As-salāmu ʿalaykum, je fais mes études à l’étranger et mon père m’envoie de l’argent depuis notre pays. Le service mobile qu’il utilisait prend maintenant 10 % de la somme. Il a donc fait faire à mon nom une carte prépayée, rattachée à aucun compte, qu’il recharge depuis sa banque. J’ai évité d’ouvrir un compte épargne à cause des intérêts. Est-ce que nous commettons un péché en passant par la banque de cette façon ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Non, vous ne commettez pas de péché. Le ribā est un surplus sur un prêt ou un échange de monnaies fait avec délai. Recevoir de l’argent par une banque n’en contient aucun, tant que rien ne produit d’intérêt et que rien ne vous est avancé à crédit. Les frais que prennent la banque, Orange Money ou Wave sont le salaire d’un service. L’école mālikite permet de mandater quelqu’un contre une rémunération, et ce mandat suit les règles du louage. La carte prépayée sans crédit ni découvert est donc permise, comme le compte courant sans intérêt (#98).
Une précaution concerne la monnaie. Si votre père verse des francs CFA et que vous recevez une autre monnaie, il y a un change, qui a ses propres règles (#164). La forme sûre est une carte tenue dans la monnaie que votre père verse, que vous convertissez vous-même au moment du retrait. Vous avez enfin bien fait d’éviter le compte épargne, car son contrat stipule l’intérêt.
Détail de la réponse
Les frais de transfert rémunèrent un service
Quand votre père confie de l’argent à une banque ou à un opérateur pour qu’il vous le remette, il le charge d’une mission. C’est un mandat (wakāla). L’opérateur prend des frais pour ce travail. Ibn Juzayy al-Kalbī (m. 741 H), mālikite de Grenade, dit dans al-Qawānīn al-fiqhiyya :
تجوز الوكاة بِأُجْرَة وَبِغير أُجْرَة فَإِن كَانَت بِأُجْرَة فَحكمهَا حكم الْإِجَارَات
« Le mandat est permis avec rémunération ou sans rémunération. S’il est rémunéré, il suit le régime des contrats de louage. » (al-Qawānīn al-fiqhiyya, p. 216 ; l’édition porte « الوكاة » pour « الوكالة »)
Les frais de 10 % d’Orange Money ou le pourcentage de Wave sont donc le prix d’un service, connu à l’avance. Un tarif élevé est une raison de chercher moins cher, et il ne change rien au jugement. Nous l’avons dit pour le transfert dans la même monnaie, permis contre des frais (#164). La règle est la même pour la commission de service en général (#158).
Le ribā est ailleurs. C’est le surplus que l’on prend sur un prêt. Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī (m. 386 H) le résume dans ar-Risāla, une des épîtres de base de l’école :
ولا يجوز سلف يجر منفعة
« Il n’est pas permis qu’un prêt rapporte un avantage. » (ar-Risāla, p. 105)
Dans votre cas, personne ne prête à personne contre un surplus. Votre père paie un service, et vous recevez son argent.
La carte prépayée et la banque
Vous recevez sur cette carte ce que votre père y verse, et vous ne pouvez dépenser que ce solde. La banque ne vous avance rien, et le solde ne vous rapporte rien. Il n’y a donc ni prêt à intérêt ni intérêt perçu. Les frais de la carte ou de la recharge rémunèrent un service de paiement, comme les frais d’une carte à débit immédiat (#161).
Que l’établissement soit une banque conventionnelle ne rend pas ce service interdit. Nous avons dit que le compte courant sans intérêt est permis, parce qu’on ne peut aujourd’hui recevoir ni payer sans lui (#98, #161). Votre carte rend le même service, avec moins de risques encore, puisqu’elle ne peut pas devenir débitrice. Le besoin est réel dans votre situation, puisque l’autre voie fait perdre à votre famille le dixième de chaque envoi.
Deux points restent à surveiller :
- Le crédit. La carte doit rester sans découvert, sans crédit renouvelable et sans pénalité. Si une option de ce type vous est proposée, refusez-la (#161).
- Les avantages. L’argent laissé sur la carte est une somme que la banque vous doit. Une prime, un cashback ou des points versés par la banque pour ce solde sont à éviter, pour la raison donnée par ar-Risāla ci-dessus (#158). S’il vous en a été versé, donnez-le aux pauvres.
La précaution sur la monnaie
Si la somme passe des francs CFA à une autre monnaie, c’est un change (ṣarf). L’école l’exige de main à main, sans délai et sans tiers qui reçoit à la place de celui qui a conclu. Le transfert où l’un paie dans une monnaie et où un autre reçoit plus tard dans une autre ne remplit pas ces conditions, selon l’avis retenu (#164).
Il existe une forme claire. La carte est tenue dans la monnaie que votre père verse. Il paie des francs CFA, la banque inscrit des francs CFA sur votre carte, et il n’y a là aucun change. Quand vous retirez de l’argent dans votre pays d’études, la banque vous remet la monnaie locale contre une partie du solde qu’elle vous doit. Vous convertissez vous-même une somme qui vous est due, et vous la recevez sur-le-champ. Ibn Juzayy l’autorise :
يجوز صرف مَا فِي الذِّمَّة إِن كَانَ حَالا وَذَلِكَ أَن يكون لرجل على آخر ذهب فَيَأْخُذ فِيهِ فضَّة أَو فضَّة فَيَأْخُذ فِيهَا ذَهَبا
« Il est permis de changer ce qui est dû si la dette est échue. C’est le cas d’un homme à qui un autre doit de l’or et qui en prend de l’argent, ou à qui il doit de l’argent et qui en prend de l’or. » (al-Qawānīn al-fiqhiyya, p. 166)
Le solde d’une carte prépayée se retire à tout moment. Il est donc échu. L’application de ce texte à la carte est notre raisonnement, puisque les anciens ne connaissaient pas cet instrument.
Si la carte est tenue dans une autre monnaie et que la conversion se fait au moment où votre père la recharge, on retrouve la forme décrite dans la réponse #164. Demandez alors à la banque une carte en francs CFA, ou demandez à votre père d’envoyer la somme dans la monnaie de la carte après l’avoir changée lui-même de main à main.
Le compte épargne
Un compte qui produit des intérêts est un prêt à la banque assorti d’un surplus convenu. Son contrat stipule le ribā dès la signature. Vous avez donc bien fait de l’éviter. Un compte courant ou un compte étudiant sans intérêt reste permis si vous en avez un jour besoin (#98). Si un intérêt vous était versé malgré vous, vous ne le gardez pas et vous le donnez aux pauvres, sans en attendre de récompense (#98).
En pratique
- Continuez à recevoir l’argent par la carte prépayée. Ni vous ni votre père ne commettez de péché.
- Les frais de la banque, d’Orange Money ou de Wave sont permis. Comparez les tarifs et prenez le moins cher.
- Vérifiez la monnaie de la carte. Une carte en francs CFA, convertie au moment du retrait, est la forme la plus sûre. Payer avec cette carte chez un commerçant dans une autre monnaie est également permis, car c’est vous qui convertissez une somme qui vous est due.
- Refusez tout découvert ou crédit attaché à la carte, et toute prime ou cashback de la banque.
- N’ouvrez pas de compte qui rapporte des intérêts. Un compte courant sans intérêt reste possible.
Allah sait mieux.