As-salāmu ʿalaykum, à la mosquée de mon quartier, l’imam prie huit rakʿas de tarāwīḥ. Un frère m’a dit qu’elles en comptent vingt et qu’en dessous elles ne valent rien. Est-ce vrai ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Les tarāwīḥ sont une prière surérogatoire fortement recommandée, sans nombre obligatoire. L’école mālikite en connaît deux usages. Le premier est de vingt rakʿas suivies du shafʿ et du witr. C’est la pratique de l’époque de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, et celle des pays musulmans depuis. Le second est de trente-six rakʿas, que Mālik a choisies d’après la pratique de Médine. Celui qui prie moins, même huit ou deux rakʿas, peut espérer la récompense promise.
La lecture dans le muṣḥaf pendant la prière est traitée dans la réponse #273, et la question de terminer le Coran dans la réponse #274.
Détail de la réponse
Statut des tarāwīḥ
Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H), dont le Mukhtaṣar est le texte de référence de l’école, les compte parmi les prières surérogatoires fortement recommandées, et ad-Dardīr (m. 1201 H) commente :
« (و) تَأَكَّدَ (تَرَاوِيحُ) وَهُوَ قِيَامُ رَمَضَانَ وَوَقْتُهُ كَالْوَتْرِ وَالْجَمَاعَةُ فِيهِ مُسْتَحَبَّةٌ (و) نُدِبَ (انْفِرَادٌ بِهَا) أَيْ فِعْلُهَا فِي الْبُيُوتِ وَلَوْ جَمَاعَةً (إنْ لَمْ تُعَطِّلْ الْمَسَاجِدَ) »
« Les tarāwīḥ, qui sont la prière de nuit de Ramaḍān, sont fortement recommandées ; leur temps est celui du witr, et il est recommandé de les prier en groupe. Il est recommandé de les prier chez soi, même en groupe, si cela ne vide pas les mosquées. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 1/315)
Ibn Abī Zayd (m. 386 H) précise dans la Risāla, une des épîtres de base de l’école, que la prière à la maison est meilleure « لِمَنْ قَوِيَتْ نِيَّتُهُ وَحْدَهُ », « pour celui dont la résolution est forte seul » (al-Fawākih ad-dawānī, 1/317). Leur temps est celui du witr, après un ʿishāʾ valide et jusqu’à l’aube.
Le nombre de rakʿas
Mālik rapporte dans al-Muwaṭṭaʾ deux récits de l’époque de ʿUmar, l’un de onze rakʿas, l’autre de vingt-trois. Selon as-Sāʾib ibn Yazīd, ʿUmar « أَمَرَ […] أُبَيَّ بْنَ كَعْبٍ وَتَمِيمًا الدَّارِيَّ أَنْ يَقُومَا لِلنَّاسِ بِإِحْدَى عَشْرَةَ رَكْعَةً », « ordonna à Ubayy ibn Kaʿb et à Tamīm ad-Dārī de diriger les gens en onze rakʿas », avec une lecture si longue qu’ils s’appuyaient sur des bâtons (al-Muwaṭṭaʾ, 1/115, n° 4). Selon Yazīd ibn Rūmān, qui rapporte l’autre récit, « كَانَ النَّاسُ يَقُومُونَ فِي زَمَانِ عُمَرَ بْنِ الْخَطَّابِ فِي رَمَضَانَ بِثَلَاثٍ وَعِشْرِينَ رَكْعَةً », « les gens priaient à l’époque de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, en Ramaḍān, vingt-trois rakʿas » (al-Muwaṭṭaʾ, 1/115, n° 5).
