As-salāmu ʿalaykum, lors de notre contrat, le père de mon épouse m’a dit « je te donne la main de ma fille » et j’ai répondu « j’accepte », en français, sans que la dot soit citée à ce moment-là. Notre mariage est-il valide ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Dans l’école mālikite, le mariage se conclut en deux temps. Le tuteur dit d’abord « je te donne en mariage » (ankaḥtuka) ou « je te marie » (zawwajtuka). Il peut aussi dire « je te la donne » (wahabtuhā), à condition de mentionner une dot. Puis le futur époux répond par toute parole qui exprime son acceptation. L’ordre peut être inversé. Si le prétendant dit « marie-moi à ta fille » et que le tuteur répond « je le fais » ou « j’accepte », le mariage est conclu.
En français, le présent (« je te donne ma fille en mariage », « j’accepte ») tient lieu du passé arabe. Et « je te donne la main de ma fille » désigne le mariage lui-même. Le contrat de la question est donc valide.
L’ordre des proches qui peuvent être tuteurs est exposé dans la réponse #286.
Détail de la réponse
Les mots du contrat
Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H), dont le Mukhtaṣar est le texte de référence de l’école, compte la formule (aṣ-ṣīgha) parmi les piliers du mariage et la décrit ainsi :
«وَصِيغَةٌ بِأَنْكَحْتُ وَزَوَّجْتُ وَبِصَدَاقٍ وَهَبْتُ وَهَلْ كُلُّ لَفْظٍ يَقْتَضِي الْبَقَاءَ مُدَّةَ الْحَيَاةِ كَبِعْتُ كَذَلِكَ تَرَدُّدٌ وَكَقَبِلْتُ وَبِزَوِّجْنِي فَيَفْعَلُ»
« Et une formule : « je donne en mariage », « je marie », et « je donne » avec une dot. Tout mot qui implique la durée de la vie entière, comme « je vends », en est-il de même ? Il y a hésitation. Et comme « j’accepte », et par « marie-moi », puis il le fait. » (Mukhtaṣar, p. 96, matn vocalisé de Minaḥ al-jalīl, 3/267-268)
ʿIllīsh (m. 1299 H) précise deux choses. L’un des deux premiers mots suffit, même sans citer la dot. Pour « je donne » (wahabtu), en revanche, il faut nommer une dot, ou dire qu’elle sera fixée plus tard :
«فَإِنْ اقْتَصَرَ عَلَى وَهَبْت وَلَمْ يَذْكُرْ صَدَاقًا لَا حَقِيقَةً وَلَا حُكْمًا لَمْ يَنْعَقِدْ كَمَا فِي الْمُدَوَّنَةِ»
« S’il se contente de « je donne » sans mentionner de dot, ni réellement ni implicitement, le mariage n’est pas conclu, comme le dit al-Mudawwana. » (Minaḥ al-jalīl, 3/267)
Pour les autres mots (« je vends », « j’offre », « je cède »), il rapporte une divergence et retient qu’ils ne concluent pas le mariage.
Du côté de l’époux, la règle est large. Al-Ḥaṭṭāb (m. 954 H) rapporte d’Ibn ʿAbd as-Salām :
«وَأَمَّا جَانِبُ الزَّوْجِ فَيَكْفِي فِيهِ كُلُّ لَفْظٍ يَدُلُّ عَلَى الْقَبُولِ دُونَ صِيغَةٍ مُعَيَّنَةٍ وَكَذَا الْإِشَارَةُ وَكُلُّ مَا يَدُلُّ عَلَى الْقَبُولِ، وَلَوْ ابْتَدَأَ الزَّوْجُ فَقَالَ لِلْوَلِيِّ: قَدْ نَكَحْت فُلَانَةَ، أَوْ تَزَوَّجْتُهَا، فَقَالَ الْوَلِيُّ فِي جَوَابِ الزَّوْجِ: قَدْ فَعَلْت، أَوْ قَبِلْت، أَوْ مَا أَشْبَهَ ذَلِكَ لَكَانَ مِثْلَ الْأَوَّلِ؛ لِأَنَّهُ لَا فَرْقَ بَيْنَ أَنْ يَبْتَدِئَ الْوَلِيُّ، أَوْ الزَّوْجُ»
« Pour l’époux, tout mot qui indique l’acceptation suffit, sans formule déterminée, de même qu’un signe et tout ce qui indique l’acceptation. Si l’époux commence en disant au tuteur « j’ai épousé une telle » ou « je l’ai prise pour épouse », et que le tuteur lui répond « je l’ai fait », « j’accepte » ou quelque chose de semblable, c’est comme le premier cas, car il n’y a pas de différence entre le fait que le tuteur ou l’époux commence. » (Mawāhib al-jalīl, 3/420)
Il conclut que le mariage est conclu dès que l’un des deux prononce le mot « marier » ou « donner en mariage », et que l’autre répond par une parole d’acceptation. Le ḥadīth de Sahl ibn Saʿd en donne l’exemple. Un homme dit au Prophète ﷺ « زَوِّجْنِيهَا », « marie-la-moi ». Le Prophète ﷺ conclut le mariage par « قَدْ أَنْكَحْتُكَهَا بِمَا مَعَكَ مِنَ الْقُرْآنِ », « je te la donne en mariage pour ce que tu sais du Coran » (al-Muwaṭṭaʾ, Kitāb an-nikāḥ, n° 8).
