Croyance

Les preuves rationnelles de l’unicité d’Allah selon ar-Rāzī

Sommaire
  1. 1. Deux êtres “nécessaires” seraient forcément composés
  2. 2. Toute différence entre deux dieux implique un défaut
  3. 3. Il est impossible de distinguer deux dieux
  4. 4. Si l’un suffit, l’autre est inutile
  5. 5. Admettre deux dieux mène à l’absurde
  6. 6. Aucun ne pourrait prouver qu’il est le vrai dieu
  7. 7. Ils seraient soit ignorants, soit incapables
  8. 8. Deux puissances impliquent une limite
  9. 9. Le multiple est toujours inférieur à l’un
  10. 10. La création devient contradictoire
  11. 11. Deux volontés ne peuvent pas gouverner une même chose
  12. 12. Deux sciences infinies posent un problème
  13. 13. Le partage du pouvoir est un défaut évident
  14. 14. Le vrai dieu est Celui dont tout dépend
  15. Pour aller plus loin
  16. Questions fréquentes

Pourquoi Allah est-Il unique ? Ce texte reprend la fin d’un exposé sur l’unicité d’Allah, dont les quatre premiers arguments ne sont pas reproduits ici, puis résume les quatorze arguments rationnels que l’imām ar-Rāzī développe dans son tafsīr Mafātīḥ al-Ghayb pour montrer qu’il ne peut y avoir plusieurs divinités.

On comprend donc de toute cette argumentation que l’unicité d’Allah apparaît comme une nécessité logique et une vérité rationnelle.

Un seul Créateur pour une création, une supériorité absolue sur toute chose, qui donne l’impossibilité de l’existence de plusieurs divinités et un ordre universel d’une cohérence parfaite.

Tout cela converge vers une seule réalité : Allah est Unique, sans associé, sans égal ni sans partage.

Il est bon de savoir que ces quatre points sont l’essentiel de l’argumentation qui établissent l’Unicité d’Allah. Néanmoins, on pourrait en citer bien d’autres qui la prouvent. L’imām ar-Rāzī dans son exégèse du Qur’ān « Mafātīḥ al-Ghayb » en a développé plus de quatorze du point de vue rationnel et huit du point de vue scripturaire.

Citer l’intégralité de son propos pourrait s’avérer à la fois long et excessivement complexe au regard du contexte dans lequel nous nous inscrivons. C’est pourquoi nous nous limiterons ici à la présentation d’un résumé de ces quatorze arguments rationnels, que nous évoquons afin de compléter le propos, compte tenu de leur importance.

1. Deux êtres “nécessaires” seraient forcément composés

S’ils étaient deux, ils devraient avoir quelque chose en commun et quelque chose de différent. Cela ferait d’eux des êtres composés. Or, ce qui est composé dépend de ses parties. Ce qui dépend n’est pas nécessaire. Donc un être nécessaire ne peut pas être multiple.

2. Toute différence entre deux dieux implique un défaut

Pour qu’il y ait deux dieux, il faut une différence entre eux. Or :

  • Si l’un a quelque chose que l’autre n’a pas, celui qui ne l’a pas est imparfait.
  • Si la différence n’est pas une perfection, celui qui la possède est imparfait.

Donc dans tous les cas, l’un des deux est imparfait, donc n’est pas un dieu.

3. Il est impossible de distinguer deux dieux

On distingue deux choses par le lieu, le temps ou le changement. Or, Allah n’est ni dans un lieu, ni dans le temps, ni soumis au changement. Donc deux dieux ne pourraient même pas être distingués.

4. Si l’un suffit, l’autre est inutile

Si un dieu peut gérer seul le monde, l’autre ne sert à rien. Être inutile est un défaut. Or un dieu ne peut pas avoir de défaut.

5. Admettre deux dieux mène à l’absurde

S’il est possible qu’il y en ait deux, pourquoi pas trois, dix ou mille ? Rien ne permet de fixer une limite. Cela mène à une infinité de dieux, ce qui est absurde.

6. Aucun ne pourrait prouver qu’il est le vrai dieu

Les preuves de l’existence du Créateur passent par le monde créé. Mais ces preuves, si elles permettent d’établir l’existence du Créateur, ne permettent pas de dire : “c’est celui-ci et pas l’autre”. Or un dieu incapable de se manifester clairement n’est pas un vrai dieu.

7. Ils seraient soit ignorants, soit incapables

Si l’un cache une action à l’autre, l’autre est ignorant. S’il ne peut rien lui cacher, il est incapable d’agir librement. Or ignorance et incapacité sont impossibles pour un dieu.

8. Deux puissances impliquent une limite

Si deux dieux ont chacun une puissance, leur somme est plus grande que chacune. Cela signifie que chaque puissance est limitée. Or, la puissance divine est sans limite.

9. Le multiple est toujours inférieur à l’un

Le nombre dépend toujours de l’unité. Ce qui dépend ne peut pas être divin. La divinité doit donc être une.

10. La création devient contradictoire

Face à une chose à créer :

  • soit aucun ne peut créer, ce qui implique l’impuissance
  • soit un seul peut, ce qui implique que l’autre n’est pas dieu
  • soit ils coopèrent, ce qui implique qu’ils dépendent l’un de l’autre
  • soit l’un empêche l’autre, ce qui implique que l’un est dominé

Toutes les options sont impossibles pour une divinité.

11. Deux volontés ne peuvent pas gouverner une même chose

Si l’un veut une chose et l’autre veut son contraire, l’un échoue. Celui qui échoue est impuissant. Or un dieu ne peut pas être impuissant.

12. Deux sciences infinies posent un problème

Si l’on suppose deux dieux possédant la science de toute chose, alors chacun connaîtrait exactement les mêmes choses. Leurs sciences seraient donc identiques. Or, si deux sciences sont parfaitement semblables, rien n’explique pourquoi cette science appartiendrait à l’un plutôt qu’à l’autre. Il faudrait alors un facteur extérieur qui attribue à chacun sa science. Cela implique que chacun dépend de quelque chose d’autre, et celui qui dépend n’est ni parfait ni divin.

13. Le partage du pouvoir est un défaut évident

Même les rois humains détestent partager leur autorité. Plus le royaume est grand, plus le partage est inacceptable. Alors que dire du Royaume d’Allah ?

14. Le vrai dieu est Celui dont tout dépend

Si un dieu dépend d’un autre, il n’est pas dieu. Si on peut se passer de lui, il n’est pas dieu. Le vrai dieu est Celui dont tout dépend et qui ne dépend de rien.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Pourquoi ne peut-il y avoir deux dieux ?

Selon le premier argument, deux êtres nécessaires auraient quelque chose en commun et quelque chose de différent : ils seraient donc composés, et ce qui est composé dépend de ses parties, donc n’est pas nécessaire.

Que se passerait-il si deux dieux voulaient des choses contraires ?

L’un échouerait. Celui qui échoue est impuissant, et un dieu ne peut pas être impuissant.

Combien d’arguments rationnels ar-Rāzī développe-t-il ?

Plus de quatorze du point de vue rationnel et huit du point de vue scripturaire, dans Mafātīḥ al-Ghayb. Le texte en résume quatorze.

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