Quand la maladie, l’âge, la grossesse ou l’allaitement empêchent de jeûner en Ramadan, on peut se sentir mis de côté. Ce texte rappelle la parole du Prophète ﷺ sur la récompense de ceux que la maladie a retenus, ce qu’Allah attend de la personne empêchée, et les adorations qu’elle peut accomplir à la place du jeûne.
J’aimerais dédier ces quelques lignes à nos frères et sœurs, jeunes comme âgés, qui sont éprouvés par la maladie, la fatigue ou la vieillesse, les mamans affaiblies par l’allaitement ou par la grossesse, et tous ceux qui en voyant les gens célébrer le jeûne ont le cœur qui brûle de tristesse de ne pas pouvoir rejoindre les frères et sœurs et partager leur joie et leur liesse. Qui se sentent honteux, contraints de manger en cachette, qui se sentent mis de côté au moment de la rupture des jeûneurs, qui se sentent gênés lorsque les gens font la fête et se demandent s’ils méritent de partager leur bonheur.
La récompense de celui que la maladie a retenu
J’aimerais vous dire, mes parents, mes frères, qu’Allah ﷻ vous a fait en réalité en ce mois le meilleur des cadeaux, mieux encore peut-être que celui des jeûneurs même. Peut-être vous étonnerez-vous en lisant ces lignes, en pensant que je vous mens ou que j’exagère, alors laissez-moi vous partager la parole de celui qui est préservé du mensonge ﷺ – puissé-je donner pour lui mon père et ma mère – :
Dans le Ṣaḥīḥ de Muslim il est rapporté que le Prophète ﷺ dit aux compagnons qui étaient sortis pour le combat :
« Il y a à Médine des gens qui sont restés là-bas et qui pourtant sont avec vous à chaque fois que vous parcourez un chemin ou traversez une vallée, car c’est la maladie qui les a empêchés [de venir avec vous] »
et dans une version « et qui pourtant ont la même récompense que vous à chaque fois… ».
إِنَّ بِالْمَدِينَةِ لَرِجَالًا مَا سِرْتُمْ مَسِيرًا وَلَا قَطَعْتُمْ وَادِيًا إِلَّا كَانُوا مَعَكُمْ، حَبَسَهُمُ الْمَرَضُ
L’imām an-Nawawī a dit en explication de ce ḥadīth :
« Ce ḥadīth nous évoque le mérite de la bonne intention pour les actes de bien, et nous apprend que celui qui a l’intention de prendre part à une bataille ou d’accomplir quoi que ce soit d’autre comme adoration, puis qui ne peut réaliser cela à cause d’un empêchement, il aura la récompense de ce qu’il a eu l’intention de faire. De même, il nous apprend que plus sa tristesse sera grande du fait qu’il ait manqué cela, et son désir d’être avec ceux qui prennent part à la bataille ou avec les autres [parmi ceux qui font les autres adorations] sera intense, et plus sa récompense sera grande, et Allāh est plus savant ».
En d’autres termes, cela signifie que non seulement la personne qui est contrainte de manquer cette adoration est récompensée, mais en plus de cela elle a une autre récompense plus sa tristesse est grande.
Ne pas jeûner est alors l’adoration demandée
J’aimerais encore vous dire que si le jeûne est l’adoration de ce mois, dans votre situation, votre adoration à vous est de ne pas jeûner. C’est l’obligation que vous devez observer en ce mois, au vu du verset où Allah dit : « Et ne causez pas votre propre perte » (Al-Baqara : 195) et c’est la chose pour laquelle Allah ﷻ vous récompensera et aimera que vous observiez. Le Prophète ﷺ a dit : « Allah aime que l’on accomplisse Ses dérogations comme Il aime que l’on accomplisse ses obligations » (Ibn Ḥibbān). Prenez garde ainsi à ne pas tomber dans le piège du diable qui vous incite à pratiquer non pas ce qu’Allah aime, mais ce que notre désir aime au vu de l’image que ça renvoie et de l’ambiance que ça crée.
