As-salāmu ʿalaykum, la mère d’une collègue de travail vient de décéder. La famille n’est pas musulmane. Plusieurs collègues iront la voir au funérarium, puis à l’enterrement. Puis-je y aller moi aussi, et jusqu’où ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
L’école mālikite distingue la présence auprès des vivants, qui est permise, et la part prise aux funérailles elles-mêmes, qu’elle restreint. Vous pouvez aller au funérarium présenter vos condoléances à votre collègue et à sa famille. Mālik et Ibn Ḥabīb écartent en revanche le fait de suivre le convoi d’un non-musulman, de porter son cercueil et de se tenir sur sa tombe pour invoquer. Celui qui tient à être présent à l’inhumation s’y rend de son côté, en avant du convoi et à l’écart, et il ne participe à aucun rite. Le musulman n’assiste pas à une cérémonie religieuse à l’église ou au temple. Pour une crémation, vous présentez vos condoléances à la famille en dehors de la cérémonie et de l’incinération.
Détail de la réponse
Le respect du défunt et la bonté envers sa famille
Ibn Abī Laylā rapporte que deux Compagnons se levèrent au passage d’un convoi funèbre. On leur fit remarquer que le défunt n’était pas musulman, et ils répondirent :
إِنَّ النَّبِيَّ ﷺ مَرَّتْ بِهِ جِنَازَةٌ فَقَامَ، فَقِيلَ لَهُ: إِنَّهَا جِنَازَةُ يَهُودِيٍّ، فَقَالَ: (أَلَيْسَتْ نَفْسًا).
« Un convoi funèbre passa devant le Prophète ﷺ et il se leva. On lui dit : « C’est le convoi d’un juif. » Il répondit : « N’est-ce pas une âme ? » » (al-Bukhārī, éd. al-Bughā, n° 1250 ; Muslim, n° 961)
La mort d’un être humain appelle donc la retenue et le respect, quelle que soit sa religion.
Note. Dans l’école, on ne se lève plus au passage d’un convoi. Mālik rapporte d’après ʿAlī que le Messager d’Allah ﷺ « se levait pour les convois, puis s’est assis par la suite » (al-Muwaṭṭaʾ, 1/232). Le respect qu’exprimait ce geste demeure.
Quand Abū Ṭālib mourut sans être musulman, ʿAlī vint l’annoncer au Prophète ﷺ :
قُلْتُ لِلنَّبِيِّ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: إِنَّ عَمَّكَ الشَّيْخَ الضَّالَّ قَدْ مَاتَ، قَالَ: «اذْهَبْ فَوَارِ أَبَاكَ، ثُمَّ لَا تُحْدِثَنَّ شَيْئًا، حَتَّى تَأْتِيَنِي» فَذَهَبْتُ فَوَارَيْتُهُ وَجِئْتُهُ فَأَمَرَنِي فَاغْتَسَلْتُ وَدَعَا لِي
« Je dis au Prophète ﷺ : « Ton oncle, le vieil homme égaré, est mort. » Il dit : « Va mettre ton père en terre, puis ne fais rien d’autre avant de revenir me voir. » J’allai le mettre en terre, puis je revins. Il m’ordonna de me laver, et il invoqua pour moi. » (Abū Dāwūd, n° 3214)
Le fils s’occupe donc de la mise en terre de son père, et il s’arrête là. Mālik en a fait la règle de l’école. Ibn al-Qāsim rapporte de lui dans al-Mudawwana :
قَالَ ابْنُ الْقَاسِمِ قَالَ مَالِكٌ: لَا يُغَسِّلُ الْمُسْلِمُ وَالِدَهُ إذَا مَاتَ الْوَالِدُ كَافِرًا، وَلَا يَتْبَعُهُ وَلَا يُدْخِلُهُ قَبْرَهُ إلَّا أَنْ يَخْشَى أَنْ يَضِيعَ فَيُوَارِيهِ.
« Ibn al-Qāsim dit que Mālik a dit : le musulman ne lave pas son père mort sans être musulman, ne suit pas son convoi et ne le descend pas dans sa tombe, sauf s’il craint qu’il soit abandonné ; il le met alors en terre. » (al-Mudawwana, 1/261)
Ad-Dardīr précise que la règle vaut pour tous les proches du défunt (voir #207). Le soin matériel du corps est permis, et la famille non musulmane peut être consolée (voir #106). Le lavage rituel, la prière et les rites restent hors de portée du musulman.
Le funérarium
Le funérarium est le lieu où le corps repose jusqu’aux obsèques, et où la famille reçoit ceux qui viennent la soutenir. Y passer revient à présenter ses condoléances, et l’école les permet envers le non-musulman en deuil avec qui l’on a un lien de voisinage ou de vie commune (voir #106 et #207). Vous pouvez donc vous y rendre pour voir votre collègue, lui dire votre sympathie et vous recueillir un moment en silence.
