Méthode d’étude

L’histoire du barmablūl, ou pourquoi il faut un maître pour étudier un livre

Sommaire
  1. Une expression que personne n’expliquait
  2. La réponse du maître
  3. Précision sur le ḥadīth de la science cachée
  4. Questions fréquentes
  5. Pour aller plus loin

Peut-on apprendre seul, dans un livre, sans passer par un maître ? L’histoire du « barmablūl », racontée par Muḥammad Ḥasan Hīto dans Al-Mutafayqihūn, montre pourquoi la science se prend auprès de ceux qui la détiennent.

Le savant, juriste et spécialiste des fondements du droit Muḥammad Ḥasan Hīto dit dans son livre Al-Mutafayqihūn :

Une expression que personne n’expliquait

Mon shaykh m’a raconté, alors que je poursuivais mes études à al-Azhar, qu’il avait lu un jour, durant sa propre quête du savoir, dans un ouvrage de fiqh, au chapitre des transactions, le passage suivant :

« Il est interdit de vendre du barmablūl contre du barmablūl. »

Il dit : cette expression m’a été impossible à comprendre. J’ai consulté les commentaires, sans trouver un seul savant qui l’ait expliquée ou commentée. J’ai regardé les annotations marginales, sans trouver qui que ce soit pour l’éclaircir ou la préciser. J’en vins presque à accuser les textes de base, les commentaires, les gloses et les notes explicatives d’impuissance et d’insuffisance, puisqu’ils n’avaient pas été capables d’expliquer cette phrase ; ou bien à accuser l’auteur de s’être trompé.

Puis je me suis dit qu’il valait mieux accuser mon propre esprit avant de les accuser eux. Car si l’erreur provenait réellement de l’auteur, au moins l’un des dizaines de savants ayant commenté ou annoté cet ouvrage s’en serait rendu compte. Il est impossible que tous se soient accordés sur une même erreur ; l’erreur ne pouvait donc venir que de mon raisonnement et de ma compréhension.

La réponse du maître

Il dit : je retournai alors voir mon shaykh pour l’interroger à ce sujet. Il me répondit :

« Mon fils, personne n’a jamais pris la science directement d’un livre, sans maître, sans s’égarer. Il faut nécessairement un enseignant pour expliquer ce qui est obscur, restreindre ce qui est absolu, détailler ce qui est concis et clarifier le sens des termes techniques. Si le livre suffisait à lui seul, sans avoir besoin d’un maître pour l’expliquer, Allah n’aurait pas envoyé avec chaque Livre un Messager chargé de l’exposer et de l’éclairer. Il n’aurait pas pris l’engagement de ceux qui ont reçu l’Écriture de la clarifier aux gens, et Allah n’aurait pas menacé celui qui dissimule la science d’un mors de feu, alors même que les livres sont accessibles au proche comme au lointain. »

Puis il ajouta :

« Mon fils… la formulation correcte est : “Il est interdit de vendre du blé mouillé (burr mablūl) contre du blé mouillé.” Cela ne nécessite ni dictionnaires, ni lexiques, ni commentaires, ni gloses ; cela nécessite seulement de l’humilité comme la tienne lorsque tu es venu me questionner. »

Mon shaykh me dit alors : Par Allah, mon fils, depuis ce jour je n’ai jamais oublié la sagesse de ce shaykh, et je me suis rappelé la parole d’ash-Shāfiʿī : « On ne s’est jamais moqué de l’erreur d’un homme sans qu’Allah n’ancre la justesse dans son cœur. »

J’ai compris que l’intention de mon shaykh, à travers cette histoire vécue qu’il me raconta, était de m’enseigner la bonne attitude à adopter dans la réception des sciences, afin de parvenir à la justesse et d’atteindre son objectif ultime.

Précision sur le ḥadīth de la science cachée

La menace évoquée par le shaykh, « celui qui dissimule la science d’un mors de feu », renvoie au ḥadīth « Celui à qui l’on demande une science et qui la cache sera bridé, le Jour de la résurrection, d’un mors de feu », rapporté notamment par at-Tirmidhī (n° 2649, qu’il juge ḥasan) et Ibn Māja (n° 261, introduction), d’après le renvoi de l’éditeur de al-ʿUdda fī uṣūl al-fiqh dans Shamela.

Questions fréquentes

Que signifie « barmablūl » ?

Selon l’histoire, c’est une mauvaise lecture : il faut lire deux mots, burr mablūl, c’est-à-dire du blé mouillé. Aucun dictionnaire n’était nécessaire, seulement l’humilité de poser la question à un maître.

Pourquoi un maître est-il nécessaire pour étudier un livre ?

Parce qu’il faut un enseignant pour expliquer ce qui est obscur, restreindre ce qui est absolu, détailler ce qui est concis et clarifier les termes techniques.

Pour aller plus loin

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