Question n° 219 · Apparence et tenue

Le qazaʿ : la coupe dégradée est-elle interdite ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 4 min

As-salāmu ʿalaykum, à la mosquée on nous a dit que le dégradé était interdit parce que c’est du qazaʿ. Mon coiffeur me propose soit un dégradé classique, soit un dégradé « à blanc » avec les côtés rasés. Qu’en dit l’école mālikite ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Dans l’école mālikite, le qazaʿ consiste à raser une partie de la tête et à laisser le reste. Il est réprouvé (makrūh), sans être interdit, pour l’enfant comme pour l’adulte. Un dégradé fait à la tondeuse, qui raccourcit les cheveux sans les raser, n’est pas du qazaʿ. Un dégradé « à blanc », qui rase les côtés ou la nuque jusqu’à la peau en gardant le dessus, entre dans le qazaʿ et reste donc réprouvé. Une mèche laissée sur un crâne rasé est réprouvée, et interdite si on la garde par vanité.

Les tresses pour l’homme sont traitées dans la réponse #299.

Détail de la réponse

Le qazaʿ dans le ḥadīth et chez les mālikites

Ibn ʿUmar rapporte :

« إن رسول الله ﷺ نَهَى عَنِ الْقَزَعِ. قَالَ قُلْتُ لِنَافِعٍ: وَمَا الْقَزَعُ؟ قَالَ: يُحْلَقُ بَعْضُ رَأْسِ الصَّبِيِّ وَيُتْرَكُ بعض »

« Le Messager d’Allah ﷺ a interdit le qazaʿ. Le narrateur dit : j’ai demandé à Nāfiʿ ce qu’était le qazaʿ, et il répondit : on rase une partie de la tête de l’enfant et on laisse l’autre. » (Muslim, n° 2120)

Ibn Juzayy al-Kalbī (m. 741 H), mālikite de Grenade, en donne le jugement dans al-Qawānīn al-fiqhiyya :

« وَيكرهُ القزع وَهُوَ أَن يحلق الْبَعْض وَيتْرك الْبَعْض »

« Le qazaʿ est réprouvé ; c’est de raser une partie et de laisser l’autre. » (al-Qawānīn al-fiqhiyya, p. 293)

Ibn Rushd al-Jadd (m. 520 H), juge de Cordoue, montre que la règle vaut pour tous et dans toutes les situations. Mālik réprouvait même que l’on rase la nuque ou le milieu du crâne pour poser des ventouses. Ibn Rushd en explique la raison :

« كره حلق موضع المحاجم من وسط الرأس ومن القفا لما جاء من أن رسول الله ﷺ «نهى عن القزع» وهو حلق بعض الرأس دون بعض، فعم ولم يخص حالا من حال »

« Il a réprouvé que l’on rase l’emplacement des ventouses au milieu de la tête et sur la nuque, parce que le Messager d’Allah ﷺ a interdit le qazaʿ, qui est de raser une partie de la tête et non l’autre. Il a parlé de façon générale, sans distinguer une situation d’une autre. » (al-Bayān wa-t-taḥṣīl, 18/204)

Ailleurs, à propos des enfants, il note de même que le Prophète ﷺ « a parlé de façon générale, sans distinguer le petit du grand » (« فعم ولم يخص صغيرا من كبير », al-Bayān, 18/266).

Note. Une seconde définition est rapportée de Mālik et d’Abū ʿUbayda. Elle réserve le nom de qazaʿ aux touffes laissées à plusieurs endroits d’un crâne rasé, comme des nuages épars (al-Qarāfī, adh-Dhakhīra, 13/278 ; an-Nafrāwī, al-Fawākih ad-dawānī, 2/306). Nous suivons la définition générale. C’est celle que donne Nāfiʿ, qui a transmis le ḥadīth, et c’est elle qu’applique Ibn Rushd.

Le dégradé, le dégradé à blanc et la mèche

Le qazaʿ suppose de raser (ḥalq). Couper ou raccourcir les cheveux n’en fait pas partie.

  • Le dégradé classique, où la tondeuse raccourcit progressivement les côtés et la nuque sans laisser la peau nue, est une coupe et non un rasage. Il n’entre pas dans le qazaʿ, et il est permis.
  • Le dégradé à blanc rase les côtés ou la nuque jusqu’à la peau et garde des cheveux sur le dessus. C’est raser une partie de la tête et laisser l’autre, ce qui correspond à la définition retenue. Il est réprouvé, sans être un péché.
  • Les motifs rasés (traits, dessins) dans une chevelure suivent le même jugement.
  • La mèche laissée sur un crâne rasé est jugée plus sévèrement. An-Nafrāwī (m. 1126 H) écrit dans son commentaire de ar-Risāla, une des épîtres de base de l’école :

« كَمَا يَحْرُمُ إبْقَاءُ الشُّوشَةِ لِلْعُجْبِ وَبِدُونِهِ يُكْرَهُ، كَمَا يُكْرَهُ الْقَزَعُ »

« De même qu’il est interdit de garder une mèche (shūsha) par vanité, et réprouvé de la garder sans vanité, comme est réprouvé le qazaʿ. » (al-Fawākih ad-dawānī, 2/306)

Le besoin médical lève la réprobation. Al-Abharī (m. 375 H) en parle à propos des ventouses posées sur la tête. S’il faut raser pour une nécessité, dit-il, cela devient permis (« فإن احتيج إليها للضرورة، جاز ذلك », Sharḥ al-Mukhtaṣar al-kabīr, 4/480). Celui qu’on rase en partie pour une opération ou une plaie n’est donc pas concerné.

Celui à qui l’on a interdit le dégradé « parce que c’est du qazaʿ » a reçu une réponse trop large. Le dégradé ordinaire est permis. Le dégradé à blanc est réprouvé, ce qui reste en dessous de l’interdit.

En pratique

  • Dégradé classique à la tondeuse, sans peau nue : permis.
  • Dégradé à blanc, côtés rasés, motifs rasés : réprouvé ; mieux vaut demander au coiffeur de laisser un peu de longueur partout.
  • Mèche gardée sur un crâne rasé : réprouvée, et interdite si c’est par vanité.
  • Rasage partiel pour un soin ou une opération : permis.
  • Tête entièrement rasée ou cheveux coupés à la même longueur : hors du qazaʿ.

Allah sait mieux.

Toutes les questions-réponses

Renoncer au contrat ici · exercer votre droit de rétractation en ligne · Conditions générales de vente