As-salāmu ʿalaykum, je n’ai pas encore la somme pour le Ḥajj. Dois-je mettre de côté chaque mois pour pouvoir partir un jour ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Dans l’école mālikite, il n’est pas obligatoire de travailler ni d’épargner pour atteindre la capacité du Ḥajj. On la considère au moment présent. Celui qui a déjà de quoi partir doit le faire dès qu’il le peut, selon l’avis retenu. Emprunter pour partir n’est pas demandé, et c’est déconseillé ou interdit.
Pour le Ḥajj payé avec de l’argent illicite, voyez la réponse #239.
Détail de la réponse
Faut-il épargner pour le Ḥajj ?
Il n’est pas obligatoire de mettre de l’argent de côté pour pouvoir partir un jour. Ad-Dasūqī (m. 1230 H) le rapporte de son maître al-ʿAdawī (m. 1189 H) :
« وَاعْلَمْ أَنَّهُ لَا يَلْزَمُ الشَّخْصَ التَّكَسُّبُ وَجَمْعُ الْمَالِ لِأَجْلِ أَنْ يُحَصِّلَ مَا يَحُجُّ بِهِ وَلَا أَنْ يَجْمَعَ مَا فَضَلَ مِنْ كَسْبِهِ مَثَلًا كُلَّ يَوْمٍ حَتَّى يَصِيرَ مُسْتَطِيعًا بَلْ لَهُ أَنْ يَتَصَدَّقَ بِهِ وَالْمُعْتَبَرُ الِاسْتِطَاعَةُ الْحَالِيَّةُ »
« Sache qu’il n’est pas obligatoire de travailler et d’amasser de l’argent pour obtenir de quoi faire le Ḥajj, ni de mettre de côté, chaque jour par exemple, ce qui reste de son gain jusqu’à atteindre la capacité. On peut au contraire le donner en aumône. Ce qui compte est la capacité présente. » (Ḥāshiyat ad-Dasūqī, 2/7)
Celui qui a déjà la somme. Doit-il partir dès la première année, ou peut-il retarder ? Khalīl rapporte une divergence sur ce point. Ad-Dardīr (m. 1201 H) indique l’avis retenu (muʿtamad), celui sur lequel l’école s’appuie :
« (وَفِي فَوْرِيَّتِهِ) أَيْ فِي وُجُوبِ الْإِتْيَانِ بِهِ أَوَّلَ عَامِ الْقُدْرَةِ عَلَيْهِ فَيَعْصِي بِالتَّأْخِيرِ عَنْهُ وَلَوْ ظَنَّ السَّلَامَةَ وَهُوَ الْمُعْتَمَدُ »
« L’obligation de le faire la première année où l’on en est capable, de sorte que l’on pèche en le retardant, même si l’on pense rester en vie, est l’avis retenu. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 2/2)
Celui qui a la somme du Ḥajj ne la dépense donc pas ailleurs sans nécessité, et part dès qu’il en a la possibilité réelle. Une Omra faite par celui qui n’a pas encore la somme du Ḥajj est permise ; celui qui l’a et a la possibilité de partir commence par le Ḥajj.
Emprunter pour le Ḥajj. Celui qui n’a pas la somme n’est pas tenu d’emprunter. Ad-Dardīr dit que le Ḥajj ne devient pas obligatoire par une capacité obtenue « بِدَيْنٍ وَلَوْ مِنْ وَلَدِهِ إذَا لَمْ يَرْجُ الْوَفَاءَ », « par une dette, même auprès de son enfant, s’il n’espère pas rembourser » (ash-Sharḥ al-kabīr, 2/7). Ad-Dasūqī ajoute qu’emprunter pour partir dans ce cas est déconseillé ou interdit : « وَهُوَ مَكْرُوهٌ، أَوْ حَرَامٌ كَمَا فِي ح » (Ḥāshiya, 2/7). Un crédit à intérêt est de toute façon interdit (voir #99).
En pratique
- Épargne : rien ne vous y oblige. Vous pouvez épargner si vous le souhaitez.
- Si vous avez déjà la somme : partez dès que vous en avez la possibilité réelle, et ne la dépensez pas ailleurs sans nécessité.
- Emprunt : n’empruntez pas pour partir, et jamais à intérêt.
Allah sait mieux.