Peut-on compter son dhikr avec une subḥa (chapelet), ou faut-il y voir une innovation ? Voici la réponse, avec les ḥadīths qui l’établissent, la pratique des Compagnons et les textes des quatre écoles juridiques.
Réponse résumée : L’utilisation de la subḥa pour le tasbīḥ est permise et même recommandée par la Sharīʿa, car elle constitue un moyen de faire l’évocation d’Allah ﷻ. Or, comme la règle le stipule, « les moyens prennent la même règle juridique que leur finalité » (al-wasā’il lahā aḥkām al-maqāṣid) : ainsi, le moyen d’un acte recommandé devient lui-même recommandé. Le Prophète ﷺ a d’ailleurs lui-même approuvé cette pratique, et elle a été rapportée des Compagnons et de leurs successeurs sans qu’aucun ne l’ait contestée. Il n’y a donc pas lieu de prêter attention à ceux qui la qualifient d’innovation (bidʿa), car leurs propos sont dépourvus de tout fondement rationnel ou scripturaire.
Réponse détaillée
La subḥa désigne : les perles avec lesquelles celui qui invoque (Allah) compte son tasbīḥ et ses invocations. Le dhikr avec la subḥa ou tout autre outil permettant de compter est une pratique légiférée, approuvée par le Prophète ﷺ et pratiquée par les pieux prédécesseurs sans qu’aucun d’eux ne l’ait réprouvée.
La preuve réside dans le ḥadīth rapporté d’après Ṣafiyya bint Ḥuyayy (qu’Allah l’agrée), qui dit :
« Le Messager d’Allah ﷺ entra chez moi alors que j’avais devant moi quatre mille noyaux avec lesquels je faisais le tasbīḥ. Je lui dis : “J’ai fait le tasbīḥ avec ceux-ci.”
Il dit : “Ne veux-tu pas que je t’enseigne quelque chose de plus grand encore que ce que tu as fait ?”
Je répondis : “Oui, enseigne-moi.”
Il dit : “Dis : Subḥān Allāh ʿadada khalqih (Gloire à Allah autant que le nombre de Ses créatures).” »1
Également, il est rapporté d’après Saʿd ibn Abī Waqqāṣ (qu’Allah l’agrée), il entra avec le Prophète ﷺ chez une femme qui avait devant elle des noyaux ou des cailloux avec lesquels elle faisait le tasbīḥ. Le Prophète ﷺ lui dit :
« Veux-tu que je t’indique quelque chose de plus facile ou de meilleur que cela ?
Dis : Subḥān Allāh ʿadada mā khalaqa fī as-samāʾ, Subḥān Allāh ʿadada mā khalaqa fī al-arḍ, Subḥān Allāh ʿadada mā bayna dhālik, Subḥān Allāh ʿadada mā huwa khāliq, Allāhu akbar mithla dhālik, al-ḥamdu lillāh mithla dhālik, lā ilāha illa Allāh mithla dhālik, wa lā ḥawla wa lā quwwata illā biLlāh mithla dhālik »2
Si cette pratique était blâmable, le Prophète ﷺ le leur aurait interdit. Or il ne l’a pas fait mais les a simplement invités à quelque chose de meilleur.
Une autre preuve est que c’était également la pratique des pieux prédécesseurs à commencer par les compagnons même après la mort du Prophète ﷺ ; or il est impensable de les qualifier d’innovateurs.
