Fiqh

Les quatre sens du terme ribā chez les juristes, selon Ibn ʿĀshūr

Sommaire
  1. Les quatre sens du mot ribā
  2. Le verset 275 de sourate al-Baqara
  3. Le ribā de la jāhiliyya et sa suppression
  4. Repères sur les sources
  5. Questions fréquentes
  6. Pour aller plus loin

Le mot ribā ne désigne pas une seule chose pour les juristes. Le shaykh Muḥammad aṭ-Ṭāhir Ibn ʿĀshūr en distingue quatre sens, puis explique, à partir du verset 275 de sourate al-Baqara, ce qu’était le ribā de l’époque préislamique.

Les quatre sens du mot ribā

Shaykh Muḥammad aṭ-Ṭāhir Ibn ʿĀshūr dit :

Le terme ribā dans la terminologie des juristes recouvre plusieurs sens :

  1. Le ribā de la jāhiliyya : c’est l’augmentation de la dette en échange d’un délai supplémentaire.
  2. La supériorité (d’un côté) lors de la vente d’un bien contre son semblable, parmi certaines catégories mentionnées dans la Sunna ; cela est appelé ribā al-faḍl.
  3. Le délai (dans l’échange) lors de la vente d’un bien contre son semblable parmi ces catégories ; cela est appelé ribā an-nasīʾa.
  4. Les ventes qui conduisent au ribā : ce sont celles dans lesquelles il existe une suspicion que la transaction mène à l’un des types de ribā mentionnés précédemment.

Journal Al-Wazīr, n° 6, 26 Ṣafar 1339 / 1920 (p. 4). Cité d’après : at-Tūzarī, al-Fatāwā at-Tūnisiyya, vol. 2, p. 992-989.

Le verset 275 de sourate al-Baqara

Le shaykh rajoute dans son Tafsīr du verset 275 de sourate al-Baqara :

« Ceux qui se nourrissent du ribā (usure) ne se lèveront (au Jour du Jugement) que comme celui que le Shayṭān a frappé de sa possession. Cela, parce qu’ils ont dit : “Le commerce est semblable au ribā.” Alors qu’Allah a permis le commerce et interdit le ribā. Celui donc à qui vient une exhortation de la part de son Seigneur, et qui cesse (d’en pratiquer), pourra garder ce qu’il a acquis auparavant ; et son affaire dépendra d’Allah. Mais quiconque récidive, ceux-là seront les gens du Feu, ils y demeureront éternellement. » (Sourate al-Baqara, v. 275)

ٱلَّذِینَ یَأۡكُلُونَ ٱلرِّبَوٰا۟ لَا یَقُومُونَ إِلَّا كَمَا یَقُومُ ٱلَّذِی یَتَخَبَّطُهُ ٱلشَّیۡطَٰنُ مِنَ ٱلۡمَسِّۚ ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمۡ قَالُوۤا۟ إِنَّمَا ٱلۡبَیۡعُ مِثۡلُ ٱلرِّبَوٰا۟ۗ وَأَحَلَّ ٱللَّهُ ٱلۡبَیۡعَ وَحَرَّمَ ٱلرِّبَوٰا۟ۚ فَمَن جَاۤءَهُۥ مَوۡعِظَةࣱ مِّن رَّبِّهِۦ فَٱنتَهَىٰ فَلَهُۥ مَا سَلَفَ وَأَمۡرُهُۥۤ إِلَى ٱللَّهِۖ وَمَنۡ عَادَ فَأُو۟لَٰۤئِكَ أَصۡحَٰبُ ٱلنَّارِۖ هُمۡ فِیهَا خَٰلِدُونَ

Le ribā de la jāhiliyya et sa suppression

« Le Qurʾān a réuni, dans le fil de ces versets, les plus importants fondements de la préservation des biens de la communauté. Après avoir commencé par le principe le plus noble : établir un fonds commun pour la communauté qui garantisse sa subsistance – prélevé avec justice sur les biens des riches et redistribué aux pauvres -, il a institué cette obligation sous deux formes : obligatoire (la zakāt) et volontaire (la ṣadaqa). Puis, il a insisté longuement sur l’encouragement à la générosité, la promesse de la récompense et l’avertissement contre l’avarice, pour servir d’exhortation à ceux qui réfléchissent.

Ensuite, le discours s’est tourné vers l’annulation d’un moyen d’enrichissement injuste par lequel les riches dépouillaient les nécessiteux : la pratique du ribā, que le Prophète ﷺ a appelée ribā al-jāhiliyya (l’usure de l’époque préislamique). Celle-ci consistait à exiger du débiteur une somme supplémentaire au capital initial en échange d’un délai supplémentaire. Lorsque le terme arrivait et qu’il ne pouvait payer, on augmentait encore la dette, en disant : « Soit tu rembourses, soit tu augmentes ! »

Une telle pratique était largement répandue dans la période préislamique, comme l’ont rapporté les juristes. Il apparaît qu’ils percevaient ainsi le ribā dès que le débiteur la prenait, puis chaque fois qu’il demandait un délai, une nouvelle somme était ajoutée. Certains pouvaient se montrer indulgents à cet égard, mais d’autres en faisaient commerce ouvertement. L’on rapporte que al-ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib, oncle du Prophète ﷺ, était connu pour pratiquer le ribā avant l’Islām.

C’est pourquoi, dans le sermon d’adieu, le Prophète ﷺ proclama : « Sachez que tout ribā de l’époque de la Jāhiliyya est désormais aboli. Et le premier ribā que j’abolis est celui de mon oncle al-ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib. »

(…) Le ribā se présente sous deux formes :
La première consiste en un prêt assorti d’un surplus par rapport à la somme prêtée.
La seconde, en un prêt sans intérêt initial, mais dont l’échéance est différée : lorsque l’emprunteur ne rembourse pas la dette à la date convenue, il doit alors ajouter un supplément convenu entre les deux parties à chaque nouvelle échéance. »

Repères sur les sources

Le ḥadīth du sermon d’adieu figure dans Ṣaḥīḥ Muslim, dans le long ḥadīth de Jābir sur le Ḥajj du Prophète ﷺ : « وَرِبَا الْجَاهِلِيَّةِ مَوْضُوعٌ، وَأَوَّلُ رِبًا أَضَعُ رِبَانَا رِبَا عَبَّاسِ بْنِ عَبْدِ الْمُطَّلِبِ » (Shamela, éd. turque, 4/38). La formule « Soit tu rembourses, soit tu augmentes » est aussi rapportée dans al-Muwaṭṭaʾ de Mālik, d’après Zayd ibn Aslam, au sujet des gens de la jāhiliyya.

Questions fréquentes

Quels sont les quatre sens du ribā chez les juristes ?

Le ribā de la jāhiliyya (augmenter la dette contre un délai), le ribā al-faḍl (supériorité dans l’échange de biens semblables), le ribā an-nasīʾa (délai dans cet échange) et les ventes qui conduisent au ribā.

En quoi consistait le ribā de la jāhiliyya ?

À exiger du débiteur une somme supplémentaire en échange d’un délai : à l’échéance, s’il ne pouvait pas payer, on augmentait la dette.

Pour aller plus loin

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