L’acceptation suit l’offre sans interruption. ʿIllīsh cite Ibn Juzayy, pour qui un court délai est toléré (« فَإِنْ تَأَخَّرَ الْقَبُولُ يَسِيرًا جَازَ », Minaḥ al-jalīl, 3/268).
Les formules en français
Les livres de l’école donnent les mots arabes, parce que c’était la langue des contrats. Ce qu’ils retiennent, c’est le sens : du côté du tuteur, un mot qui désigne le mariage ; du côté de l’époux, une parole d’acceptation. En français, « je vous donne ma fille en mariage », « je vous marie à ma fille » et « je l’épouse » correspondent à ankaḥtu, zawwajtu et tazawwajtu.
Le présent. En arabe, les contrats se concluent au passé (« j’ai marié »). Le français emploie le présent pour la même chose. Or l’école n’exige pas le passé pour le mariage. Plusieurs savants le disent, et al-Bunānī (m. 1194 H) rapporte leurs propos (Ḥāshiyat al-Bunānī ʿalā az-Zurqānī, 3/300) :
- az-Zurqānī écrit « ومضارعهما كماضيهما », « leur forme présente vaut leur forme passée » ;
- Khalīl dit de même dans at-Tawḍīḥ qu’« il n’y a pas de différence entre le passé et le présent » ;
- Abū al-Ḥasan en tire « أن لفظ المستقبل في النكاح كالماضي بخلاف البيع », « que la forme d’inaccompli vaut, pour le mariage, la forme du passé, à la différence de la vente ».
« Je vous donne ma fille en mariage », « j’accepte » et « je suis d’accord », prononcés au moment du contrat, concluent donc le mariage.
« Je te donne la main de ma fille. » Cette expression désigne en français l’acte de marier sa fille. Personne ne la comprend comme un cadeau. Elle a donc la valeur de zawwajtu, qui n’exige pas que la dot soit citée.
On pourrait objecter qu’elle ressemble plutôt à « je donne » (wahabtu), qui exige la mention d’une dot. Mais même pour ce mot, plusieurs savants vérificateurs disent : « مهما ظهر قصد النكاح فهو كاف عن ذكر الصداق », « dès que l’intention du mariage est apparente, cela dispense de mentionner la dot ». Ibn Raḥḥāl les cite, et al-Bunānī le rapporte (Ḥāshiyat al-Bunānī, 3/300). Dans le cas de la question, une dot avait de plus été convenue entre les familles. Le mariage est valide et il n’y a pas lieu de le refaire. Pour un contrat à venir, il est préférable d’employer « je te donne ma fille en mariage » et de nommer la dot.
« Marie-moi à ta fille » et « je suis d’accord ». Le prétendant qui dit « je te demande de me marier à ta fille » emploie le sens de zawwijnī, « marie-moi ». Le tuteur qui répond aussitôt « je suis d’accord » ou « j’accepte » exprime l’acceptation (« وَبِزَوِّجْنِي فَيَفْعَلُ »). Khalīl ajoute juste après « ولزم وإن لم يرض ». ʿIllīsh l’explique ainsi : « (وَلَزِمَ) النِّكَاحُ بِتَمَامِ صِيغَتِهِ إنْ اسْتَمَرَّ رِضَاهُمَا بِهِ بَلْ (وَإِنْ لَمْ يَرْضَ) », « le mariage engage dès que sa formule est complète, que leur accord se maintienne ou même que l’un d’eux ne l’agrée plus » (Minaḥ al-jalīl, 3/269). Celui qui dirait ensuite qu’il ne voulait pas vraiment conclure reste donc marié.
En pratique
- Le tuteur dit : « Je te donne ma fille [prénom] en mariage pour une dot de [montant]. » L’époux répond aussitôt : « J’accepte. »
- Un mariage conclu par « je te donne la main de ma fille » et « j’accepte » est valide.
- Pour savoir qui est le tuteur, voyez l’ordre des tuteurs dans la réponse #286.
- Les conditions du mariage (tuteur, témoins, dot) sont exposées dans la réponse #51.
Allah sait mieux.