﴿وَلَا تُلْقُوا بِأَيْدِيكُمْ إِلَى التَّهْلُكَةِ﴾
Ibn Rajab dit en substance à ce sujet que de nombreuses personnes ont une relation avec Allah exalté soit-Il qui repose davantage sur les envies personnelles, leurs habitudes et leurs usages plutôt que sur la foi en Allah et l’amour de ce qu’Il ordonne. Par exemple, de nombreuses personnes jeûnent en étant malades sans tenir compte de leur état de santé, même si Allah exalté soit-Il Lui-même leur demande de ne pas jeûner dans ces circonstances. Bien qu’Allah exalté soit-Il aime et accepte cette dérogation, la personne le fait par habitude ou par volonté personnelle. En revanche, lorsque la personne fonde sa religion sur la foi, elle aime tout ce qu’Allah exalté soit-Il aime et déteste tout ce qu’Il déteste, quitte à ce que ça l’amène à ne pas avoir l’image glorieuse de ceux qui agissent en apparence, tant qu’elle sait que c’est ce qu’Allah lui a demandé.
Les autres adorations du mois de Ramadan
J’aimerais enfin vous rappeler que le mois de Ramadan n’est pas que le mois du jeûne, qui est certes l’adoration principale de ce mois mais n’est au final qu’une adoration parmi toutes celles qui sont recommandées en ce jour.
Celui qui ne peut pas jeûner en s’abstenant de manger et de boire, qu’il jeûne en s’abstenant de commettre les interdits, en préservant sa langue de déchirer l’honneur des musulmans et musulmanes, en préservant son regard, son ouïe et tous ses sens.
Celui qui ne peut pas avoir le mérite d’avoir l’haleine du jeûneur qui sent plus bon auprès d’Allah que du parfum, qu’il parfume sa bouche avec le Livre d’Allah, l’évocation d’Allah et les invocations au soir et au matin. Celui qui ne peut pas avoir le mérite de la gorge asséchée par la soif, qu’il l’assèche par la lecture. Celui qui ne peut pas avoir la joie de l’iftar, qu’il fasse rentrer cette joie dans le cœur d’un jeûneur en lui accordant à manger, pour la partager avec lui.
Puisse Allah nous rapprocher de Lui et nous compter parmi Ses serviteurs fidèles qui aiment ce qu’Il aime avant ce qu’ils aiment eux, et puisse Allah rétribuer de la plus belle des manières tous les soldats et les soldates qui affrontent les épreuves au quotidien avec un cœur patient et aimant.
Le Prophète ﷺ dit : « Le jour de la Résurrection, lorsque ceux qui étaient en bonne santé ici-bas verront la récompense de ceux qui étaient éprouvés [par la maladie], ils voudraient que leur peau eût été découpée par des cisailles dans cette vie » (At-Tirmidhī).
Références vérifiées : Muslim, Ṣaḥīḥ, n° 1911 (d’après Jābir, chapitre sur la récompense de celui que la maladie ou une excuse a retenu du combat) ; at-Tirmidhī, Sunan, n° 2402 (d’après Jābir, qui précise que ce ḥadīth est gharīb) ; Ibn Ḥibbān, n° 3568 (d’après Ibn ʿUmar, selon le renvoi du muḥaqqiq d’al-Bayhaqī, as-Sunan al-kubrā, 6/141). La phrase d’an-Nawawī se retrouve dans les commentaires de la Mishkāt (aṭ-Ṭībī, al-Kāshif ; ʿAlī al-Qārī, Mirqāt al-mafātīḥ).
Questions fréquentes
Celui qui ne peut pas jeûner à cause de la maladie est-il récompensé ?
Oui. D’après le ḥadīth rapporté par Muslim, ceux que la maladie a retenus sont avec les combattants à chaque chemin et à chaque vallée, et an-Nawawī explique que plus la tristesse de celui qui a manqué l’acte est grande, plus sa récompense l’est aussi.
Que peut faire celui qui ne peut pas jeûner en Ramadan ?
Il peut jeûner en s’abstenant des interdits et en préservant sa langue, son regard et son ouïe, lire le Livre d’Allah, l’évoquer et faire les invocations du matin et du soir, et donner à manger à un jeûneur pour partager avec lui la joie de l’iftar.
Pour aller plus loin
- Malade chronique ou incapable de rattraper ses jours : faut-il payer la fidya ? Les situations à distinguer.
- La femme enceinte ou qui allaite doit-elle jeûner ? Ce qu’elle doit rattraper.
- Les mérites du jeûne, un livre de la bibliothèque du site.
- Les mérites du Ramadan, autre livre de la bibliothèque.
- Qu’est-ce que le tasawwuf ? L’éducation du cœur et de l’intention, présentée par l’institut.
- Les cours de fiqh mālikite de l’institut, dont le chapitre du jeûne.