As-salāmu ʿalaykum, après la toilette mortuaire de mon père, on nous a dit que personne ne devait plus le toucher. Pouvons-nous découvrir son visage et l’embrasser pour lui dire adieu ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Dans l’école mālikite, toucher le défunt après le lavage est permis. On le porte, on l’enveloppe, on le dépose dans la tombe. Ses proches peuvent découvrir son visage et l’embrasser, comme Abū Bakr l’a fait pour le Prophète ﷺ. Les adieux se font avec retenue, sans cris ni lamentations, et l’on referme ensuite le linceul.
Si une souillure sort du corps après le lavage, on lave seulement l’endroit, sans refaire le lavage.
Pour la femme en règles qui participe au lavage, voyez la réponse #205. Pour le linceul, voyez la réponse #295.
Détail de la réponse
Toucher et embrasser le défunt après le lavage
Le lavage ne rend pas le corps intouchable. On le touche nécessairement pour l’essuyer, le parfumer, l’envelopper, le porter et le coucher dans la tombe. Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī (m. 386 H) précise dans an-Nawādir wa-z-ziyādāt que toucher le mort n’annule même pas les ablutions :
« ولا وضوء عَلَى مَنْ أفضى بيده إلى جسد الميت، أو حنطه، أو حلمه، وإن أصاب يده شيء مما يخرج منه غسل ما أصابه فقط »
« Celui qui a touché de la main le corps du mort, qui l’a parfumé ou qui l’a porté ne refait pas ses ablutions. Si quelque chose de ce qui sort du corps lui a touché la main, il lave seulement ce qui a été atteint. » (an-Nawādir, 1/547)
Pour le mort lui-même, Abū l-Ḥasan al-Manūfī écrit dans Kifāyat aṭ-ṭālib, commentaire de la Risāla :
« وَلَوْ خَرَجَتْ مِنْهُ نَجَاسَةٌ بَعْدَ الْغُسْلِ أُزِيلَتْ وَلَا يُعَادُ غُسْلُهُ وَلَا وُضُوءُهُ بَلْ يُغْسَلُ الْمَحَلُّ فَقَطْ »
« Si une souillure sort de lui après le lavage, on l’enlève ; on ne refait ni son lavage ni ses ablutions, on lave seulement l’endroit. » (Kifāyat aṭ-ṭālib, 1/413)
Les proches peuvent aussi découvrir son visage pour le voir et l’embrasser. ʿĀʾisha rapporte :
« أَنَّ النَّبِيَّ ﷺ قَبَّلَ عُثْمَانَ بْنَ مَظْعُونٍ وَهُوَ مَيِّتٌ وَهُوَ يَبْكِي »
« Le Prophète ﷺ a embrassé ʿUthmān ibn Madhʿūn alors qu’il était mort, et il pleurait. » (at-Tirmidhī, n° 989, qui le juge ḥasan ṣaḥīḥ)
Et à la mort du Prophète ﷺ, Abū Bakr entra auprès de lui, alors qu’il était recouvert d’un manteau rayé, « فَكَشَفَ عَنْ وَجْهِهِ، ثُمَّ أَكَبَّ عَلَيْهِ فَقَبَّلَهُ، ثُمَّ بَكَى », « il découvrit son visage, se pencha sur lui, l’embrassa, puis pleura » (al-Bukhārī, n° 1184). Al-Bukhārī a placé ce ḥadīth sous le titre « entrer auprès du mort après sa mort, quand il a été enveloppé dans son linceul ». Ibn Baṭṭāl (m. 449 H), mālikite de Cordoue, rapporte ce qu’al-Muhallab en a tiré :
« فيه جواز كشف الثوب عن الميت إذا لم يبدُ منه أذى، وفيه جواز تقبيل الميت عند وداعه »
« On y trouve la permission de découvrir le mort tant qu’il n’en paraît rien de désagréable, et la permission de l’embrasser en lui faisant ses adieux. » (Sharḥ Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, 3/240)
Les adieux se font avec retenue, sans cris ni lamentations, et l’on referme ensuite le linceul.
En pratique
- Après le lavage, on peut toucher le défunt, le porter et l’embrasser ; s’il sort une souillure, on lave seulement l’endroit.
- On peut découvrir son visage pour les adieux, avec retenue, puis on referme le linceul.
- Pour la prière mortuaire, voyez notre réponse #122.
Allah sait mieux.