Al-Qāsim ibn ʿAbd al-Raḥmān a dit :
« Abū al-Dardāʾ (qu’Allah l’agrée) avait des noyaux de dattes ʿajwa dans un sac. Lorsqu’il accomplissait la prière de l’aube, il les sortait un à un et faisait le tasbīḥ avec jusqu’à ce qu’ils soient tous écoulés. »3
– D’après Abū Naḍrah al-Ghifārī (qu’Allah l’agrée), il a dit :
« Un shaykh de Ṭufāwah m’a rapporté :
J’ai logé chez Abū Hurayrah à Médine. Je n’ai jamais vu parmi les compagnons du Prophète ﷺ quelqu’un de plus actif et plus hospitalier que lui.Un jour où j’étais chez lui, il était assis sur un lit avec un sac contenant des cailloux ou des noyaux. Une servante noire était assise à ses pieds. Il faisait le tasbīḥ avec ces noyaux, puis, lorsqu’il avait fini, il lui lançait le sac. Elle le ramassait, remettait les noyaux dedans, et lui redonnait. »4
D’après Nuʿaym ibn al-Muḥarrir ibn Abī Hurayrah, d’après son grand-père Abū Hurayrah (qu’Allah l’agrée) :
« Il avait une corde avec deux mille nœuds, et il ne dormait pas sans faire le tasbīḥ avec. »5
Ce même type de pratique a également été rapporté de notre maître Saʿd ibn Abī Waqqāṣ (qu’Allah l’agrée), Abū Saʿīd al-Khudrī (qu’Allah l’agrée), Abū Ṣafiyya – le serviteur du Prophète ﷺ –, la noble dame Fāṭima bint al-Ḥusayn ibn ʿAlī ibn Abī Ṭālib – qu’Allah les agrée – ainsi que d’autres compagnons et successeurs (tābiʿīn).
Al-Ḥāfidh al-Suyūṭī – qu’Allah lui fasse miséricorde – a écrit dans son épître « Al-Minḥa fī al-Subḥa » (citée dans son livre Al-Ḥāwī lil-Fatāwī, 3/2-5, éd. Dār al-Fikr) :
« Si la subḥa n’avait d’autre mérite que de suivre la voie de ces maîtres, d’entrer dans leur cercle et de rechercher leur bénédiction, cela suffirait à la rendre digne d’intérêt et à en souligner l’importance. Que dire alors lorsqu’elle rappelle Allah ﷻ ? Car il est rare de la regarder sans évoquer Allah, ce qui constitue un de ses plus grands bénéfices. Pour cette raison, certains pieux prédécesseurs – qu’Allah leur fasse miséricorde – l’appelaient ainsi [celle qui rappelle Allah, NdT].
Parmi ses autres avantages, elle sert à se rappeler de faire continuellement le dhikr, car chaque fois que l’on la voit, on se rappelle qu’elle est un instrument de dhikr, ce qui nous incite à le faire. Et quelle bonne chose que la cause qui conduit à la continuité du souvenir d’Allah ﷻ ! Aucun savant, ni parmi les anciens ni parmi les plus récents, n’a rapporté qu’il était interdit de compter le dhikr avec la subḥa. Au contraire, la majorité d’entre eux l’utilisaient et ne trouvaient aucun inconvénient à cela. »6
Le jugement chez les quatre écoles
Les quatre écoles juridiques ont mentionné la légitimité de l’usage de la subḥa (chapelet) et du dhikr avec celle-ci, allant jusqu’à considérer cela comme recommandé :
Dans l’école ḥanafite
L’Imām Ibn ʿĀbidīn a dit dans sa ḥāshiya sur Ad-Durr al-Mukhtār d’Al-Ḥaṣkafī nommée Radd al-Muḥtār (1/651, éd. Dār al-Fikr) :
« Ses paroles : “il n’y a pas de mal à utiliser la misbaḥa” – avec une mīm kasra (مِسبحة), qui désigne l’instrument du tasbīḥ.
La preuve de sa licéité : ce qu’ont rapporté Abū Dāwūd, al-Tirmidhī, al-Nasā’ī, Ibn Ḥibbān et al-Ḥākim – qui a dit que la chaîne de transmission est authentique – d’après Saʿd ibn Abī Waqqāṣ (qu’Allah l’agrée), qui entra avec le Prophète ﷺ chez une femme ayant devant elle des noyaux ou des cailloux avec lesquels elle faisait le tasbīḥ. Le Prophète ﷺ lui dit :
« Veux-tu que je t’apprenne quelque chose de plus facile ou de meilleur que cela ? Dis :
Subḥān Allāh ʿadada mā khalaqa fī al-samāʾ,
Subḥān Allāh ʿadada mā khalaqa fī al-arḍ,
Subḥān Allāh ʿadada mā bayna dhālika,
Subḥān Allāh ʿadada mā huwa khāliq,
Allāhu Akbar mithla dhālika,
Al-ḥamdu lillāh mithla dhālika,
Lā ilāha illa Allāh mithla dhālika,
Lā ḥawla wa-lā quwwata illā biLlāh mithla dhālika.(Gloire à Allah autant qu’Il a créé dans le ciel,
Gloire à Allah autant qu’Il a créé sur la terre,
Gloire à Allah autant qu’il y a entre les deux,
Gloire à Allah autant qu’Il va encore créer,
Allah est plus grand dans la même mesure,
Louange à Allah dans la même mesure,
Il n’y a pas de divinité digne d’adoration en dehors d’Allah dans la même mesure,
Et il n’y a de force ni de puissance qu’en Allah dans la même mesure.) »Il ne l’a donc pas interdite, mais lui a seulement indiqué ce qui est meilleur et plus facile. S’il y avait en cela un caractère blâmable, il lui aurait clairement interdit.
