Question n° 259 · Finances et commerce

Peut-on vendre un logiciel ou un service à un restaurant qui sert de l’alcool ou du porc ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 4 min

As-salāmu ʿalaykum, avec mon associé nous proposons aux restaurateurs un outil qui permet à leurs clients de commander directement sur WhatsApp. Pouvons-nous travailler avec tous les restaurants, y compris ceux qui ne sont pas ḥalāl et qui vendent de l’alcool ou du porc ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Oui, avec des conditions, parce que les commandes d’alcool et de porc passeraient par votre outil, et que la vente de ces produits est interdite en elle-même. On regarde ce qui domine dans l’activité du restaurant. Un bar, une cave, un bar à vin, une charcuterie ou tout commerce dont l’essentiel est l’alcool ou le porc est à refuser. Pour un restaurant dont l’essentiel est licite, vous pouvez fournir l’outil, à condition de ne pas mettre vous-mêmes ces produits dans le catalogue, ni par la saisie, ni par les visuels, ni par la mise en avant. Le mieux est que le catalogue les exclue. Un abonnement fixe ne pose pas de problème. Une commission prise sur chaque commande est permise sur les plats licites, et la part prise sur l’alcool et le porc est donnée aux pauvres.

Détail de la réponse

La vente de l’alcool et du porc est interdite en elle-même

Jābir ibn ʿAbdiLlāh rapporte qu’il a entendu le Prophète ﷺ dire à La Mecque, l’année de la conquête :

إِنَّ اللهَ وَرَسُولَهُ حَرَّمَ بَيعَ الْخَمْرِ وَالْمَيتَةِ وَالْخِنْزِيرِ وَالأَصْنَامِ

« Allah et Son Messager ont interdit la vente du vin, de la bête morte, du porc et des idoles. » (al-Bukhārī et Muslim, d’après ʿAbd al-Ḥaqq al-Ishbīlī, al-Jamʿ bayna aṣ-Ṣaḥīḥayn, 2/525)

Pour le vin, le Prophète ﷺ a maudit avec celui qui le boit celui qui le vend, celui qui l’achète et celui qui le transporte (Abū Dāwūd, n° 3674, cité dans la réponse #83). Allah dit aussi :

وَتَعَاوَنُوا عَلَى الْبِرِّ وَالتَّقْوَى وَلَا تَعَاوَنُوا عَلَى الْإِثْمِ وَالْعُدْوَانِ

« Entraidez-vous dans la bonté et la piété, et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression. » (al-Māʾida, 5:2)

Que le restaurateur soit musulman ou non ne change rien à votre part. La question porte sur ce que votre travail sert.

Un outil général ou une aide directe au péché

Les fuqahā’ distinguent le moyen éloigné, que l’on laisse ouvert, et l’aide directe à un péché connu. Ibn Rushd al-Jadd (m. 520 H), grand juge de Cordoue, écrit à propos de la vente du raisin à celui qui le presse pour en faire du vin :

فلا يجوز لفاعله، وهو آثم في فعله

« Elle n’est pas permise à celui qui la fait, et il pèche par cet acte. » (al-Bayān wa-t-taḥṣīl, 18/563)

Al-Qarāfī (m. 684 H) précise que personne n’a interdit de cultiver la vigne de peur du vin (al-Furūq, 2/32). Le critère est donc la proximité avec le péché et la connaissance qu’on en a. Ces textes sont détaillés dans la réponse #118.

Un outil de commande se rapproche d’une caisse enregistreuse ou d’un téléphone. Il sert à vendre ce que propose le restaurant, et l’essentiel de ce que propose un restaurant est de la nourriture licite. Pour juger d’une activité mêlée, l’école regarde ce qui domine. Al-Qarāfī rapporte qu’Ibn al-Qāsim permet de commercer avec celui dont les biens sont majoritairement licites, et cite Ibn Rushd :

وَالْقِيَاسُ قَوْلُ ابْنِ الْقَاسِمِ وَقَوْلُ ابْنِ وَهْبٍ اسْتِحْسَانٌ وَقَوْلُ أَصْبَغَ تَشَدُّدٌ فَإِنَّ قَاعِدَةَ الشَّرْعِ اعْتِبَارُ الْغَالِبِ

« L’avis conforme à l’analogie est celui d’Ibn al-Qāsim, celui d’Ibn Wahb est une préférence juridique, et celui d’Aṣbagh est une rigueur, car la règle de la Loi est de considérer ce qui domine. » (adh-Dhakhīra, 13/317)

À l’inverse, pour un bar, une cave ou une charcuterie, l’outil a pour objet principal de vendre l’illicite. Il devient alors une aide directe, comme le raisin remis à celui qui va le presser.

Ce que vous faites vous-mêmes dans l’outil

Même chez un restaurant dont l’essentiel est licite, certaines tâches touchent directement l’alcool ou le porc. Saisir ces produits dans le catalogue, en faire les visuels, les proposer en suggestion ou en promotion revient à les vendre pour le compte du restaurant. C’est la règle déjà donnée pour le graphiste, qui peut faire le logo d’un restaurant mais pas le visuel de ses boissons alcoolisées (réponse #118). Vous laissez donc ces produits au restaurateur. Le mieux est de prévoir dans l’outil que le catalogue WhatsApp les exclue, ou de le proposer au restaurateur.

Si le restaurateur les ajoute lui-même dans un outil que vous lui louez, votre service reste celui d’un outil général au service d’une activité majoritairement licite, comme pour le caissier d’un commerce général (réponse #83).

La rémunération

Un abonnement fixe rémunère la mise à disposition de l’outil, indépendamment de ce qui est commandé. Il est permis.

Une commission sur chaque commande est le prix d’un service lié à chaque vente. Elle est permise sur les plats et boissons licites. La part qui porte sur l’alcool et le porc est une rémunération tirée de leur vente, et l’imam Mālik refuse au musulman tout salaire d’un travail lié au vin (al-Mudawwana, 3/436, citée dans la réponse #83). Cette part est donnée aux pauvres. Si votre modèle repose sur la commission, le plus simple est de ne pas la calculer sur ces produits.

En pratique

  • Bars, caves, bars à vin, charcuteries, établissements dont l’essentiel est l’alcool ou le porc : refusez ces clients.
  • Restaurant dont l’essentiel est licite : vous pouvez lui fournir l’outil, sans saisir, illustrer ni mettre en avant vous-mêmes l’alcool et le porc.
  • Prévoyez si possible que le catalogue exclue ces produits.
  • Abonnement fixe : permis. Commission par commande : permise sur les plats licites, et la part prise sur l’alcool et le porc est donnée aux pauvres.
  • Pour une situation particulière, demandez l’avis d’un mufti.

Allah sait mieux.

Toutes les questions-réponses

Renoncer au contrat ici · exercer votre droit de rétractation en ligne · Conditions générales de vente