Question n° 257 · Prière

Peut-on écouter le Qur’ān le soir et s’endormir en l’écoutant ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 6 min

As-salāmu ʿalaykum, j’ai pris l’habitude d’écouter du Qur’ān le soir dans mon lit, jusqu’à m’endormir. Est-ce que c’est permis ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Oui, c’est permis. Mālik a deux avis sur la récitation du Qur’ān hors des lieux qui lui sont consacrés, et l’un d’eux la permet en toute situation. Les raisons données pour l’autre avis ne concernent pas celui qui écoute dans son lit. L’obligation d’écouter en silence, tirée du verset 7:204, porte sur la prière selon Ibn ʿAbbās. Celui qui s’endort pendant la récitation n’a commis aucune faute, puisque le dormeur n’est pas tenu par les obligations. Au coucher, la Sunna est aussi de réciter soi-même Āyat al-kursī et les trois dernières sourates.

Détail de la réponse

Lire le Qur’ān en toute situation

L’imam Mālik rapporte un échange entre deux Compagnons envoyés au Yémen. Ibn Rushd al-Jadd (m. 520 H), cadi de Cordoue, le cite dans al-Bayān wa-t-taḥṣīl :

قَالَ مَالِكٌ: بَعَثَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ مُعَاذَ بْنَ جَبَلٍ وَعَبْدَ اللَّهِ بْنَ قَيْسٍ وَهُوَ أَبُو مُوسَى، فَقَالَ مُعَاذٌ لِأَبِي مُوسَى: مَا فَعَلْتَ بِالْقُرْآنِ؟ قَالَ مَالِكٌ: أُرَاهُمْ شُغِلُوا بِتَعْلِيمِ النَّاسِ، فَقَالَ أَبُو مُوسَى: أَمَّا أَنَا فَأَتَفَوَّقُ الْقُرْآنَ تَفَوُّقًا مَاشِيًا وَرَاكِبًا وَقَاعِدًا، فَقَالَ مُعَاذٌ: أَمَّا أَنَا فَأَنَامُ أَوَّلَ اللَّيْلِ وَأَقُومُ آخِرَهُ، وَأَحْتَسِبُ نَوْمَتِي كَمَا أَحْتَسِبُ قَوْمَتِي. قَالَ: وَسَمِعْتُ مَالِكًا يَقُولُ: بَلَغَنِي أَنَّ مُعَاذَ بْنَ جَبَلٍ إِمَامُ الْعُلَمَاءِ بِرَبْوَةٍ.

« Mālik dit : le Messager d’Allah ﷺ envoya Muʿādh ibn Jabal et ʿAbd Allāh ibn Qays, c’est-à-dire Abū Mūsā. Muʿādh demanda à Abū Mūsā : « Que fais-tu du Qur’ān ? » Mālik dit : je pense qu’ils étaient occupés à enseigner les gens. Abū Mūsā répondit : « Moi, je le récite par petites parts, en marchant, sur ma monture et assis. » Muʿādh dit : « Moi, je dors au début de la nuit et je me lève à la fin, et j’espère la récompense de mon sommeil comme j’espère celle de ma veille. » Il dit : j’ai entendu Mālik dire : il m’est parvenu que Muʿādh ibn Jabal est l’imam des savants, et les devance d’une hauteur. » (al-Bayān wa-t-taḥṣīl, 18/116-117)

Ibn Rushd commente :

قَالَ مُحَمَّدُ بْنُ رُشْدٍ: فِي فِعْلِ أَبِي مُوسَى جَوَازُ قِرَاءَةِ الْقُرْآنِ فِي الْأَسْوَاقِ وَالطُّرُقِ، وَقَدِ اخْتَلَفَ فِي ذَلِكَ قَوْلُ مَالِكٍ، فَكَرِهَهُ فِي هَذَا الرَّسْمِ مِنْ هَذَا السَّمَاعِ مِنْ كِتَابِ الصَّلَاةِ، وَحَكَى ابْنُ حَبِيبٍ عَنْهُ مِنْ رِوَايَةِ مُطَرِّفٍ إِجَازَةَ ذَلِكَ، وَاحْتَجَّ بِقَوْلِ أَبِي مُوسَى: فَأَمَّا أَنَا فَأَتَفَوَّقُهُ تَفَوُّقًا مَاشِيًا وَرَاكِبًا وَقَاعِدًا وَعَلَى كُلِّ حَالٍ.

