Peut-on débattre en matière de religion ? L’imam Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, dans la Rissāla, range le fait de laisser la polémique et la dispute parmi les obligations. Son commentateur al-Munūfī distingue la dispute interdite du débat qui cherche la vérité, et ce dernier a ses bienséances.
La polémique et la dispute interdites
Durant le cours de Rissāla, nous avons pu voir avec les étudiants le commentaire de la parole de l’imam Ibn Abī Zayd suivante, commentée par l’imam Abu-l-Ḥassan Al-Munūfī :
« Et de même » il est obligatoire « d’abandonner la polémique et la dispute en matière de religion. »
وَتَرْكُ الْمِرَاءِ وَالْجِدَالِ فِي الدِّينِ
Cela désigne le rejet de la vérité après qu’elle soit apparue clairement et son opposition par de faux arguments. La dispute (jidāl) correspond ici aux débats avec les gens des innovations (ahl al-bidʿa). Ces pratiques sont interdites parce qu’elles conduisent à dialoguer avec eux de manière excessive, peuvent mener à critiquer les Compagnons, et à semer le doute dans le cœur.
Mālik – qu’Allah l’agrée – a dit : « Ces débats ne font aucunement partie de la religion. »
Le débat légitime
Cependant, si le but du débat est de faire apparaître la vérité, sans obstination, arrogance, ou désir de triompher de l’adversaire pour s’attribuer le prestige du savoir, alors cela est permis. Certains disent même que cela est recommandé.
Les bienséances du débat
Pour les débats légitimes, il existe des règles de bienséance, parmi lesquelles :
- Éviter de bouger les membres en dehors de l’usage de la langue.
- Maintenir un équilibre dans le volume de la voix, ni trop élevé ni trop faible.
- Écouter attentivement les paroles de son interlocuteur.
- Alterner les prises de parole de manière ordonnée, et non en se les arrachant en monopolisant la parole.
- Être constant dans ses arguments si l’on répond.
- Faire preuve de persévérance dans ses questions si l’on interroge.
- Éviter l’obstination,
- l’exagération,
- le sectarisme,
- le rire moqueur,
- de chicaner excessivement,
et tout comportement similaire.
Source : Ḥāshiyat al-ʿAdawī ʿalā Kifāyat aṭ-Ṭālib ar-Rabbānī, vol. 2 p. 427.
Pour aller plus loin
- La Rissāla d’Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī : le cours où ce passage est étudié.
- Qu’est-ce que la ʿaqīda ? : la croyance sunnite, base de la prudence face aux innovations.
- Les cours de croyance de l’institut
- Les cours de fiqh mālikite
- Existe-t-il une « bonne innovation » (bidʿa ḥasana) en islam ?
- Qui sont ahl as-sunna wa l-jamāʿa ?
- Les cinq règles de bienséance pour accepter une invitation selon al-Ghazālī
Questions fréquentes
Le débat en matière de religion est-il interdit ?
La polémique et la dispute sont interdites quand elles rejettent la vérité apparue ou opposent de faux arguments. Si le but est de faire apparaître la vérité, sans obstination ni désir de triompher, le débat est permis, et certains le jugent recommandé.
Pourquoi éviter de débattre avec les gens des innovations ?
Selon ce commentaire, cela conduit à dialoguer avec eux de manière excessive, peut mener à critiquer les Compagnons et sème le doute dans le cœur.
Quelles sont les bienséances du débat ?
Parmi elles : ne bouger que la langue, équilibrer le volume de la voix, écouter, alterner les prises de parole, rester constant en répondant ou en interrogeant, et éviter l’obstination, le sectarisme et le rire moqueur.