Question n° 270 · Purification

Je n’ai jamais fait le ghusl après les règles : que faire des prières de ces années ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 3 min

As-salāmu ʿalaykum, je viens d’apprendre qu’il fallait faire le ghusl à la fin des règles. Je ne l’ai jamais fait depuis des années. Que dois-je faire des prières de toutes ces années ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Les prières faites sans ghusl alors qu’il était dû ne sont pas valides, même par ignorance. On rattrape celles qui ont été faites depuis la fin des règles jusqu’au premier ghusl valide qui a suivi, par exemple un ghusl de janāba fait avec l’intention, puis on recommence pour chaque cycle.

La méthode du rattrapage est exposée dans la réponse #21, et la manière de faire le ghusl dans la réponse #12.

Détail de la réponse

Les prières faites sans le ghusl dû

Le ghusl est une condition de la prière, et la prière faite sans lui n’est pas valide. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb en a donné l’exemple, comme le rapporte Mālik dans al-Muwaṭṭaʾ :

« أَنَّ عُمَرَ بْنَ الْخَطَّابِ صَلَّى بِالنَّاسِ الصُّبْحَ ثُمَّ غَدَا إلَى أَرْضِهِ بِالْجَرْفِ فَوَجَدَ فِي ثَوْبِهِ احْتِلَامًا فَقَالَ إنَّا لَمَّا أَصَبْنَا الْوَدَكَ لَانَتْ الْعُرُوقُ فَاغْتَسَلَ وَغَسَلَ الِاحْتِلَامَ مِنْ ثَوْبِهِ وَعَادَ لِصَلَاتِهِ »

« ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb dirigea la prière du ṣubḥ, puis se rendit à sa terre d’al-Jurf. Il trouva sur son vêtement une trace de pollution nocturne et dit : « Depuis que nous mangeons gras, les veines se sont relâchées. » Il fit le ghusl, lava la trace de son vêtement et refit sa prière. » (al-Muwaṭṭaʾ, cité par al-Bājī, al-Muntaqā, 1/101)

Al-Bājī (m. 474 H) explique sur un récit voisin qu’il a refait la prière « إذْ لَمْ يَكُنْ صَلَّاهَا عَلَى طَهَارَةٍ », « puisqu’il ne l’avait pas faite en état de pureté » (al-Muntaqā, 1/101).

L’ignorance n’y change rien. Al-Qarāfī (m. 684 H) consacre à ce point une des distinctions de ses Furūq. Il l’intitule « قَاعِدَةِ النِّسْيَانِ فِي الْعِبَادَاتِ لَا يَقْدَحُ وَقَاعِدَةِ الْجَهْلِ يَقْدَحُ », « la règle de l’oubli, qui n’entache pas les actes d’adoration, et la règle de l’ignorance, qui les entache ». Il en donne le fondement :

« أَنَّ الْمُكَلَّفَ لَا يَجُوزُ لَهُ أَنْ يُقْدِمَ عَلَى فِعْلٍ حَتَّى يَعْلَمَ حُكْمَ اللَّهِ فِيهِ […] وَمَنْ صَلَّى وَجَبَ عَلَيْهِ أَنْ يَتَعَلَّمَ حُكْمَ اللَّهِ تَعَالَى فِي تِلْكَ الصَّلَاةِ وَكَذَلِكَ الطَّهَارَةُ »

« Le responsable ne peut entreprendre un acte avant de connaître le jugement d’Allah à son sujet […]. Celui qui prie doit apprendre le jugement d’Allah sur cette prière, et de même pour la purification. » (al-Furūq, 2/148)

Même celui qui a oublié un seul endroit du corps dans son ghusl refait les prières faites avant de l’avoir lavé, comme le dit al-Akhḍarī (voir la réponse #12). A fortiori celui qui n’a pas fait le ghusl du tout.

Une douche ordinaire ne suffit pas. L’intention est une obligation du ghusl (« وواجبه نية », Mukhtaṣar, p. 23). La femme qui s’est simplement douchée à la fin de ses règles, sans l’intention de lever cet état, n’a pas fait le ghusl.

Quelles prières rattraper ?

Pour chaque cycle, on rattrape les prières faites entre la fin des règles et le premier ghusl valide qui a suivi. Ce ghusl est souvent celui de la janāba. Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H) dit en effet que la femme est purifiée des deux états dans deux cas. Elle a fait le ghusl avec l’intention des règles et de la janāba, ou bien avec l’intention de l’une des deux en ayant oublié l’autre (« وَإِنْ نَوَتْ الْحَيْضَ وَالْجَنَابَةَ أَوْ أَحَدَهُمَا نَاسِيَةً لِلْآخَرِ […] حصلا », Mukhtaṣar, p. 23). Les prières qui suivent ce ghusl sont donc valides.

Prenons un exemple. Les règles ont fini le 1er du mois, et un rapport suivi d’un ghusl a eu lieu le 3. Les prières du 1er au 3 sont à refaire. Celles d’après sont valides jusqu’aux règles suivantes, où l’on recommence le calcul.

Le même raisonnement vaut pour le jeune homme qui ignorait le ghusl après une pollution nocturne. Il rattrape les prières faites entre chaque pollution et le ghusl valide suivant. Pour une trace trouvée sans savoir quand elle est sortie, il compte depuis son dernier sommeil (« وأعاد من آخر نومة », Mukhtaṣar, p. 23 ; voir la réponse #12).

Si le nombre exact ne peut pas être établi, on prie jusqu’à ne plus avoir de doute. La méthode, le rythme et l’ordre du rattrapage sont exposés dans la réponse #21.

En pratique

  • Ghusl négligé par ignorance : faites-le dès maintenant avec l’intention, établissez cycle par cycle les prières faites sans ghusl, et rattrapez-les selon la réponse #21. Demandez à Allah de vous pardonner de ne pas avoir appris plus tôt.

Allah sait mieux.

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