As-salāmu ʿalaykum, je commence un nouveau travail à Paris. Je loge chez un ami en semaine et je rentre chez ma famille dans le Sud le week-end. Dois-je raccourcir mes prières à Paris, et chez moi ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Le voyageur prie complet dès qu’il a l’intention de rester au même endroit quatre jours pleins durant lesquels il doit au moins vingt prières. Il prie complet aussi dès qu’il entre dans sa ville de résidence ou le lieu où vit son épouse, même pour une nuit, tant qu’il n’a pas renoncé à y habiter.
Votre logement du Sud reste votre ville de résidence, et vous y priez complet. À Paris, vous restez toute la semaine, et vous y priez complet aussi. Vous raccourcissez pendant le trajet, si la distance est celle du voyage.
Détail de la réponse
Les conditions du voyage (distance, début du raccourcissement) et la règle générale des quatre jours sont exposées dans la réponse #20. Nous précisons ici le compte du séjour et le cas de la ville de résidence. Le voyageur qui prie derrière un imam résident est traité dans la réponse #136.
Le séjour qui met fin au raccourcissement
Le voyageur prie complet dès qu’il a l’intention de séjourner en un lieu quatre jours pleins, à condition qu’il y doive au moins vingt prières. Ad-Dardīr (m. 1201 H) écrit :
« (نِيَّةُ إقَامَةِ أَرْبَعَةِ أَيَّامٍ صِحَاحٍ) مَعَ وُجُوبِ عِشْرِينَ صَلَاةً فِي مُدَّةِ الْإِقَامَةِ فَمَنْ دَخَلَ قَبْلَ فَجْرِ السَّبْتِ مَثَلًا وَنَوَى أَنْ يُقِيمَ إلَى غُرُوبِ يَوْمِ الثُّلَاثَاءِ وَيَخْرُجَ قَبْلَ الْعِشَاءِ لَمْ يَنْقَطِعْ حُكْمُ سَفَرِهِ لِأَنَّهُ وَإِنْ كَانَتْ الْأَرْبَعَةُ الْأَيَّامُ صِحَاحًا إلَّا أَنَّهُ لَمْ يَجِبْ عَلَيْهِ عِشْرُونَ صَلَاةً وَمَنْ دَخَلَ قَبْلَ عَصْرِهِ وَلَمْ يَكُنْ صَلَّى الظُّهْرَ وَنَوَى الِارْتِحَالَ بَعْدَ صُبْحِ الْخَامِسِ لَمْ يَنْقَطِعْ حُكْمُ سَفَرِهِ لِأَنَّهُ وَإِنْ وَجَبَ عَلَيْهِ عِشْرُونَ صَلَاةً إلَّا أَنَّهُ لَيْسَ مَعَهُ إلَّا ثَلَاثَةُ أَيَّامٍ صِحَاحٍ فَلَا بُدَّ مِنْ الْأَمْرَيْنِ »
« [Le voyage prend fin par] l’intention de séjourner quatre jours pleins, avec vingt prières dues pendant ce séjour. Celui qui arrive, par exemple, avant l’aube du samedi et compte rester jusqu’au coucher du soleil le mardi et partir avant le ʿishāʾ reste en voyage : les quatre jours sont pleins, mais il ne doit pas vingt prières. Celui qui arrive avant le ʿaṣr sans avoir prié le dhuhr et compte repartir après le ṣubḥ du cinquième jour reste en voyage : il doit vingt prières, mais il n’a que trois jours pleins. Il faut donc les deux conditions. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/364)
Le jour d’arrivée ne compte pas comme jour plein si l’on arrive après l’aube. Quelques exemples :
- Arrivée le lundi à 15 h, départ le vendredi à 10 h : vingt prières dues, mais trois jours pleins seulement (mardi, mercredi, jeudi). Le voyageur raccourcit.
- Arrivée le dimanche à 23 h, le ʿishāʾ déjà prié en route, départ le jeudi après le coucher du soleil, avant le ʿishāʾ : quatre jours pleins (lundi à jeudi) mais dix-neuf prières. Il raccourcit.
- Même arrivée, départ le vendredi matin : quatre jours pleins et vingt prières. Il prie complet dès son arrivée.
Ad-Dardīr ajoute deux précisions (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/364). On prie complet aussi quand on sait par l’habitude que l’on restera ce temps (« أَوْ الْعِلْمُ بِهَا عَادَةً »). En revanche, le simple fait de rester ne compte pas (« لَا الْإِقَامَةُ الْمُجَرَّدَةُ عَنْ نِيَّةِ مَا يَرْفَعُهُ »). Celui qui reste pour une affaire qu’il pense terminer avant quatre jours continue donc de raccourcir, même si son départ se trouve retardé.
Note. Saḥnūn ne retient que les vingt prières, sans exiger quatre jours pleins (« وَاعْتَبَرَ سَحْنُونٌ الْعِشْرِينَ فَقَطْ », ash-Sharḥ al-kabīr, 1/364). L’avis retenu exige les deux.
Le retour chez soi
Celui qui entre dans sa ville de résidence prie complet, même s’il n’y reste qu’une nuit. Ad-Dardīr le dit de celui qui passe par sa ville au milieu d’un trajet : « فَإِنَّهُ يُتِمُّ وَلَوْ لَمْ يَنْوِ إقَامَةَ أَرْبَعَةِ أَيَّامٍ », « il prie complet, même s’il n’a pas l’intention d’y rester quatre jours » (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/363).
Il en est de même du lieu où se trouve une épouse avec qui le mariage a été consommé, « لِأَنَّهُ فِي حُكْمِ الْوَطَنِ », « car il a le statut de la ville de résidence » (même page). Ad-Dardīr envisage que cette mention de l’épouse exclue les autres proches, « كَأُمٍّ أَوْ أَبٍ », « comme une mère ou un père ». Celui qui a quitté la ville de ses parents pour s’installer ailleurs raccourcit donc chez eux comme tout voyageur.
Ce qui compte est d’avoir renoncé ou non à habiter cette ville. Ad-Dasūqī (m. 1230 H) rapporte d’Ibn al-Mawwāz la règle de celui qui a quitté sa ville :
« رَافِضًا سُكْنَى وَطَنِهِ ثُمَّ رَجَعَ لَهُ غَيْرَ نَاوٍ الْإِقَامَةَ […] فَإِنَّهُ يَقْصُرُ فَإِنْ لَمْ يَرْفُضْ سُكْنَاهُ أَتَمَّ »
« [S’il l’a quittée] en renonçant à y habiter, puis y revient sans intention de séjour, il raccourcit. S’il n’a pas renoncé à y habiter, il prie complet. » (Ḥāshiyat ad-Dasūqī, 1/363)
Pour vous, votre logement du Sud, où vit votre famille, reste votre ville de résidence tant que vous n’avez pas décidé de la quitter. Vous y priez complet le week-end. À Paris, tout dépend de vos heures d’arrivée et de départ. Si vous arrivez le dimanche soir ou avant l’aube du lundi et repartez le vendredi, vous y passez quatre jours pleins (du lundi au jeudi) et vous y devez au moins vingt prières. Vous y priez donc complet. Si vous arrivez le lundi après l’aube et repartez le vendredi avant le coucher du soleil, vous n’avez que trois jours pleins (mardi, mercredi et jeudi). Vous raccourcissez donc à Paris. Vous raccourcissez pendant le trajet entre les deux, si la distance est celle du voyage.
En pratique
- Comptez les jours pleins et les prières dues avant de décider de raccourcir pendant un séjour.
- Chez vous, ou là où vit votre épouse, priez toujours complet.
Allah sait mieux.