Question n° 283 · Société et vie quotidienne

Peut-on garder des affaires jetées sur le trottoir ou lors d’un débarras ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 2 min

As-salāmu ʿalaykum, je travaille dans le débarras. Le client nous paie pour tout vider et tout porter à la déchetterie. Pouvons-nous garder des livres ou des outils encore bons ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Un bien jeté volontairement, dont le propriétaire s’est détourné, n’est plus un objet perdu (luqṭa). Celui qui le récupère peut le garder, sauf si le propriétaire a demandé qu’il soit détruit ou si l’employeur l’interdit. Cela vaut pour les objets déposés dans une poubelle, sur le trottoir aux encombrants ou à la déchetterie.

Dans votre débarras, vous pouvez donc garder ces livres et ces outils, si le client n’a rien demandé d’autre et si votre employeur ne l’interdit pas. Un objet de valeur visiblement oublié reste au client. L’objet perdu, qu’il faut annoncer, est traité dans la réponse #173.

Détail de la réponse

Le bien jeté n’est pas un objet perdu

Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H), dont le Mukhtaṣar est le texte de référence de l’école, définit l’objet perdu ainsi :

« اللقطة: مال معصوم: عرض للضياع »

« La luqṭa est un bien protégé exposé à se perdre. » (Mukhtaṣar Khalīl, p. 216)

Ce qu’un propriétaire jette volontairement n’est pas « exposé à se perdre » contre son gré, puisqu’il s’en est détourné. Les juristes de l’école tiennent compte de ce renoncement, même quand il est seulement connu par l’usage. Al-Kharashī (m. 1101 H) traite ainsi des grains tombés au moment de la moisson, qui poussent l’année suivante. Il écrit qu’ils reviennent au propriétaire de la terre, « لِأَنَّ الْأَوَّلَ أَعْرَضَ عَنْهُ عَادَةً », « parce que le premier s’en est détourné selon l’usage » (Sharḥ al-Kharashī, 7/49).

Les objets déposés dans une poubelle, sur le trottoir aux encombrants ou à la déchetterie sont dans ce cas. Leur propriétaire s’en est défait, et celui qui les récupère peut les garder.

Le débarras

Le client qui paie pour que tout soit vidé et jeté a renoncé à ces objets. Les employés peuvent donc en garder, à deux réserves près. La première tient au client. S’il a demandé que certains objets soient détruits (papiers personnels, photos, supports de données), on respecte sa demande. La seconde tient à l’employeur. Le salarié travaille selon les conditions de son contrat. Si l’entreprise interdit à ses employés de prendre des objets, ou les revend elle-même, il s’y conforme. Enfin, un objet de valeur visiblement oublié (bijou, argent liquide, documents importants) reste au client, et on le lui signale.

En pratique

  • Des affaires jetées : vous pouvez les récupérer, sauf demande contraire du propriétaire ou de votre employeur.
  • Un objet de valeur visiblement oublié dans un débarras : signalez-le au client.

Allah sait mieux.

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