Méthode d’étude

Qui est un bon enseignant selon le shaykh ʿAlī aṭ-Ṭanṭāwī ?

Sommaire
  1. Enseigner, c’est faire parvenir le savoir à l’esprit de l’élève
  2. Trois conseils pour devenir un bon enseignant
  3. Reconnaître son erreur devant un étudiant
  4. Questions fréquentes
  5. Pour aller plus loin

Maîtriser une matière ne suffit pas pour l’enseigner. Le shaykh ʿAlī aṭ-Ṭanṭāwī, après soixante et une années d’enseignement, résume dans ses souvenirs les qualités d’un bon enseignant et raconte comment il a reconnu une erreur devant un étudiant.

Le shaykh ʿAlī aṭ-Ṭanṭāwī dit :

Enseigner, c’est faire parvenir le savoir à l’esprit de l’élève

« Quant à l’enseignement, ce n’est pas parce que quelqu’un connaît quelque chose qu’il est forcément capable de l’enseigner. Et tous les savants ne deviennent pas nécessairement des enseignants. Enseigner, c’est choisir la méthode qui permet de faire parvenir ce savoir à l’esprit des apprenants. Cela exige une connaissance du niveau de compréhension de l’élève, pour ne pas lui imposer ce qui dépasse sa capacité, ainsi que de connaître son degré de réceptivité, car s’il rejette ce que vous lui transmettez, son esprit se fermera et vous frapperez alors à une porte qui ne s’ouvrira jamais. Cela exige également d’écarter de son chemin les obstacles qui empêchent sa compréhension et détournent son attention de vos paroles. Parmi ces obstacles, il y en a qui viennent de vous, enseignant : il ne doit y avoir dans votre apparence, votre manière de parler ou votre comportement rien d’étrange qui accapare son esprit et l’empêche de recevoir votre message.

(…)

Trois conseils pour devenir un bon enseignant

Je loue Allah d’avoir été un enseignant réussi. Ce n’est pas moi seul qui le dis : mes élèves en témoignent, et ce depuis soixante et une années, depuis le début de ma carrière dans l’enseignement… Et parmi les causes de cette réussite il y a trois choses que je recommande à quiconque veut devenir un bon enseignant :

La première : c’est la maîtrise de la matière enseignée, en avoir une connaissance approfondie, et consulter tous les livres possibles à son sujet sans se limiter au manuel officiel. À l’université, il n’est jamais acceptable de limiter les étudiants à un seul livre auquel ils doivent se référer exclusivement. Celui qui fait cela n’est qu’un instituteur d’école primaire, pas un professeur d’université.

La deuxième : c’est de tout mettre en œuvre pour faire comprendre la leçon aux étudiants. S’il s’exprime avec des mots qu’ils ne comprennent pas, il doit changer d’expressions jusqu’à ce qu’il trouve celles qui leur seront accessibles. Et tant que les notions scientifiques sont bien claires dans son esprit et que les mots de la langue sont à sa disposition, cela lui sera facile.

Quant au troisième point, c’est d’être naturel. S’il ne connaît pas une réponse, il doit dire à ses élèves : « Je ne la connais pas. » S’il se trompe, il doit leur dire : « Je me suis trompé. »

Reconnaître son erreur devant un étudiant

Quand je suis venu enseigner à la Faculté de pédagogie de La Mecque en 1384 H, j’ai évoqué un jour un point de jurisprudence (fiqh) en mentionnant l’avis de l’école de l’imām Aḥmad. Un étudiant s’est alors levé, poliment, pour me corriger en disant que le madhhab ne disait pas cela et que la question ne se posait pas ainsi. Je me suis alors mis à le rabrouer avec sévérité, en lui disant : « Cela fait douze ans que tu étudies pour arriver jusqu’à l’université et tu ne connais même pas l’avis de l’école suivie par la majorité des gens de ce pays… » Et d’autres paroles du même genre, que je n’avais aucun droit de prononcer, et aucune excuse valable à cela. Il se taisait, sans me répondre.

De retour chez moi, j’ai ouvert les ouvrages de fiqh ḥanbalī, et j’ai vu que la question était bel et bien comme l’avait dit l’étudiant, et non comme je l’avais présentée. Savez-vous ce que j’ai fait ? Je suis venu le lendemain et je lui ai dit : « Je te présente mes excuses. C’est moi qui me suis trompé, et toi qui avais raison. Et je te demande pardon une deuxième fois, car tu as été courtois, alors que moi, je n’ai pas eu le comportement qu’on attend des savants. Pardonne-moi. » Pensez-vous que cette attitude a diminué le respect que mes élèves avaient pour moi ? Non. Je vous assure même qu’elle a renforcé leur estime pour moi, et qu’ils en ont tiré une leçon bien plus grande que celles que l’on peut tirer des livres. »

Dhikrayāt ʿAlī aṭ-Ṭanṭāwī (« Souvenirs de ʿAlī aṭ-Ṭanṭāwī »). Œuvre autobiographique en plusieurs volumes, dans laquelle le célèbre savant et juriste syrien ʿAlī aṭ-Ṭanṭāwī (mort en 1999) relate ses souvenirs, ses réflexions sur l’enseignement, la société, la daʿwa et la vie intellectuelle dans le monde musulman au XXᵉ siècle.

Questions fréquentes

Suffit-il de connaître une matière pour l’enseigner ?

Non. Selon aṭ-Ṭanṭāwī, enseigner demande de choisir la méthode qui fait parvenir le savoir à l’esprit de l’élève, en tenant compte de son niveau et de sa réceptivité.

Quelles sont les trois qualités qu’il recommande ?

Maîtriser sa matière en consultant plusieurs livres, tout faire pour que la leçon soit comprise, et être naturel : dire « je ne sais pas » ou « je me suis trompé » quand c’est le cas.

Pour aller plus loin

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