La subḥa ne fait que regrouper ces noyaux sur un fil, et cela ne modifie en rien la nature de l’acte. Ainsi, l’utilisation de la subḥa est rapportée chez de nombreux soufis pieux et autres – sauf si elle entraîne de l’ostentation, auquel cas nous n’avons rien à dire. »7
Ibn Nujaym al-Ḥanafī a dit dans Al-Baḥr al-Rā’iq Sharḥ Kanz al-Daqā’iq (2/31, éd. Dār al-Kitāb) à propos du fait que le Prophète ﷺ a approuvé le tasbīḥ avec des cailloux ou des noyaux :
« Ainsi, il ne l’a pas interdite, mais il l’a seulement orientée vers ce qui est plus facile et meilleur. S’il avait été répréhensible, il le lui aurait indiqué. Ce hadith et d’autres similaires prouvent qu’il n’y a aucun inconvénient à utiliser la subḥa bien connue pour compter les invocations, puisque la subḥa ne fait qu’ajouter à ce hadith le fait de relier les noyaux ou autres objets similaires sur un fil, ce qui n’a aucune influence pour l’interdire. C’est pourquoi il a été rapporté qu’elle a été adoptée et utilisée par de nombreux soufis pieux et autres. Sauf si cela engendre de l’ostentation ou de la vanité, dans ce cas nous n’avons rien à dire. Ce hadith montre également la supériorité de cette formule d’invocation spécifique par rapport à un dhikr sans cette formulation, même si ce dernier était répété un peu. »8
L’imam al-Mullā ʿAlī al-Qārī a dit dans Mirqāt al-Mafātīḥ (4/1601, éd. Dār al-Fikr) :
« (Ayant devant elle) : la conjonction waw [dans le ḥadith en arabe] indique une situation concomitante. (Des noyaux) : le pluriel de nawāh, le noyau de datte. (Ou des cailloux) : incertitude du rapporteur. (Elle faisait le tasbīḥ) : c’est-à-dire la femme. (Avec cela) : c’est-à-dire avec ce qui a été mentionné, les noyaux ou les cailloux.
Cela constitue une base solide pour permettre l’utilisation de la subḥa, approuvée par le Prophète ﷺ, car elle a la même signification ; il n’y a en effet pas de différence entre des objets enfilés ou dispersés lorsqu’il s’agit de compter. Il n’y a donc pas à tenir compte de l’avis de ceux qui la jugent comme une innovation (bidʿa). Les maîtres ont d’ailleurs dit : c’est un fouet [pour fouetter le] diable. »9
Dans l’école mālikite
Le qāḍī ʿIyāḍ al-Mālikī dit dans al-Ghunya (1/180, éd. Dār al-Gharb al-Islāmī) :
« Le ḥāfidh ʿAlī ibn al-Musharraf al-Anmāṭī – qu’Allah lui fasse miséricorde – m’a rapporté par écrit avoir entendu Abū Isḥāq al-Ḥabbāl dire : “J’ai entendu Abū al-Ḥasan ibn al-Murtafiq al-Ṣūfī dire :
J’ai vu Abū ʿAmr ibn ʿAlwān avec une subḥa à la main. Je lui dis : Ô maître, avec ton haut niveau spirituel et ton langage élevé, tu utilises une subḥa ? Il me répondit : J’ai vu al-Junayd ibn Muḥammad avec une subḥa à la main. Je l’ai interrogé comme tu m’interroges, et il m’a dit : J’ai vu mon maître Bishr ibn al-Ḥārith avec une subḥa. Je l’ai interrogé, et il m’a dit : J’ai vu ʿĀmir ibn Shuʿayb avec une subḥa. Je lui ai demandé et il m’a dit : J’ai vu mon maître al-Ḥasan al-Baṣrī avec une subḥa.
