La médisance (ghība) est-elle vraiment plus grave que la fornication ? Plusieurs ḥadīths rapportés par al-Mundhirī et al-Ghazālī le disent, avec la raison de cette gravité : un droit d’autrui dont il faut se faire pardonner.
Le ḥadīth rapporté par al-Mundhirī
Al-Mundhirī rapporte d’après Anas ibn Mālik :
Le Messager d’Allah ﷺ nous fit un sermon dans lequel il évoqua l’affaire de l’usure (ribā) et en souligna la gravité. Il dit :
« Un dirham d’usure qu’un homme perçoit est plus grave en termes de péché que trente-six actes de fornication commis par un homme. Et la pire forme d’usure est de porter atteinte à l’honneur du musulman. »
Rapporté par Ibn Abī ad-Dunyā dans son ouvrage Dhamm al-Ghība (La condamnation de la médisance) au n°36, ainsi qu’Al-Bayhaqī dans Shuʿab al-Īmān n°5282.
Une formulation voisine, sur le dirham d’usure, est rapportée par Aḥmad d’après ʿAbd Allāh ibn Ḥandhala, comme le cite az-Zaylaʿī dans Tabyīn al-ḥaqāʾiq.
Le ḥadīth cité par al-Ghazālī
Dans Iḥyāʾ ʿUlūm ad-Dīn, al-Ghazālī rapporte d’après Jābir et Abū Saʿīd, il est rapporté qu’ils ont dit :
Le Prophète ﷺ a dit :
« Prenez garde à la médisance, car la médisance est plus grave que la fornication. En effet, il se peut qu’un homme commette la fornication puis se repente, et Allah accepte son repentir. Quant à celui qui pratique la médisance, il ne lui sera pas pardonné jusqu’à ce qu’il se fasse pardonner de la personne de qui il a médit. »
Al-ʿIrāqī a dit : Ce hadith a été rapporté par Ibn Abī ad-Dunyā dans Dhamm al-Ghība, par Ibn Ḥibbān dans Ad-Ḍuʿafāʾ et par Ibn Mardawayh dans son Tafsīr.
Ce ḥadīth figure bien dans Dhamm al-Ghība d’Ibn Abī ad-Dunyā (p. 13 dans la pagination de la Shamela), d’après Jābir et Abū Saʿīd, et aussi dans son aṣ-Ṣamt wa-ādāb al-lisān (p. 118).
Sa parole : « …jusqu’à ce qu’il se fasse pardonner de la personne de qui il a médit » indique l’obligation de se dégager de ce droit et d’obtenir le pardon de la personne lésée.
Ce qu’en dit Sidī Aḥmad Zarrūq
Sidī Aḥmad Zarrūq dit dans son livre An-Naṣīḥa al-Kāfiya (p. 51) : « La médisance, c’est évoquer ton frère en son absence par ce qu’il détesterait entendre, même si ce que tu dis est vrai. Dans un ḥadīth, il est rapporté qu’elle est plus grave que trente adultères dans l’islam. »
Cf. le commentaire d’An-Naṣīḥa al-Kāfiya de Sidī Aḥmad Zarrūq par Ibn Zakrī (vol. 1, p. 520-521).
Questions fréquentes
Pourquoi la médisance est-elle dite plus grave que la fornication ?
Parce que, selon le ḥadīth, l’auteur d’une fornication peut se repentir et Allah accepte son repentir, alors que le médisant n’est pas pardonné tant qu’il n’a pas obtenu le pardon de la personne dont il a médit.
Qu’est-ce que la médisance selon Zarrūq ?
Évoquer ton frère en son absence par ce qu’il détesterait entendre, même si ce que tu dis est vrai.
Pour aller plus loin
- Les cours de tasawwuf et de discipline de l’institut, où se travaillent les maladies de la langue et du cœur.
- Qu’est-ce que le tasawwuf ?, pour situer l’œuvre de Zarrūq.
- La science du ḥadīth, pour comprendre comment les ḥadīths sont rapportés et référencés.
- Peut-on mentionner un ḥadīth faible sans préciser sa faiblesse ?, utile pour lire les ḥadīths sur la médisance.
- Les cinq règles de bienséance pour accepter une invitation selon al-Ghazālī, un autre texte de la tradition des bienséances.