dans Shuʿab al-īmān ; Ibn al-Athīr, dans an-Nihāya fī gharīb al-ḥadīth, explique le terme par « celui qui achève le Coran puis le commence » et mentionne la pratique de reprendre jusqu’à « wa-ulāʾika humu l-mufliḥūn » (2:5). Références retrouvées dans Shamela.

Ce que dit Ibn al-Jazarī

Ibn Al-Jazarī a ensuite dit :

« Cette pratique est devenue la norme dans les contrées musulmanes : dans la lecture d’Ibn Kathīr et dans d’autres, aussi bien dans la lecture de mémorisation (ʿarḍ) qu’ailleurs.

Il est devenu rare de voir quelqu’un achever une khatma sans entamer immédiatement une nouvelle. Qu’il ait terminé ce qu’il avait commencé ou non, qu’il ait eu l’intention de faire une khatma ou non, cela est considéré chez eux comme faisant partie de la sunnah de la clôture, et ils nomment celui qui agit ainsi : al-ḥāl al-murtaḥil, c’est-à-dire celui qui, ayant atteint la fin de sa lecture, ‘s’en va’ (irtaḥala) pour repartir vers une nouvelle lecture. » Fin de citation.

Ensuite il a rapporté de l’Imām Ad-Dānī qu’il dit dans Jāmiʿ al-Bayān, à propos de l’Imām Ibn Kathīr, que cette pratique de sa part est appuyée par de nombreux témoignages : des récits transmis, avec des instructions rapportées du Prophète ﷺ, et des récits largement diffusés provenant des Compagnons, des Successeurs, et des générations suivantes. » Fin de citation.

Questions fréquentes

Que faut-il lire quand on termine le Coran ?

On enchaîne après la sourate an-Nās par la Fātiḥa, puis par les premiers versets d’al-Baqara, jusqu’à « wa-ulāʾika humu l-mufliḥūn », avant de faire l’invocation de clôture.

Que signifie « ḥāl murtaḥil » ?

C’est celui qui termine une lecture et repart vers une autre : dès qu’il atteint la fin du Coran, il retourne au début.

Le ḥadīth du ḥāl murtaḥil est-il solide ?

L’auteur reconnaît qu’il comporte des discussions sur sa chaîne, mais précise qu’il est accepté dans les vertus des œuvres, et que la pratique des pieux prédécesseurs le confirme.

Pour aller plus loin

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