Quand je lui ai posé la même question, il m’a dit : Ô mon fils, c’est un outil que nous avons utilisé dans nos débuts, et que nous n’allons pas abandonner à la fin. J’aime évoquer Allah avec mon cœur, ma main et ma langue.” »10
Il est rapporté dans le livre Al-Miʿyār al-Muʿrib wa al-Jāmiʿ al-Mughrib ʿan Fatāwā Ahl Ifrīqiyyah wa al-Andalus wa al-Maghrib d’al-Wansharīsī al-Mālikī, tome 11, page 56, ce qui suit :
« Al-Qāḍī ʿIyāḍ a rapporté dans al-Madārik ce passage :
L’un des savants a dit : Je suis entré chez Sahnūn, et il avait une subḥa autour du cou avec laquelle il faisait le dhikr.
Il ajouta : Tu connais la science et la piété de Sahnūn ; qui donc oserait faire cela sans preuve ?
Il m’est parvenu que ces gens qui invoquent Allah avec leur subḥa veillent à la préserver de toute souillure ou de ce qui pourrait être considéré comme nuisible, par respect et par honneur pour elle. Leur comportement est donc juste, car tout ce qui est destiné à l’évocation d’Allah – que ce soit par le takbīr, le tasbīḥ, le taḥmīd, le tamjīd ou les prières sur le Prophète ﷺ – mérite d’être protégé des impuretés et des saletés, de faire l’objet de bénédiction par le toucher, et d’être recherché pour la guérison.
C’est pour cette raison que l’Imām Sahnūn – qu’Allah l’agrée – l’avait placée autour de son cou. »11
Il est rapporté dans le Sharḥ Mukhtaṣar Khalīl de l’Imām al-Khirashī (1/3) :
« Le shaykh des mālikites en Égypte, Abū ʿAbd Allāh al-Khirashī, avait une subḥa composée de mille perles. »12
Dans l’école shāfiʿite
Il est rapporté dans les Fatāwā d’al-Ḥāfidh Ibn al-Ṣalāḥ (1/400, éd. Maktabat al-ʿUlūm wa al-Ḥikam, Beyrouth) :
[Question : Est-il permis à une personne de faire le tasbīḥ avec une subḥa dont le fil est en soie, et ce fil est épais ? Il répondit — qu’Allah l’agrée : Ce qui est mentionné concernant cette subḥa n’est pas interdit, mais il est préférable de remplacer le fil par un autre. Et Allah est plus savant.]13
Dans al-Fatāwā al-Fiqhiyya al-Kubrā de l’Imām Ibn Ḥajar al-Haytamī ash-Shāfiʿī (1/152, éd. al-Maktaba al-Islāmiyya) :
« (Question) : La subḥa a-t-elle un fondement dans la Sunna ?
(Réponse) : Oui. Al-Ḥāfidh al-Suyūṭī a même écrit à ce sujet.
Parmi les preuves :
- Ce qui est authentique d’après Ibn ʿUmar : “J’ai vu le Prophète ﷺ compter les tasbīḥ avec sa main.”
- Et ce qui est authentique d’après Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) : Le Messager ﷺ entra et trouva devant moi 4000 noyaux avec lesquels je faisais le tasbīḥ. Il me dit : “Qu’est-ce donc, ô fille de Ḥuyayy ?”
Je répondis : “Je fais du tasbīḥ avec eux.”
Il dit : “J’ai fait plus de tasbīḥ que cela depuis que je suis debout près de toi.”
Je dis : “Enseigne-moi ô Messager d’Allah.” Il dit : “Dis : Subḥān Allāh ʿadada mā khalaqa min shayʾ (Gloire à Allah du nombre de choses qu’Il a créées).”Ibn Abī Shayba, Abū Dāwūd et al-Tirmidhī ont aussi rapporté :
“Multipliez le tasbīḥ, le tahlīl et le taqdīs, ne soyez pas négligentes au point d’oublier le tawḥīd. Comptez avec vos doigts, car ils seront interrogés et on les fera parler.”Le tasbīḥ avec des cailloux, des noyaux ou des cordes à nœuds est rapporté de nombreux Compagnons et de ceux après eux.
