Question n° 253 · Finances et commerce

Le trading de CFD sur compte démo, les concours et les « prop firms » sont-ils permis ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 6 min

As-salāmu ʿalaykum, je sais que le trading de CFD est interdit. Certaines plateformes proposent de trader des CFD avec de l’argent fictif, qui n’entre jamais sur le marché réel, un peu comme un jeu éducatif. Si l’on réussit bien, on touche une commission en argent réel. Est-ce permis ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Non, dans la forme que vous décrivez. Le jugement dépend de ce que l’on paie et de ce que l’on reçoit.

  • Un compte démo gratuit, sans argent versé ni reçu, est permis pour comprendre les marchés ou un instrument. Il devient interdit lorsqu’il sert à s’entraîner pour trader ensuite des CFD réels, car le moyen prend le jugement de la fin.
  • Un concours de trading sur compte démo avec un prix en argent est interdit selon l’avis dominant de notre école, même s’il est gratuit, car un prix n’est admis que dans les courses de chevaux, de chameaux et le tir (#113).
  • Les « prop firms », où l’on paie des frais de « challenge » pour obtenir ensuite un pourcentage de gains réalisés sur un compte fictif, sont un jeu de hasard (qimār) interdit. Chacun paie une somme qu’il perd s’il échoue, et l’argent de ceux qui échouent paie ceux qui réussissent.

Détail de la réponse

Ce que vendent réellement ces plateformes

La formule que vous décrivez correspond le plus souvent aux sociétés appelées « prop firms ». Le candidat paie un droit d’entrée pour passer un « challenge ». Il trade sur un compte de démonstration, en général des CFD sur devises, indices ou matières premières. S’il atteint un objectif de gain sans dépasser une perte maximale, il reçoit un « compte financé ». Il touche alors un pourcentage des gains qu’il y réalise, souvent 80 à 90 %. S’il échoue, il perd ses frais.

Les conditions publiées par FTMO, l’une des plus connues, le disent clairement. Tous les comptes fournis aux clients sont « des comptes de démonstration avec des fonds fictifs », et le trading s’y fait « dans un environnement simulé uniquement ». Le trader « continue de trader avec un capital simulé » après sa réussite, et ses récompenses sont calculées sur des « profits simulés ». Le droit d’entrée lui est remboursé avec sa première récompense. Aucun capital de la société n’est donc investi pour lui. L’argent qu’il reçoit vient de la caisse de la société, que remplissent les frais payés par l’ensemble des candidats.

Les frais de challenge sont une mise

Allah dit :

يَاأَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَأْكُلُوا أَمْوَالَكُمْ بَيْنَكُمْ بِالْبَاطِلِ إِلَّا أَنْ تَكُونَ تِجَارَةً عَنْ تَرَاضٍ مِنْكُمْ

« Ô les croyants ! Ne mangez pas vos biens entre vous de façon illégitime. Qu’il y ait plutôt du négoce, par consentement mutuel entre vous. » (an-Nisāʾ, 4:29)

Al-Qurṭubī (m. 671 H), exégète mālikite de Cordoue, rapporte la définition de Mālik :

وَمَيْسِرُ الْقِمَارِ: مَا يَتَخَاطَرُ النَّاسُ عَلَيْهِ … وَكُلُّ مَا قُومِرَ بِهِ فَهُوَ مَيْسِرٌ عِنْدَ مَالِكٍ وَغَيْرِهِ مِنَ الْعُلَمَاءِ

« Le maysir du pari, c’est ce sur quoi les gens prennent des risques les uns contre les autres… Tout ce sur quoi l’on parie est maysir selon Mālik et d’autres savants. » (al-Jāmiʿ li-aḥkām al-Qurʾān, 3/53)

Al-Mawwāq (m. 897 H), commentateur du Mukhtaṣar de Khalīl, décrit la forme de compétition que les savants s’accordent à interdire :

وَوَجْهٌ لَا يَجُوزُ بِاتِّفَاقٍ وَهُوَ أَنْ يُخْرِجَ … كُلُّ وَاحِدٍ مِنْ الْمُتَسَابِقِينَ إنْ كَانُوا جَمَاعَةً جُعْلًا عَلَى أَنَّهُ مَنْ سَبَقَ مِنْهُمْ أَحْرَزَ جُعْلَهُ وَأَخَذَ … أَجْعَالَ أَصْحَابِهِ إنْ كَانُوا جَمَاعَةً، فَهَذَا لَا يَجُوزُ بِاتِّفَاقٍ لِأَنَّهُ مِنْ الْغَرَرِ وَالْقِمَارِ وَالْمَيْسِرِ

« Il est une forme interdite par accord, celle où chacun des concurrents, s’ils sont plusieurs, verse une somme, à la condition que le vainqueur reprenne la sienne et prenne celles des autres. Cela est interdit par accord, car c’est de l’aléa, du pari et du jeu de hasard. » (at-Tāj wa-l-iklīl, 4/610)

Le challenge payant reprend cette forme. Le candidat verse ses frais et ne sait pas s’il les perdra ou s’il touchera une somme bien plus grande. Celui qui réussit reprend ses frais, remboursés avec sa première récompense, et touche une somme payée avec les frais de ceux qui ont échoué. La société organise la cagnotte et garde sa part, ce qui n’en change pas la nature, comme nous l’avons vu pour les tournois dont le prix vient des inscriptions (#113) et pour les systèmes à droit d’entrée (#244) et pour tout jeu où l’on paie pour la chance de gagner (#102, #170).