Ibn Abī Zayd écrit dans la Risāla :
« وَكَانَ السَّلَفُ الصَّالِحُ يَقُومُونَ فِيهِ فِي الْمَسَاجِدِ بِعِشْرِينَ رَكْعَةً ثُمَّ يُوتِرُونَ بِثَلَاثٍ وَيَفْصِلُونَ بَيْنَ الشَّفْعِ وَالْوِتْرِ بِسَلَامٍ ثُمَّ صَلَّوْا بَعْدَ ذَلِكَ سِتًّا وَثَلَاثِينَ رَكْعَةً غَيْرَ الشَّفْعِ وَالْوِتْرِ وَكُلُّ ذَلِكَ وَاسِعٌ وَيُسَلِّمُ مِنْ كُلِّ رَكْعَتَيْنِ »
« Les pieux prédécesseurs priaient dans les mosquées vingt rakʿas, puis faisaient le witr en trois, en séparant le shafʿ du witr par un salut. Ils prièrent ensuite trente-six rakʿas, sans compter le shafʿ et le witr. Tout cela est permis, et l’on salue toutes les deux rakʿas. » (ar-Risāla, avec al-Fawākih ad-dawānī, 1/318-319)
An-Nafrāwī (m. 1126 H) explique d’où viennent les trente-six rakʿas. C’est ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz qui les ordonna, parce que la longueur de la lecture lassait les gens. Il fit raccourcir la lecture et augmenter le nombre de rakʿas. An-Nafrāwī ajoute :
« وَهَذَا اخْتَارَهُ مَالِكٌ فِي الْمُدَوَّنَةِ وَاسْتَحْسَنَهُ وَعَلَيْهِ عَمَلُ أَهْلِ الْمَدِينَةِ، وَرَجَّحَ بَعْضُ أَتْبَاعِهِ الْأَوَّلَ الَّذِي جَمَعَ عُمَرُ بْنُ الْخَطَّابِ النَّاسَ عَلَيْهَا لِاسْتِمْرَارِ الْعَمَلِ فِي جَمِيعِ الْأَمْصَارِ عَلَيْهِ لِذَلِكَ صَدَّرَ بِهِ خَلِيلٌ »
« C’est ce que Mālik a choisi et jugé bon dans al-Mudawwana, et c’est la pratique des gens de Médine. Certains de ses disciples ont préféré le premier usage, celui sur lequel ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb avait réuni les gens, parce que la pratique s’est maintenue sur lui dans toutes les villes ; c’est pourquoi Khalīl l’a mis en premier. » (al-Fawākih ad-dawānī, 1/319)
Ad-Dardīr conclut que l’usage suivi par les anciens comme par les générations suivantes est celui des vingt-trois rakʿas (« لَكِنَّ الَّذِي جَرَى عَلَيْهِ الْعَمَلُ سَلَفًا وَخَلَفًا الْأَوَّلُ », ash-Sharḥ al-kabīr, 1/315). Dans la Mudawwana, Nāfiʿ rapporte : « لَمْ أُدْرِكْ النَّاسَ إلَّا وَهُمْ يَقُومُونَ تِسْعَةً وَثَلَاثِينَ رَكْعَةً يُوتِرُونَ مِنْهَا بِثَلَاثٍ », « je n’ai connu les gens que priant trente-neuf rakʿas, dont trois pour le witr » (al-Mudawwana, 1/288).
Prier moins de vingt rakʿas
Ibn Abī Zayd dit dans la Risāla : « وَإِنْ قُمْت فِيهِ بِمَا تَيَسَّرَ فَذَلِكَ مَرْجُوٌّ فَضْلُهُ وَتَكْفِيرُ الذُّنُوبِ بِهِ », « si tu y pries ce qui t’est facile, on en espère le mérite et le pardon des péchés ». An-Nafrāwī commente :
« وَلَمَّا شَاعَ فِي الْأَمْصَارِ تَحْدِيدُهُ بِعِشْرِينَ رَكْعَةً غَيْرِ الشَّفْعِ وَالْوِتْرِ وَكَانَ يُتَوَهَّمُ عَدَمُ حُصُولِ ذَلِكَ الثَّوَابِ بِأَقَلَّ مِنْهَا دَفَعَهُ بِقَوْلِهِ: (وَإِنْ قُمْت فِيهِ) أَيْ فِي رَمَضَانَ (بِمَا تَيَسَّرَ) مِنْ الصَّلَاةِ وَلَوْ أَقَلَّ مِنْ عِشْرِينَ رَكْعَةً […] وَرَجَاءُ الْفَضْلِ مِنْ الْقِيَامِ الْقَلِيلِ لَا يُنَافِي أَنَّ الْكَثِيرَ أَكْثَرُ ثَوَابًا »
« Comme la limite de vingt rakʿas, sans le shafʿ et le witr, s’était répandue dans les villes, et que l’on pouvait croire que cette récompense ne s’obtient pas avec moins, il a écarté cette idée en disant : si tu pries, en Ramaḍān, ce qui t’est facile, même moins de vingt rakʿas […]. Espérer le mérite d’une prière courte n’empêche pas que la prière longue rapporte davantage. » (al-Fawākih ad-dawānī, 1/317)
Celui qui affirme que les tarāwīḥ ne valent rien en dessous de vingt rakʿas contredit donc ce texte. L’imam qui prie huit rakʿas suivies du shafʿ et du witr a prié les tarāwīḥ, et le fidèle qui prie derrière lui en reçoit le mérite. La Risāla rapporte aussi de ʿĀʾisha que le Prophète ﷺ « مَا زَادَ […] فِي رَمَضَانَ وَلَا فِي غَيْرِهِ عَلَى اثْنَتَيْ عَشَرَةَ رَكْعَةً بَعْدَهَا الْوِتْرُ », « n’a dépassé, ni en Ramaḍān ni en dehors, douze rakʿas suivies du witr » (al-Fawākih ad-dawānī, 1/319). Le choix de vingt rakʿas reste la pratique de l’école et des mosquées, et celui qui le peut a avantage à le suivre.
En pratique
- Priez les tarāwīḥ avec l’imam de votre mosquée, qu’il prie huit, vingt ou trente-six rakʿas, puis le shafʿ et le witr.
- Saluez toutes les deux rakʿas.
- Chez vous, priez ce qui vous est facile.
Allah sait mieux.