Question n° 312 · Société et vie quotidienne

Les sports extrêmes, comme le saut en parachute, sont-ils permis ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 4 min

As-salāmu ʿalaykum, j’aimerais faire un saut en parachute, et d’autres sports à sensations. Est-ce que c’est considéré comme un suicide, et donc ḥarām ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Un sport risqué n’est pas un suicide. Le suicide consiste à vouloir se donner la mort, alors que le sportif veut vivre et prend ses précautions pour cela. La question qui se pose est celle du danger. Selon l’école mālikite, on peut prendre un risque quand la sécurité l’emporte, d’après l’avis des connaisseurs. On ne le peut pas quand l’accident l’emporte, ou quand les chances de s’en sortir et d’y rester sont égales.

Le saut en parachute avec un moniteur ou dans un club, le parapente, le saut à l’élastique, la plongée ou l’alpinisme encadré sont donc permis, avec le matériel et la formation requis. Les pratiques où la mort est un risque sérieux et connu, comme le base jump, la wingsuit au ras du relief, l’escalade sans corde en hauteur ou l’escalade d’immeubles et de grues, ne le sont pas.

Détail de la réponse

Ce qu’est le suicide

Allah dit :

﴿وَلَا تَقۡتُلُوۤا۟ أَنفُسَكُمۡۚ إِنَّ ٱللَّهَ كَانَ بِكُمۡ رَحِیمࣰا﴾

« Et ne vous tuez pas vous-mêmes. Allah est Miséricordieux envers vous. » (an-Nisāʾ, 4:29)

Le Prophète ﷺ a décrit le châtiment de celui qui « se jette du haut d’une montagne et se tue » (al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ, n° 5778). Il s’agit de celui qui veut sa propre mort. Le parachutiste saute au contraire avec un parachute, un parachute de secours et un déclencheur automatique, pour atterrir. Son acte n’a ni l’intention ni la forme d’un suicide. Celui qui meurt accidentellement dans la pratique d’un sport n’est donc pas un suicidé.

La règle du danger dominant

Allah dit aussi :

﴿وَلَا تُلۡقُوا۟ بِأَیۡدِیكُمۡ إِلَى ٱلتَّهۡلُكَةِ﴾

« Et ne vous jetez pas de vos propres mains dans la perdition. » (al-Baqara, 2:195)

Toute activité humaine comporte un risque, la route comme le voyage. Les fuqahāʾ ont donc fixé un seuil. Khalīl le donne à propos du voyage en mer vers le Ḥajj, qui était alors le moyen de transport le plus dangereux : « والبحر كالبر إلا أن يغلب عطبه », « la mer est comme la terre, sauf si le naufrage y domine » (Mukhtaṣar, p. 66). Ad-Dardīr (m. 1201 H) explique :

« (وَالْبَحْرُ) فِي وُجُوبِ رُكُوبِهِ – إنْ تَعَيَّنَ طَرِيقًا -، وَجَوَازِهِ إنْ كَانَ لَهُ عَنْهُ مَنْدُوحَةٌ (كَالْبَرِّ إلَّا أَنْ يَغْلِبَ عَطَبُهُ) فِي نَفْسٍ، أَوْ مَالٍ وَيُرْجَعُ فِي ذَلِكَ لِقَوْلِ أَهْلِ الْمَعْرِفَةِ، وَمِثْلُ غَلَبَةِ الْعَطَبِ اسْتِوَاءُ الْعَطَبِ وَالسَّلَامَةِ »

« La mer est comme la terre, qu’il est obligatoire de prendre si c’est le seul chemin et permis de prendre si l’on a une autre voie, sauf si la perte de la vie ou des biens y domine. On s’en remet pour cela à l’avis des connaisseurs. L’égalité entre la perte et la sécurité vaut la domination de la perte. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 2/8)

Trois enseignements en découlent. Le risque ne rend pas l’acte interdit tant que la sécurité l’emporte. Quand la perte domine, ou qu’elle est aussi probable que la sécurité, l’acte n’est plus permis, au point que même le Ḥajj obligatoire tombe. Et l’appréciation revient aux gens du métier, aujourd’hui les statistiques d’accidents, les fédérations et les moniteurs.

Le risque se mesure aussi à son but

Al-Qurṭubī (m. 671 H) rapporte, à propos du combattant qui charge seul une armée, que plusieurs savants de l’école l’admettent s’il en a la force, « فَإِنْ لَمْ تَكُنْ فِيهِ قُوَّةٌ فَذَلِكَ مِنَ التَّهْلُكَةِ », « et s’il n’en a pas la force, c’est de la perdition » (al-Jāmiʿ li-aḥkām al-Qurʾān, 2/363). Ibn Khuwayz Mandād ajoute qu’il le peut quand il pense en réchapper, ou quand son sacrifice profite aux musulmans (ibid.).

Le risque accepté dans le combat l’est donc pour un bien supérieur, et à condition d’en avoir les moyens. Le sport de loisir n’a pas ce poids. Il est permis, et le Prophète ﷺ faisait lui-même courir les chevaux (al-Muwaṭṭaʾ, Livre du jihād ; al-Bukhārī, n° 420), ce qui n’est pas sans risque de chute. Mais une simple sensation forte ne justifie pas un danger que l’on ne prendrait pas pour un besoin réel. Nous en tirons que, pour le loisir, le seuil doit s’apprécier avec plus de rigueur que pour un voyage nécessaire.

Application aux sports d’aujourd’hui

  • Permis, avec formation et matériel : le saut en parachute en tandem ou en club, le parapente, le saut à l’élastique dans une structure agréée, la plongée, l’alpinisme et l’escalade encadrés, le ski hors-piste avec l’équipement et les conditions requis. L’accident y est rare, et les fédérations l’encadrent.
  • Interdit : le base jump, la wingsuit au ras du relief, l’escalade en solo intégral à grande hauteur, l’escalade d’immeubles ou de grues sans protection, et toute pratique au-delà de son niveau. La mort y est un risque sérieux et connu des pratiquants eux-mêmes.

Un sport permis devient interdit pour celui qui le pratique sans formation, avec un matériel douteux, par mauvais temps ou malgré une contre-indication médicale. C’est le sens de « s’il n’en a pas la force ».

En pratique

  • Faites votre saut avec un moniteur diplômé ou dans un club affilié à une fédération, et suivez les consignes de sécurité.
  • Ne laissez pas l’activité vous faire manquer une prière dans son temps.
  • Si vous avez des personnes à charge, pesez votre responsabilité envers elles avant de prendre un risque supplémentaire.
  • Évitez les disciplines où la mort fait partie des risques connus, même si d’autres les pratiquent.

Allah sait mieux.


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