Iblīs croit en Allah, il connaît son Seigneur : pourquoi est-il pourtant tenu pour mécréant ? Al-Qarāfī écarte les explications évidentes et donne la vraie cause. Ibn ash-Shāṭ, dans sa glose, nuance le raisonnement.
L’explication d’al-Qarāfī
Al-Qarāfī dit :
« À ma connaissance, les savants sont unanimes à considérer qu’Iblīs est devenu mécréant en raison de son attitude à l’égard d’Adam ʿalayhissalām. Cependant, la cause de sa mécréance ne réside pas dans le simple refus de se prosterner, car, dans le cas contraire, toute personne à qui il serait ordonné de se prosterner et qui refuserait de le faire serait mécréante, ce qui n’est pas le cas.
Sa mécréance ne provient pas non plus du fait qu’il ait envié Adam pour le rang qu’il occupait auprès d’Allah Très-Haut, car, dans le cas contraire, tout envieux serait mécréant.
Elle ne provient pas davantage de sa désobéissance et de sa perversité en tant que telles, car, dans le cas contraire, tout désobéissant et tout pervers seraient mécréants.
Cette question a posé difficulté à un certain nombre de juristes.
Il convient de savoir qu’Iblīs n’est devenu mécréant qu’en attribuant à Allah Très-Haut l’injustice et un mode d’agir qui n’est pas digne de Lui. Cela ressort du sens implicite de sa parole :
« Je suis meilleur que lui : Tu m’as créé de feu, alors que Tu l’as créé d’argile. »
Son intention était que le fait d’imposer à un être noble et éminent de se prosterner devant un être inférieur constitue une mauvaise manière d’agir, une injustice et une oppression.
Voilà donc la cause de sa mécréance.
Les musulmans sont unanimes à considérer que celui qui attribue cela à Allah Très-Haut est devenu mécréant, en raison de l’immense audace que cela constitue envers Lui. »
Anwār al-Burūq fī Anwāʾ al-Furūq, vol. 4, p. 134.
Les paroles d’Iblīs citées par al-Qarāfī sont celles du verset 12 de la sourate al-Aʿrāf (7:12) :
قَالَ أَنَا خَيْرٌ مِنْهُ خَلَقْتَنِي مِنْ نَارٍ وَخَلَقْتَهُ مِنْ طِينٍ
La glose d’Ibn ash-Shāṭ
Ibn ash-Shāṭ dit dans sa Ḥāshiya (glose) sur cet ouvrage :
Sa parole : « Cette question a posé difficulté à un certain nombre de juristes. (…) une injustice et une oppression ».
Je dis : ce qu’il a dit à ce sujet est une possibilité, et c’est même l’interprétation la plus apparente. Toutefois, il demeure possible que sa mécréance provienne de son refus, de sa jalousie, des deux à la fois, ou de cela conjointement avec l’accusation d’injustice qu’il a formulée, voire de cette accusation seule. Rien, ni du point de vue de la raison ni du point de vue de la transmission, n’empêche ces possibilités.
Sa parole : « Voilà donc la cause de sa mécréance. Les musulmans sont unanimes à considérer que celui qui attribue cela à Allah Très-Haut est devenu mécréant, en raison de l’immense audace que cela constitue envers Lui. »
Je dis : ce qu’il rapporte concernant le consensus est exact. En revanche, son affirmation selon laquelle cela relève d’une immense audace n’est pas exacte. La véritable raison est qu’une telle parole manifeste une immense ignorance de la Majesté d’Allah le Très-Haut, de Son exemption de tout agissement mauvais, de toute injustice et de toute oppression, et du fait que de telles choses sont rationnellement et textuellement impossibles à Son égard. Ce qu’il dit dans cette question est donc correct, à condition que le raisonnement sur lequel il le fonde soit lui-même correct.
Questions fréquentes
Le refus de se prosterner suffit-il à rendre mécréant ?
Non, selon al-Qarāfī : sinon toute personne refusant de se prosterner à un ordre serait mécréante. Il en va de même de la jalousie et de la simple désobéissance.
Quelle est donc la cause de la mécréance d’Iblīs ?
Selon al-Qarāfī, c’est d’avoir attribué à Allah l’injustice et une manière d’agir indigne de Lui. Ibn ash-Shāṭ accepte le consensus rapporté, tout en admettant que d’autres causes restent possibles.
Pour aller plus loin
- Les cours de croyance (ʿaqīda) de l’institut, pour étudier ce qui convient à Allah et ce qui Lui est impossible.
- Qu’est-ce que la ʿaqīda ?, pour situer cette question dans la science de la croyance.
- Quelles paroles font sortir de l’islam ?, sur la parole qui implique la mécréance.
- Les cours d’uṣūl al-fiqh, la science à laquelle appartient l’ouvrage d’al-Qarāfī.
- Qui sont ahl as-sunna wa l-jamāʿa ?, pour situer la théologie mālikite.