« Muḥammad ibn Rushd dit : l’acte d’Abū Mūsā montre qu’il est permis de réciter le Qur’ān dans les marchés et dans les rues. La parole de Mālik a varié sur ce point. Il l’a jugé détestable dans ce passage de cette audition, au Livre de la prière. Ibn Ḥabīb rapporte de lui, par la transmission de Muṭarrif, qu’il le permettait, et qu’il prenait pour preuve la parole d’Abū Mūsā : « Moi, je le récite par petites parts, en marchant, sur ma monture, assis et en toute situation. » » (al-Bayān wa-t-taḥṣīl, 18/117)

Ailleurs, interrogé sur la récitation au ḥammām, Mālik répond :

الْقِرَاءَةُ بِكُلِّ مَكَانٍ حَسَنَةٌ، لَيْسَ الْحَمَّامُ بِمَوْضِعِ قِرَاءَةٍ، فَإِنْ قَرَأَ الْإِنْسَانُ الْآيَاتِ فَلَيْسَ بِذَلِكَ بَأْسٌ

« La récitation est bonne en tout lieu. Le ḥammām n’est pas un lieu de récitation, mais si l’on y récite quelques versets, il n’y a pas de mal. » (al-Bayān wa-t-taḥṣīl, 18/258)

Ibn Rushd y rappelle encore que Mālik « l’a permise en toute situation dans l’un de ses deux avis » (وَقَدْ أَجَازَ ذَلِكَ بِكُلِّ حَالٍ فِي أَحَدِ قَوْلَيْهِ). Le ḥammām garde sa réserve (#240).

Les raisons de l’avis restrictif

Ibn Rushd explique pourquoi Mālik a jugé détestable, dans son autre avis, la récitation dans la rue et au marché :

وَالْكَرَاهَةُ فِي ذَلِكَ مِنْ ثَلَاثَةِ أَوْجُهٍ: أَحَدُهَا تَنْزِيهُ الْقُرْآنِ وَتَعْظِيمُهُ بِأَنْ لَا يُقْرَأَ فِي الطُّرُقِ وَالْأَسْوَاقِ لِمَا قَدْ يَكُونُ فِيهَا مِنَ الْأَقْذَارِ وَالنَّجَاسَاتِ، وَالثَّانِي أَنَّهُ إِذَا قَرَأَهُ عَلَى هَذِهِ الْحَالِ لَمْ يَتَدَبَّرْهُ حَقَّ التَّدَبُّرِ، وَالثَّالِثُ أَنْ يَخْشَى مَا يَدْخُلُهُ فِي ذَلِكَ مِمَّا يُفْسِدُ نِيَّتَهُ.

« Le caractère détestable vient de trois raisons. La première est de préserver et d’honorer le Qur’ān, en ne le récitant pas dans les rues et les marchés, à cause des saletés et des impuretés qui peuvent s’y trouver. La deuxième est que celui qui le récite dans cet état ne le médite pas comme il le mérite. La troisième est la crainte que s’y mêle ce qui corrompt son intention. » (al-Bayān wa-t-taḥṣīl, 18/117)

Ces raisons portent sur la récitation dans les lieux publics. Nous les appliquons à votre cas par raisonnement. Votre lit est un lieu propre, la première raison tombe donc. Seul dans votre chambre, vous n’êtes vu de personne, et la troisième raison tombe aussi. Reste la méditation, que la fatigue du soir peut affaiblir. La permission rapportée par Muṭarrif vaut « en toute situation », et elle couvre ce cas.

La parole d’al-Qarāfī sur l’écoute d’une belle voix

Al-Qarāfī (m. 684 H), mālikite d’Égypte, écrit dans son Sharḥ at-Tafrīʿ :

كَرِهَ مَالِكٌ أَنْ يَسْتَمِعَ النَّاسُ حُسْنَ قِرَاءَتِهِ؛ لِأَنَّ الْقُرْآنَ لِلتَّذَكُّرِ وَالْمَوَاعِظِ.

« Mālik a jugé détestable que les gens écoutent la beauté de la récitation de quelqu’un, car le Qur’ān est fait pour le rappel et l’exhortation. » (Sharḥ at-Tafrīʿ, 3/191)

Cette phrase se trouve au chapitre de la prosternation de récitation. Elle vise une assemblée réunie autour d’un lecteur pour le plaisir de sa voix. Al-Qarāfī donne aussitôt la preuve de l’écoute, le ḥadīth où le Prophète ﷺ demande à Ibn Masʿūd de lui réciter le Qur’ān et lui dit : « إِنِّي أُحِبُّ أَنْ أَسْمَعَهُ مِنْ غَيْرِي » (« J’aime l’entendre d’un autre »). Celui qui écoute le Qur’ān le soir dans son lit cherche l’apaisement par le rappel d’Allah. Allah dit :

أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ

« N’est-ce point par le rappel d’Allah que se tranquillisent les cœurs ? » (ar-Raʿd, 13:28)

L’obligation d’écouter en silence

Allah dit :

وَإِذَا قُرِئَ الْقُرْآنُ فَاسْتَمِعُوا لَهُ وَأَنْصِتُوا لَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ

« Et quand le Qur’ān est récité, prêtez-lui l’oreille attentivement et observez le silence, afin que vous obteniez la miséricorde. » (al-Aʿrāf, 7:204)

Certains en concluent qu’on ne peut s’endormir pendant la récitation. Ibn ʿAbbās précise la portée du verset. Al-Bayhaqī rapporte de lui dans as-Sunan al-kubrā :

الْمُؤْمِنُ فِي سَعَةٍ مِنَ الِاسْتِمَاعِ إِلَيْهِ إِلَّا فِي صَلَاةٍ مَفْرُوضَةٍ أَوْ مَكْتُوبَةٍ أَوْ يَوْمِ جُمُعَةٍ، أَوْ يَوْمِ فِطْرٍ أَوْ يَوْمِ أَضْحًى. يَعْنِي: ﴿وَإِذَا قُرِئَ الْقُرْآنُ فَاسْتَمِعُوا لَهُ وَأَنْصِتُوا﴾.