Le candidat paie ses frais pour avoir la chance de toucher des récompenses, et ce qu’il gagne dépend directement de son succès au jeu. On ne peut donc y voir le prix d’un service d’évaluation ou de formation, qui serait reçu quel que soit le résultat.

La récompense elle-même pose un second problème. Elle est calculée sur l’écart de cours de positions fictives en CFD. Elle rémunère donc un pari sur la hausse ou la baisse d’un prix, sans achat ni vente d’un bien. Le CFD est interdit sur un compte réel parce qu’il est un pari sur un écart (#101). Sur un compte fictif payé en argent réel, il reste un pari, organisé cette fois entre les candidats et la société.

Certaines sociétés reportent les ordres des traders qui réussissent sur un compte réel, avec effet de levier. On retrouve alors le CFD et le levier réels, interdits par eux-mêmes.

Le concours gratuit avec un prix

Certains courtiers organisent des concours de trading sur compte démo, sans frais d’inscription, avec un prix en argent pour les meilleurs. L’inscription ne finance pas le prix, et la forme interdite par accord ne s’y trouve donc pas. Reste la règle de l’école sur les compétitions. Al-Mawwāq poursuit, sur la même page :

وَأَمَّا السَّبَقُ فِي الرِّهَانِ فَلَا يَجُوزُ إلَّا فِي ثَلَاثَةِ أَشْيَاءَ: الْخُفُّ وَالْحَافِرُ وَالنَّصْلُ

« La compétition avec enjeu n’est permise que dans trois choses, le sabot fendu, le sabot plein et la pointe de flèche. » (at-Tāj wa-l-iklīl, 4/610)

Il s’agit des chameaux, des chevaux et du tir. Selon l’avis dominant de l’école, que nous avons retenu dans la question #113, aucune autre compétition ne peut comporter de prix en argent, même offert par un tiers. Un concours de trading en relève, puisque le prix y récompense la meilleure performance. Le jeu concours gratuit par simple tirage au sort parmi des clients est un autre cas, celui d’un don permis (#170). Ces concours servent en outre à attirer des clients vers des comptes réels de CFD, ce qui ajoute l’aide à un interdit.

Une plateforme qui verserait une « commission » sans aucun frais, pour récompenser de bons résultats sur un compte démo, entre dans ce même cas. Elle donne un prix pour la réussite à une compétition hors des trois disciplines.

Le compte démo gratuit pour apprendre

Un compte de démonstration sans argent versé ni reçu ne contient aucun contrat. Personne n’y gagne ni n’y perd quoi que ce soit, et il n’y a donc ni ribā ni pari. Son jugement dépend de l’usage qu’on en fait. Al-Qarāfī (m. 684 H), maître mālikite d’Égypte, pose cette règle dans adh-Dhakhīra :

وَمَوَارِدُ الْأَحْكَامِ عَلَى قِسْمَيْنِ مَقَاصِدُ وَهِيَ الْمُتَضَمِّنَةُ لِلْمَصَالِحِ وَالْمَفَاسِدِ فِي أَنْفُسِهَا وَوَسَائِلُ وَهِيَ الطُّرُقُ الْمُفْضِيَةُ إِلَيْهَا وَحُكْمُهَا حُكْمُ مَا أَفْضَتْ إِلَيْهِ مِنْ تَحْرِيمٍ أَوْ تَحْلِيلٍ

« Les objets des jugements sont de deux sortes. Les fins, qui portent en elles-mêmes le bien ou le mal, et les moyens, qui sont les chemins qui y mènent. Le jugement des moyens est celui de ce à quoi ils mènent, interdiction ou permission. » (adh-Dhakhīra, 1/153)

Apprendre sur un compte démo le fonctionnement de la bourse, pour acheter ensuite des actions au comptant comme le permet la question #101, est donc permis. Comprendre ce qu’est un CFD pour savoir le reconnaître et l’éviter l’est aussi. S’entraîner au CFD pour le pratiquer ensuite avec de l’argent réel est interdit, puisque ce moyen mène à un interdit.

En pratique

  • Ne vous inscrivez pas à un challenge de prop firm, même si les frais sont remboursables en cas de réussite, et même si la société se dit « sans swap » ou « islamique ».
  • Ne participez pas aux concours de trading dotés d’un prix en argent, même gratuits.
  • Un compte démo sans aucun argent reste permis pour comprendre les marchés ou vous préparer à des placements licites, en actions au comptant de sociétés licites.
  • Si vous avez déjà touché des récompenses d’une prop firm, demandez l’avis d’un mufti sur ce qu’il convient d’en faire.

Allah sait mieux.


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