Al-Daylamī rapporte également en l’attribuant au Prophète ﷺ (marfūʿ) : “Excellente est la subḥa comme outil de rappel.” »14
Le savant shāfiʿī Muḥammad ibn ʿAllān a dit dans Al-Futūḥāt al-Rabbāniyya ʿalā al-Adhkār al-Nawāwiyya (1/285, éd. Jamʿiyyat al-Nashr wa al-Taʾlīf al-Azharīyya) :
« C’est pour cela que les gens pieux, et d’autres aussi, ont adopté l’usage des subḥas. Les savants ont dit : il convient que le nombre de tasbīḥ soit compté de la main droite. Ibn Ḥajar dit dans « Sharḥ al-Mishkāt » : « On tire du hadith ordonnant de compter avec les doigts la recommandation d’utiliser la subḥa ».
Dire que c’est une innovation est incorrect, sauf si l’on vise par là certaines pratiques inventées par des ignorants qui l’utilisent comme simple ornement, par ostentation ou pour jouer. »15
Al-Munāwī a dit dans Fayḍ al-Qadīr (4/355, éd. al-Maktaba al-Tijāriyya), en commentant le ḥadīth « multipliez le tasbīḥ » :
« Ceci est un fondement dans la recommandation de la subḥa telle qu’on la connaît. Elle était bien connue parmi les Compagnons. »16
Dans l’école ḥanbalite
Al-Ḥāfidh Ibn al-Jawzī, grand savant ḥanbalite dit :
« La subḥa est recommandée, d’après le ḥadīth de Ṣafiyya qui faisait le tasbīḥ avec des noyaux ou des cailloux, et le Prophète ﷺ l’a approuvée. La subḥa est équivalente à cela, que les noyaux soient enfilés ou non. »17
Le grand savant hanbalite Abū al-Barakāt Ibn Taymiyya al-Ḥanbalī, le grand père du célèbre Ibn Taymiyya, a consacré dans son livre al-Muntaqā un chapitre intitulé : « Chapitre sur la permission de compter le tasbīḥ avec la main ou avec des noyaux et autres objets similaires », et il y a mentionné les ḥadīth de Busra, Saʿd et Ṣafiyya précédemment cités.18
Son petit-fils Ibn Taymiyya dit également dans Majmūʿ al-Fatāwā (22/506, éd. Majmaʿ Malik Fahd) :
« Compter le tasbīḥ avec les doigts est une Sunna, comme le Prophète ﷺ l’a dit aux femmes : “Faites du tasbīḥ et comptez avec vos doigts, car ils seront interrogés et témoigneront.”
Quant à compter avec des noyaux, des cailloux ou autres, c’est une bonne chose. Certains Compagnons le faisaient. Le Prophète ﷺ a vu l’une de ses épouses faire du tasbīḥ avec des cailloux et l’a approuvée. Il est rapporté aussi qu’Abū Hurayra faisait cela. Quant au tasbīḥ à l’aide d’un chapelet fait de perles ou autres objets similaires, certaines personnes l’ont jugé répréhensible, tandis que d’autres ne l’ont pas jugé ainsi. Et si l’intention est bonne en l’utilisant, alors c’est une bonne chose et il n’y a là rien de répréhensible. »19
Et Allāh est le plus savant.
Questions fréquentes
La subḥa est-elle une innovation (bidʿa) ?
Non. Le Prophète ﷺ a approuvé le tasbīḥ fait avec des noyaux ou des cailloux, et la subḥa ne fait que les réunir sur un fil. La pratique est rapportée des Compagnons et de leurs successeurs sans que personne ne l’ait contestée.
Que disent les quatre écoles juridiques ?
Toutes en ont mentionné la légitimité, jusqu’à la juger recommandée. L’article cite Ibn ʿĀbidīn et Ibn Nujaym chez les ḥanafites, le Qāḍī ʿIyāḍ et al-Wansharīsī chez les mālikites, Ibn al-Ṣalāḥ et Ibn Ḥajar al-Haytamī chez les shāfiʿites, Ibn al-Jawzī chez les ḥanbalites.
Y a-t-il une réserve à son usage ?
Les savants cités excluent le cas où elle entraîne de l’ostentation ou de la vanité, et celui de la personne qui la porte comme simple ornement ou pour jouer.
