As-salāmu ʿalaykum, j’ai un livret A et un compte épargne qui me rapportent des intérêts chaque année. Est-ce que je peux les garder ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
L’intérêt que verse une banque sur un dépôt est du ribā (usure). L’argent déposé est en effet un prêt fait à la banque. Or tout surplus convenu d’avance sur un prêt est du ribā, selon l’école mālikite et le consensus des savants. Vous ne gardez donc pas ces intérêts pour vous. Vous pouvez conserver un compte courant sans intérêt, devenu indispensable en France. Pour l’épargne, préférez un compte qui ne rapporte rien ou un placement licite. L’intérêt déjà perçu, vous vous en défaites en le donnant aux pauvres ou à une œuvre d’utilité publique, sans en attendre de récompense.
Le travail dans une banque est traité dans la réponse #268.
Détail de la réponse
Pourquoi l’intérêt d’un livret est du ribā
Quand vous déposez de l’argent à la banque, la banque en devient propriétaire et s’engage à vous le rendre. Ce dépôt est donc un prêt (qarḍ) que vous lui consentez. L’intérêt promis est une augmentation fixée d’avance sur ce prêt. Or l’école mālikite pose une règle sans exception sur ce point. Ibn ʿAbd al-Barr (m. 463 H), grand mālikite de Cordoue, dit dans al-Kāfī :
وكل زيادة في سلف أو منفعة ينتفع بها المسف فهي ربا ولو كانت قبضة من علف وذلك حرام إن كان شرط
« Toute augmentation sur un prêt, ou tout avantage qu’en tire le prêteur, est du ribā, fût-ce une poignée de fourrage, et cela est illicite si cela a été stipulé. » (al-Kāfī fī fiqh ahl al-Madīna, 2/728)
Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī (m. 386 H) le résume dans ar-Risāla, que nous enseignons :
ولا يجوز سلف يجر منفعة
« Il n’est pas permis qu’un prêt rapporte un avantage. » (ar-Risāla, p. 105)
Allah a tranché la question dans la sourate al-Baqara :
يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُواْ ٱتَّقُواْ ٱللَّهَ وَذَرُواْ مَا بَقِيَ مِنَ ٱلرِّبَوٰٓاْ إِن كُنتُم مُّؤۡمِنِينَ فَإِن لَّمۡ تَفۡعَلُواْ فَأۡذَنُواْ بِحَرۡبٖ مِّنَ ٱللَّهِ وَرَسُولِهِۦۖ وَإِن تُبۡتُمۡ فَلَكُمۡ رُءُوسُ أَمۡوَٰلِكُمۡ لَا تَظۡلِمُونَ وَلَا تُظۡلَمُونَ
« Ô les croyants ! Craignez Allah et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire, si vous êtes croyants. Et si vous ne le faites pas, alors recevez l’annonce d’une guerre de la part d’Allah et de Son messager. Et si vous vous repentez, vous aurez vos capitaux. Vous ne léserez personne et vous ne serez point lésés. » (al-Baqara, 2:278-279)
Le verset rend au repenti son capital et lui retire le surplus. L’Académie internationale du fiqh (Djeddah, résolution n° 10, décembre 1985) a appliqué cette règle aux banques modernes en jugeant que l’intérêt stipulé dès le contrat sur un prêt est un ribā interdit.
Note. Pour information, Dār al-Iftāʾ d’Égypte a qualifié la relation entre la banque et ses clients de « financement » (tamwīl) en s’appuyant sur la loi bancaire égyptienne (fatwa n° 5111, 2020). Le livret français reste un dépôt remboursable avec intérêt garanti.
Que faire de l’intérêt déjà perçu
Le Coran laisse au repenti « ses capitaux ». Celui qui découvre la règle garde donc son capital et se défait du surplus. Al-Qurṭubī (m. 671 H), mālikite de Cordoue, rapporte la règle des savants de l’école dans son tafsīr de ce verset :
قَالَ عُلَمَاؤُنَا إِنَّ سَبِيلَ التَّوْبَةِ مِمَّا بِيَدِهِ مِنَ الْأَمْوَالِ الْحَرَامِ إِنْ كَانَتْ مِنْ رِبًا فليردها على من أربى عليه، ومطلبه إِنْ لَمْ يَكُنْ حَاضِرًا، فَإِنْ أَيِسَ مِنْ وُجُودِهِ فَلْيَتَصَدَّقْ بِذَلِكَ عَنْهُ.
« Nos savants disent : la voie du repentir pour les biens illicites que l’on détient est, s’ils proviennent du ribā, de les rendre à celui sur qui on l’a pris, et de le rechercher s’il n’est pas présent ; si l’on désespère de le trouver, on en fait l’aumône pour son compte. » (al-Jāmiʿ li-aḥkām al-Qurʾān, 3/366)
Avec une banque, la restitution au sens propre est le plus souvent impossible, car l’intérêt est versé automatiquement et la banque ne le reprend pas. On s’en défait alors en le donnant aux pauvres ou à une œuvre d’intérêt général, sans intention de récompense, puisque ce bien ne vous appartient pas. On ne l’utilise pas pour soi, ni pour une dépense que l’on aurait faite de toute façon. Les bénéficiaires possibles et le cas du montant inconnu sont détaillés dans la réponse #156.
En pratique
- Compte courant : gardez-le, il est nécessaire pour vivre en France, et il ne rapporte rien.
- Livret A, LDDS, compte à terme, assurance-vie en euros : ils produisent des intérêts. Fermez-les ou videz-les vers un support sans intérêt, ou vers un placement licite (immobilier, parts d’entreprises conformes, financement participatif sans intérêt).
- Intérêts déjà versés : calculez-les à partir de vos relevés et donnez-les aux pauvres ou à une œuvre utile, sans intention de récompense. Si vous ne connaissez pas le montant exact, estimez-le largement pour être sûr que ce qui reste est à vous.
Allah sait mieux.