« Le croyant a de la latitude pour l’écoute du Qur’ān, sauf dans une prière obligatoire ou prescrite, le vendredi, le jour de la rupture du jeûne ou le jour du sacrifice. Il parle du verset : ﴿Et quand le Qur’ān est récité, prêtez-lui l’oreille et observez le silence﴾. » (al-Bayhaqī, as-Sunan al-kubrā, n° 2924, 4/10)

L’éditeur rapporte dans sa note le jugement d’adh-Dhahabī sur cette chaîne : « مَا بِإِسْنَادِهِ بَأْسٌ » (« Sa chaîne n’a pas de défaut »). Al-Bayhaqī ajoute une autre version, qu’il dit lui-même peu solide, où ʿAṭāʾ demande à Ibn ʿAbbās si le verset concerne tout lecteur :

قَالَ: لَا، وَلَكِنْ هَذَا فِي الصَّلَاةِ.

« Il répondit : « Non, cela concerne la prière. » » (as-Sunan al-kubrā, 4/10)

L’obligation de silence s’applique donc à la prière et aux sermons. Celui qui s’endort pendant une récitation enregistrée ne la délaisse pas par choix. Le dormeur n’est pas tenu par les obligations tant qu’il dort, et il n’a commis aucune faute.

Les invocations du coucher

L’écoute s’ajoute à ce que la Sunna fait réciter soi-même au coucher. ʿĀʾisha rapporte :

أَنّ النَّبِيَّ ﷺ كَانَ إِذَا أَوَى إِلَى فِرَاشِهِ كُلَّ لَيْلَةٍ، جَمَعَ كَفَّيْهِ ثُمَّ نَفَثَ فِيهِمَا، فَقَرَأَ فِيهِمَا: ﴿قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌ﴾. و ﴿قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ الْفَلَقِ﴾. و ﴿قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ النَّاسِ﴾. ثُمَّ يَمْسَحُ بِهِمَا مَا اسْتَطَاعَ مِنْ جَسَدِهِ، يَبْدَأُ بِهِمَا عَلَى رَأْسِهِ وَوَجْهِهِ، وَمَا أَقْبَلَ مِنْ جَسَدِهِ، يَفْعَلُ ذَلِكَ ثَلَاثَ مَرَّاتٍ.

« Chaque nuit, lorsque le Prophète ﷺ se mettait au lit, il joignait ses paumes, soufflait dedans et y récitait Qul huwa Llāhu aḥad, Qul aʿūdhu bi-rabbi l-falaq et Qul aʿūdhu bi-rabbi n-nās. Puis il passait ses mains sur tout ce qu’il pouvait atteindre de son corps, en commençant par la tête, le visage et le devant du corps. Il le faisait trois fois. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n° 4729, éd. al-Bughā)

Dans le récit d’Abū Hurayra gardant l’aumône de Ramaḍān, celui qui venait la voler lui dit :

إِذَا أَوَيْتَ إِلَى فِرَاشِكَ فَاقْرَأْ آيَةَ الْكُرْسِيِّ، لَنْ يَزَالَ عَلَيْكَ مِنَ اللَّهِ حَافِظٌ، وَلَا يَقْرَبُكَ شَيْطَانٌ حَتَّى تُصْبِحَ، فَقَالَ النَّبِيُّ ﷺ: «صَدَقَكَ وَهُوَ كَذُوبٌ، ذَاكَ شَيْطَانٌ».

« « Quand tu te mets au lit, récite Āyat al-kursī. Un gardien venu d’Allah ne te quittera pas, et aucun diable ne s’approchera de toi jusqu’au matin. » Le Prophète ﷺ dit : « Il t’a dit vrai, alors qu’il est grand menteur. C’était un diable. » » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n° 3101, éd. al-Bughā)

Ces versets se récitent de mémoire, allongé, même sans ablutions (#8).

En pratique

  • Au lit, récitez Āyat al-kursī, puis soufflez dans vos paumes en récitant les trois dernières sourates, et passez vos mains sur votre corps, trois fois.
  • Écoutez ensuite la récitation que vous aimez, en suivant le sens autant que vous le pouvez.
  • Si le sommeil vous prend pendant l’écoute, vous n’avez rien à vous reprocher.
  • Ne prenez pas le téléphone qui joue le Qur’ān avec vous aux toilettes (#240).

Allah sait mieux.


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