Question n° 218 · Société et vie quotidienne

Peut-on manifester en islam ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 3 min

As-salāmu ʿalaykum, je voudrais participer, avec ma sœur, à une marche de soutien pour une cause juste. Est-ce permis ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Dans l’école mālikite, une manifestation est un moyen, et un moyen prend le jugement de ce à quoi il mène. Y participer est donc permis, à l’homme comme à la femme, pour une cause licite. Il faut que la manifestation ne comporte rien d’interdit (atteinte aux personnes ou aux biens, paroles illicites, mixité sans retenue) et qu’elle ne conduise pas à un mal plus grand que celui qu’elle dénonce.

Se faire justice soi-même, ou employer la force contre celui qui insulte un proche, est traité dans la réponse #298.

Détail de la réponse

Changer le blâmable et ses conditions

Le Prophète ﷺ a dit :

« مَنْ رَأَى مِنْكُمْ مُنْكَرًا فَلْيُغَيِّرْهُ بِيَدِهِ. فَإِنْ لم يستطع فبلسانه. ومن لَمْ يَسْتَطِعْ فَبِقَلْبِهِ. وَذَلِكَ أَضْعَفُ الإِيمَانِ »

« Que celui d’entre vous qui voit un acte blâmable le change par sa main ; s’il ne le peut pas, par sa langue ; s’il ne le peut pas, par son cœur, et c’est là le plus faible degré de la foi. » (Muslim, n° 49)

Ibn Juzayy al-Kalbī (m. 741 H), mālikite de Grenade, en donne les conditions dans al-Qawānīn al-fiqhiyya :

« وَأَن يَأْمَن أَن يُؤَدِّي إِنْكَاره الْمُنكر إِلَى مُنكر أكبر مِنْهُ مثل أَن يُنْهِي عَن شرب خمر فيئول نَهْيه إِلَى قتل نفس وَأَن يعلم أَو يغلب على ظَنّه أَن إِنْكَاره الْمُنكر مزيل لَهُ وَأَن أمره بِالْمَعْرُوفِ نَافِع وفقد هَذَا الشَّرْط الْأَخير يسْقط الْوُجُوب فَيبقى الْجَوَاز وَالنَّدْب وفقد مَا قبله يسْقط الْجَوَاز »

« Il faut qu’il soit sûr que sa réprobation ne mène pas à un mal plus grand, comme d’interdire le vin et d’en arriver à la mort d’un homme ; et qu’il sache, ou estime le plus probable, que sa réprobation fera cesser le mal et que son exhortation portera. Sans cette dernière condition, l’obligation tombe mais l’acte reste permis et recommandé ; sans la précédente, il n’est même plus permis. » (al-Qawānīn al-fiqhiyya, p. 282)

Manifester pour une cause juste

Les anciens n’ont pas connu la manifestation sous sa forme actuelle. On la juge par la règle des moyens qu’énonce al-Qarāfī (m. 684 H), mālikite d’Égypte :

« وَمَوَارِدُ الْأَحْكَامِ عَلَى قِسْمَيْنِ مَقَاصِدُ وَهِيَ الْمُتَضَمِّنَةُ لِلْمَصَالِحِ وَالْمَفَاسِدِ فِي أَنْفُسِهَا وَوَسَائِلُ وَهِيَ الطُّرُقُ الْمُفْضِيَةُ إلَيْهَا وَحُكْمُهَا حُكْمُ مَا أَفَضْت إلَيْهِ مِنْ تَحْرِيمٍ وَتَحْلِيلٍ »

« Les objets des jugements sont de deux sortes. Les fins, qui portent en elles-mêmes un bien ou un mal ; et les moyens, qui sont les chemins qui y mènent, et dont le jugement suit celui de ce à quoi ils conduisent, interdiction ou permission. » (al-Furūq, 2/33)

Témoigner publiquement son soutien à des opprimés, réclamer la justice ou dénoncer une injustice sont des fins licites. La marche est alors permise si elle respecte ces conditions.

  • Ne porter atteinte à personne, ni à aucun bien. Les personnes et les biens sont protégés par l’islam ou par le pacte de sécurité sous lequel on vit (« الْعِصْمَةَ تَكُونُ بِأَمْرَيْنِ … بِإِيمَانٍ … أَوْ أَمَانٍ », ad-Dardīr, ash-Sharḥ al-kabīr, 4/239). Celui qui casse une vitrine ou brûle une voiture commet un péché et doit réparer le dommage.
  • Ne rien dire d’interdit. Les slogans de haine, l’insulte et le mensonge restent interdits dans une foule comme ailleurs.
  • Ne pas conduire à un mal plus grand. C’est la condition d’Ibn Juzayy citée plus haut. Une marche dont on sait qu’elle tournera à l’affrontement, ou qui expose les participants à un danger sérieux pour un bénéfice incertain, perd sa permission.
  • Pour la femme, les règles ordinaires de la sortie s’appliquent (tenue, retenue, absence de contact et de bousculade avec les hommes). Voyez la question #114 sur la mixité.

Si ces conditions sont réunies, la participation est permise à l’homme comme à la femme. Elle ne devient pas une obligation, et l’invocation, l’aumône et l’aide concrète restent d’autres manières de soutenir une juste cause.

En pratique

  • Une marche pacifique pour une cause juste : vous pouvez y aller, votre sœur aussi, en restant à l’écart de toute dégradation, de toute violence et de toute parole interdite.
  • Si la marche dégénère, quittez-la.
  • Pour un cas précis, demandez l’avis d’un mufti.

Allah sait mieux.

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