Pour aller plus loin
- Les cours de fiqh mālikite de l’institut, pour étudier les règles des actes d’adoration dans l’école de Mālik ;
- Qu’est-ce que le taṣawwuf ?, une présentation sur le blog de l’institut de la discipline qui accorde une large place au dhikr ;
- Existe-t-il une « bonne innovation » (bidʿa ḥasana) ?, sur le sens exact du mot bidʿa ;
- L’ostentation (riyāʾ) dans la prière et les œuvres, la réserve que posent les savants cités ;
- Les invocations du matin, à écouter en livre audio ;
- Terminologies et titres des savants de l’école mālikite, pour situer les auteurs mālikites cités.
Références
- Al-Shawkānī, Nayl al-Awṭār Sharḥ Muntaqā al-Akhbār, 2/366, éd. Dār al-Ḥadīth
- Al-Suyūṭī, Al-Ḥāwī lil-Fatāwī, 3/2-5, éd. Dār al-Fikr
- Ibn ʿĀbidīn, Radd al-Muḥtār ʿalā ad-Durr al-Mukhtār, 1/651, éd. Dār al-Fikr
- Ibn Nujaym, Al-Baḥr al-Rā’iq Sharḥ Kanz al-Daqā’iq, 2/31, éd. Dār al-Kitāb
- Al-Mullā ʿAlī al-Qārī, Mirqāt al-Mafātīḥ, 4/1601, éd. Dār al-Fikr
- Al-Qāḍī ʿIyāḍ, Al-Ghunya, 1/180, éd. Dār al-Gharb al-Islāmī
- Al-Wansharīsī, Al-Miʿyār al-Muʿrib wa al-Jāmiʿ al-Mughrib ʿan Fatāwā Ahl Ifrīqiyyah wa al-Andalus wa al-Maghrib, 11/56
- Al-Khirashī, Sharḥ Mukhtaṣar Khalīl, 1/3
- Ibn al-Ṣalāḥ, Fatāwā Ibn al-Ṣalāḥ, 1/400, éd. Maktabat al-ʿUlūm wa al-Ḥikam, Beyrouth
- Ibn Ḥajar al-Haytamī, Al-Fatāwā al-Fiqhiyya al-Kubrā, 1/152, éd. al-Maktaba al-Islāmiyya
- Ibn ʿAllān, Al-Futūḥāt al-Rabbāniyya ʿalā al-Adhkār al-Nawāwiyya, 1/285, éd. Jamʿiyyat al-Nashr wa al-Taʾlīf al-Azharīyya
- Al-Munāwī, Fayḍ al-Qadīr, 4/355, éd. al-Maktaba al-Tijāriyya
- Ibn Taymiyya, Majmūʿ al-Fatāwā, 22/506, éd. Majmaʿ Malik Fahd
- Dār al-Iftāʾ al-Miṣriyya, Fatwā n°4360, Dr. Shawqī Ibrāhīm ʿAllām
- Rapporté par al-Tirmidhī ; authentifié par al-Ḥākim et approuvé par al-Dhahabī. ↩
- Rapporté par Abū Dāwūd, al-Tirmidhī – qui le considère bon –, al-Nasā’ī, Ibn Mājah, Ibn Ḥibbān et al-Ḥākim qui l’authentifie. ↩
- Rapporté par l’Imām Aḥmad dans az-Zuhd. ↩
- Rapporté par Abū Dāwūd, al-Tirmidhī – qui le juge bon – et al-Nasā’ī. ↩
- Rapporté par ʿAbd Allāh ibn Aḥmad dans Zawā’id az-Zuhd, et Abū Nuʿaym dans al-Ḥilya. ↩
- Al-Ḥāwī lil-Fatāwī, 3/2-5, éd. Dār al-Fikr. ↩
- Radd al-Muḥtār ʿalā ad-Durr al-Mukhtār (1/651, éd. Dār al-Fikr). ↩
- Al-Baḥr al-Rā’iq Sharḥ Kanz al-Daqā’iq (2/31, éd. Dār al-Kitāb). ↩
- Mirqāt al-Mafātīḥ (4/1601, éd. Dār al-Fikr). ↩
- Al-Ghunya (1/180, éd. Dār al-Gharb al-Islāmī). ↩
- Al-Miʿyār al-Muʿrib wa al-Jāmiʿ al-Mughrib ʿan Fatāwā Ahl Ifrīqiyyah wa al-Andalus wa al-Maghrib d’al-Wansharīsī al-Mālikī, tome 11, page 56. ↩
- Sharḥ Mukhtaṣar Khalīl de l’Imām al-Khirashī (1/3). ↩
- Fatāwā Ibn al-Ṣalāḥ, 1/400, éd. Maktabat al-ʿUlūm wa al-Ḥikam, Beyrouth. ↩
