As-salāmu ʿalaykum, je me suis convertie à l’islam à vingt-cinq ans. Dois-je rattraper les prières des années qui ont précédé ma conversion ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Le converti ne rattrape rien de sa vie d’avant l’islam. Il doit seulement la prière dont le temps est encore ouvert au moment où il entre en islam.
Celui qui avait déjà déclaré clairement sa foi avant sa shahāda officielle doit les prières à partir de cette déclaration. Une croyance gardée pour soi, sans aucune déclaration, n’oblige à rien rattraper.
Pour celui qui est né musulman, l’obligation commence à la puberté, comme l’explique la réponse #135.
Détail de la réponse
Le converti
Le converti ne rattrape aucune prière de la période qui précède son islam. Allah dit :
﴿قُلْ لِلَّذِينَ كَفَرُوا إِنْ يَنْتَهُوا يُغْفَرْ لَهُمْ مَا قَدْ سَلَفَ﴾
« Dis à ceux qui ont mécru que, s’ils cessent, on leur pardonnera ce qui s’est passé. » (al-Anfāl, 8:38)
Ad-Dardīr (m. 1201 H) explique que la mécréance est comptée parmi les excuses « لِأَنَّ الْإِسْلَامَ يَجُبُّ مَا قَبْلَهُ », « parce que l’islam efface ce qui le précède » (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/184). Le converti doit en revanche la prière dont le temps est encore ouvert, temps de nécessité compris (voir la réponse #117). À la différence de l’enfant qui devient pubère pendant le temps d’une prière (voir la réponse #135), on ne lui accorde pas le temps de se purifier :
« وَأَمَّا الْكَافِرُ فَلَا يُقَدَّرُ لَهُ الطُّهْرُ بَلْ إنْ أَسْلَمَ لِمَا يَسَعُ رَكْعَةً فَقَطْ وَجَبَتْ الصَّلَاةُ لِأَنَّ تَرْكَ عُذْرِهِ بِالْإِسْلَامِ فِي وُسْعِهِ وَإِنْ كَانَ لَا يُؤَدِّيهَا إلَّا بِطَهَارَةٍ خَارِجَ الْوَقْتِ »
« Quant au mécréant, on ne lui estime pas le temps de la purification : s’il entre en islam alors qu’il reste de quoi faire une seule rakʿa, la prière lui est obligatoire, car il était en son pouvoir de mettre fin à son excuse en embrassant l’islam, même s’il ne peut l’accomplir qu’après s’être purifié, hors du temps. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/184)
Vous n’avez donc rien à rattraper d’avant votre conversion. Si vous avez prononcé l’attestation de foi vers 17 h, vous deviez le ʿaṣr de ce jour, puis les prières qui suivent.
Note. Le même principe vaut pour celui qui a quitté l’islam puis y est revenu. Al-Qāḍī ʿAbd al-Wahhāb (m. 422 H) écrit : « إذا عاد إلى الإسلام لم يلزمه قضاء الصلوات التي تركها في ردته », « s’il revient à l’islam, il n’est pas tenu de rattraper les prières laissées pendant son apostasie ». Il précise qu’il doit en revanche refaire son pèlerinage (al-Maʿūna, 3/1360).
Croire sans avoir prononcé l’attestation de foi
Certains convertis avaient la foi au cœur des années avant de prononcer la shahāda, et se demandent depuis quand ils doivent la prière. An-Nafrāwī (m. 1126 H), commentateur de la Risāla, résume l’avis répandu chez les ashʿarites :
« فَمَنْ صَدَّقَ بِقَلْبِهِ وَلَمْ يَنْطِقْ بِلِسَانِهِ لَا لِعُذْرٍ وَلَا لِإِبَاءٍ فَهُوَ مُؤْمِنٌ نَاجٍ عِنْدَ اللَّهِ غَيْرُ مُؤْمِنٍ فِي أَحْكَامِ الشَّرْعِ الدُّنْيَوِيَّةِ »
« Celui qui a cru de son cœur sans le prononcer de sa langue, sans en être empêché et sans refus, est croyant et sauvé auprès d’Allah, mais il n’est pas croyant pour les règles de la Loi en ce bas monde. » (al-Fawākih ad-dawānī, 1/39)
Les règles de l’islam s’appliquent donc à partir de la déclaration. Sur la forme de celle-ci, an-Nafrāwī rapporte deux avis. Ibn ʿArafa exige la formule « أشهد », que l’on ne peut remplacer. Son élève al-Ubbī se contente de toute parole qui exprime l’unicité d’Allah et la mission du Prophète ﷺ (« الظَّاهِرُ مِنْ الْمُصَنِّفِ أَنَّهُ لَا يَشْتَرِطُ النُّطْقَ بِخُصُوصِ أَشْهَدُ بَلْ الْإِتْيَانُ بِمَا يَدُلُّ عَلَى الْوَحْدَانِيَّةِ », al-Fawākih ad-dawānī, 1/39). Une déclaration faite en français suffit, selon les deux avis, à celui qui ne parle pas arabe.
Nous retenons l’avis d’al-Ubbī, qu’an-Nafrāwī donne pour celui d’Ibn Abī Zayd. Celui qui, avant sa shahāda officielle, avait déjà déclaré clairement sa foi, par exemple en disant à ses proches « je crois en Allah seul et que Muḥammad est Son messager », doit les prières à partir de ce jour. Une croyance gardée pour soi, sans aucune déclaration, n’oblige à rien rattraper.
L’enfant d’un couple mixte
Tant qu’il est petit, l’enfant suit son père dans la religion. Al-Mawwāq (m. 897 H) rapporte : « وَمِنْ الْمُدَوَّنَةِ: الْوَلَدُ الصَّغِيرُ تَابِعٌ لِأَبِيهِ فِي الدِّينِ », « dans al-Mudawwana, l’enfant en bas âge suit son père dans la religion » (at-Tāj wa-l-iklīl, 8/378). Celui dont le père n’est pas musulman n’est donc pas compté musulman du seul fait de sa mère. S’il n’a déclaré sa foi qu’après la puberté, il ne rattrape que depuis cette déclaration. Le cas d’un enfant né d’une union entre une musulmane et un non-musulman touche aussi à la filiation. Pour ce cas, demandez l’avis d’un mufti.
En pratique
- Le converti commence par la prière dont le temps est ouvert au moment de sa shahāda et ne rattrape rien d’avant.
- Celui qui avait déjà déclaré sa foi avant sa shahāda officielle compte à partir de cette déclaration.
Allah sait mieux.