Vous n’y faites pas d’invocation de pardon ou de miséricorde pour la défunte (#106). Les gestes rituels qu’on y voit, comme l’aspersion d’eau bénite ou le signe de croix, ne se font pas. Si une prière ou une bénédiction du corps a lieu sur place, passez à un autre moment ou retirez-vous quand elle commence. Un homme présente ses condoléances à une jeune femme qui ne lui est pas proche par l’intermédiaire de sa famille, ou au sein du groupe de collègues (voir #103).
Le convoi et le cimetière
Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī (m. 386 H), l’auteur de ar-Risāla, rapporte dans an-Nawādir wa-z-ziyādāt la règle détaillée d’Ibn Ḥabīb (m. 238 H) :
قَالَ ابْنُ حَبِيبٍ: لا يحمل المسلم نعش الكافر، ولا يمشي معه، ولا يقوم على قبره، […] ولو مات لمسلم كافر يلزمه أمره، مثل الأب والأم والأخ وشبهه، فلا بأس أن يحضره، ويلي أمره وكفنه، حَتَّى يخرجه، ويبرأ به إلى أهل دينه، فإن كفى دفنه، وأمن الضيعة عليه، فلا يتبعه، وإن خشي ذلك، فليتقدمهم إلى قبره، وإن لم يخش ضيعته، وأحب أن يحضر دفنه، فليتقدم أمام جنازته، معتزلا منه ومِمَّنْ يحمله، وقد رَوَى أن النبي صلى الله عليه وسلم أذن في ذلك، أن يتقدم أمام جنازته.
« Ibn Ḥabīb dit : le musulman ne porte pas le cercueil d’un non-musulman, ne marche pas avec son convoi et ne se tient pas sur sa tombe. […] Si un non-musulman dont il a la charge meurt, comme son père, sa mère, son frère ou un parent semblable, il n’y a pas de mal à ce qu’il soit présent, qu’il s’occupe de ses affaires et de son linceul jusqu’à le sortir et le remettre aux gens de sa religion. Si l’enterrement est assuré et qu’il ne craint pas qu’il soit abandonné, il ne suit pas le convoi. S’il le craint, il les précède jusqu’à la tombe. S’il ne le craint pas mais tient à assister à l’inhumation, il marche en avant du convoi, à l’écart du défunt et de ceux qui le portent. Il est rapporté que le Prophète ﷺ a permis cela, de marcher en avant du convoi. » (an-Nawādir, 1/663-664)
« Se tenir sur la tombe » désigne la station faite après l’inhumation pour invoquer en faveur du défunt (voir #207). Trois choses sont donc écartées : porter le cercueil, marcher dans le cortège et invoquer pour le défunt sur sa tombe. L’école permet en revanche d’être présent à l’inhumation, à l’écart, sans se mêler au cortège.
Ce texte parle du proche. Pour une collègue, le lien est moins fort, et le but de votre présence est de soutenir une personne vivante. Vous pouvez donc vous rendre au cimetière par vos propres moyens et vous tenir à l’écart pendant l’inhumation, comme le fait le proche. Vous ne marchez pas dans le cortège derrière le cercueil, vous ne prenez part à aucune prière, et vous retrouvez votre collègue ensuite pour lui présenter vos condoléances.
Pour une femme, l’école permet à la femme âgée d’assister aux funérailles de quiconque, et réserve à la jeune femme celles d’un proche dont la perte l’a durement frappée (voir #105). Une jeune femme s’en tient donc au funérarium et aux condoléances.
La cérémonie à l’église ou au temple
La messe des funérailles, le culte au temple ou la prière d’un ministre du culte au cimetière sont des actes de culte d’une autre religion. Le musulman n’y assiste pas, même assis et silencieux, pour la raison que nous avons exposée au sujet du mariage à l’église (voir #250). Il rejoint la famille avant ou après, ou se tient à distance du groupe pendant la prière.
La crémation
La crémation est le choix de la famille, et votre rôle reste celui des condoléances. Vous présentez votre sympathie à votre collègue en dehors de la cérémonie, au funérarium ou après les obsèques. Vous n’assistez pas à la cérémonie religieuse si elle en comporte une, et vous ne prenez part à aucun rite. Pour la dispersion des cendres, la même retenue s’applique.
En pratique
- Allez au funérarium pour présenter vos condoléances, à un moment où aucune prière ne s’y tient.
- Ne faites ni le signe de croix ni l’aspersion d’eau bénite, et n’invoquez pas le pardon ou la miséricorde pour la défunte (voir #106). Les formules « repose en paix » et « paix à son âme » demandent pour elle la même chose, et on les évite aussi.
- Ne portez pas le cercueil et ne marchez pas dans le cortège.
- Si vous allez au cimetière, rendez-vous-y de votre côté et tenez-vous à l’écart pendant l’inhumation et les prières. Pour une jeune femme, le funérarium suffit (#105).
- N’assistez pas à la messe ou au culte au temple ; retrouvez la famille avant ou après.
- Pour la gerbe ou la collecte entre collègues, voir #207.
- À votre collègue, vous pouvez dire : « Je suis de tout cœur avec vous. Qu’Allah vous donne la patience et vous réconforte. »
Allah sait mieux.