As-salāmu ʿalaykum, mon fils s’est inscrit dans un club d’échecs. Il ne joue jamais d’argent et ne manque pas ses prières. Les échecs sont-ils permis ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Pour les échecs, l’école mālikite est plus stricte que les autres. Mālik disait « il n’y a aucun bien dans les échecs », et la Risāla d’Ibn Abī Zayd interdit d’y jouer. Jouer pour de l’argent est interdit par consensus. D’autres écoles et Dār al-Iftāʾ al-Miṣriyya les permettent sans pari, sans excès et sans manquer de prière.
Les jeux vidéo sont traités dans la réponse #265, et les films, séries et mangas dans la réponse #89.
Détail de la réponse
Les échecs dans l’école mālikite
Le Muwaṭṭaʾ de l’imām Mālik (m. 179 H) rapporte d’abord le ḥadīth d’Abū Mūsā al-Ashʿarī :
مَنْ لَعِبَ بِالنَّرْدِ فَقَدْ عَصَى اللَّهَ وَرَسُولَهُ
« Celui qui joue au nard (jeu de dés) a désobéi à Allah et à Son Messager. » (al-Muwaṭṭaʾ, riwāyat Yaḥyā, 2/958, n° 6 du chapitre)
Puis son disciple Yaḥyā ajoute :
وَسَمِعْتُ مَالِكًا يَقُولُ: لَا خَيْرَ فِي الشَّطْرَنْجِ، وَكَرِهَهَا، وَسَمِعْتُهُ يَكْرَهُ اللَّعِبَ بِهَا، وَبِغَيْرِهَا مِنَ الْبَاطِلِ، وَيَتْلُو هَذِهِ الْآيَةَ: ﴿فَمَاذَا بَعْدَ الْحَقِّ إِلَّا الضَّلَالُ﴾
« J’ai entendu Mālik dire : il n’y a aucun bien dans les échecs. Il les réprouvait ; je l’ai entendu réprouver d’y jouer, comme à d’autres futilités, et il récitait ce verset : « Au-delà de la vérité, qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? » » (al-Muwaṭṭaʾ, 2/958)
La Risāla tranche :
ولا يجوز اللعب بالنرد ولا بالشطرنج ولا بأس أن يسلم على من يلعب بها ويكره الجلوس إلى من يلعب بها والنظر إليهم
« Il n’est pas permis de jouer au nard ni aux échecs. Il n’y a pas de mal à saluer celui qui y joue, et il est déconseillé de s’asseoir auprès des joueurs et de les regarder. » (ar-Risāla, p. 167)
Ibn Rushd al-Jadd (m. 520 H), grand juge de Cordoue, traite la question dans al-Muqaddimāt. Jouer pour de l’argent est interdit par consensus. Certains savants, reconnaît-il, ont été larges pour le jeu sans argent. Il conclut pourtant :
والصواب أن ذلك لا يجوز؛ لأن النبي ﷺ قال: «من لعب بالنرد فقد عصى الله ورسوله». فعم ولم يخص قمارا من غيره. ولأن اللعب بالشطرنج وما كان في معناه يلهي عن العبادات ويشغل عن ذكر الله والمحافظة على الصلوات
« L’avis juste est que ce n’est pas permis, car le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui joue au nard a désobéi à Allah et à Son Messager », de façon générale, sans distinguer le jeu d’argent du reste ; et parce que les échecs et ce qui leur ressemble détournent des actes d’adoration, du rappel d’Allah et de l’observance des prières. » (al-Muqaddimāt al-mumahhidāt, 3/468)
Note : les shāfiʿites et d’autres savants permettent les échecs, qu’ils distinguent du nard parce qu’ils reposent sur la réflexion et non sur le hasard. Dār al-Iftāʾ al-Miṣriyya (fatwa n° 5023, 2019) conclut : « اللعب بالشطرنج مُباحٌ ما لم يكن قمارًا، أو سببًا في إسقاط المروءة، أو مفوِّتًا للواجبات والمهمات، أو منقطعًا به عن العبادات » (« jouer aux échecs est permis tant que ce n’est pas un jeu d’argent, que cela ne fait pas perdre la dignité et ne fait manquer ni les devoirs ni les actes d’adoration »).
En pratique
- La position de l’école est de s’abstenir des échecs.
- Si votre fils pratique en club, la règle minimale commune à tous est l’absence de mise d’argent et de prière manquée.
- Pour son cas précis, demandez l’avis d’un mufti.
Allah sait mieux.