- al-Fatāwā al-Fiqhiyya al-Kubrā, Ibn Ḥajar al-Haytamī ash-Shāfiʿī, 1/152, éd. al-Maktaba al-Islāmiyya. ↩
- Al-Futūḥāt al-Rabbāniyya ʿalā al-Adhkār al-Nawāwiyya (1/285, éd. Jamʿiyyat al-Nashr wa al-Taʾlīf al-Azharīyya). ↩
- Fayḍ al-Qadīr (4/355, éd. al-Maktaba al-Tijāriyya). ↩
- Cité par Ibn ʿAllān dans al-Futūḥāt al-Rabbāniyya, 1/285. ↩
- Ash-Shawkānī commente ce chapitre dans son commentaire de cette épître Nayl al-Awṭār Sharḥ Muntaqā al-Akhbār, vol. 2, p. 366, éd. Dār al-Ḥadīth en disant : « Les deux autres hadith [celui de Saʿd et Ṣafiyya, NdT] indiquent qu’il est permis de compter le tasbīḥ avec des noyaux ou des cailloux, et donc également avec une subḥa, puisqu’il n’y a pas de différence, le Prophète ﷺ ayant approuvé ce comportement chez deux femmes. Le fait qu’il ne leur ait rien reproché et qu’il les ait simplement orientées vers une forme de dhikr meilleure ne contredit pas la permission de ce qu’elles faisaient. Des récits allant dans ce sens ont été rapportés. Par exemple, dans Juzʾ Hilāl al-Ḥaffār, on rapporte par la voie de Muʿtamir ibn Sulaymān d’après Abū Ṣafiyya, le serviteur du Prophète ﷺ, qu’un tapis lui était étendu, et qu’on lui apportait un panier rempli de cailloux avec lesquels il faisait le tasbīḥ jusqu’à la mi-journée, puis il les rangeait, et lorsqu’il priait, il les reprenait pour faire le tasbīḥ jusqu’au soir. L’Imām Aḥmad a rapporté dans az-Zuhd, d’après ʿAffān, d’après ʿAbd al-Wāḥid ibn Ziyād, d’après Yūnus ibn ʿUbayd, d’après sa mère, qu’elle a dit : “J’ai vu Abū Ṣafiyya, un homme parmi les Compagnons du Prophète ﷺ, qui était intendant, faire le tasbīḥ avec des cailloux.” Ibn Saʿd a rapporté d’après Ḥakīm ibn al-Daylam que Saʿd ibn Abī Waqqāṣ faisait le tasbīḥ avec des cailloux. Ibn Saʿd a également rapporté dans aṭ-Ṭabaqāt : “ʿAbd Allāh ibn Mūsā nous a rapporté, d’après Isrā’īl, d’après Jābir, d’après une femme à son service, que Fāṭima bint al-Ḥusayn ibn ʿAlī ibn Abī Ṭālib faisait le tasbīḥ avec une corde à nœuds.” ʿAbd Allāh ibn l’Imām Aḥmad a rapporté dans Zawāʾid az-Zuhd que Abū Hurayra avait une corde avec mille nœuds, et qu’il ne dormait pas sans faire le tasbīḥ avec. L’Imām Aḥmad a également rapporté dans az-Zuhd d’après al-Qāsim ibn ʿAbd al-Raḥmān : “Abū al-Dardāʾ avait des noyaux de dattes ʿajwa dans un sac ; après la prière de l’aube, il les sortait un à un pour faire le tasbīḥ jusqu’à les épuiser.” Ibn Saʿd a aussi rapporté que Abū Hurayra faisait le tasbīḥ avec des noyaux rassemblés. Al-Daylamī a rapporté dans Musnad al-Firdaws par la voie de Zaynab bint Sulaymān ibn ʿAlī, d’après Umm al-Ḥasan bint Jaʿfar, d’après son père, d’après son grand-père, d’après ʿAlī (qu’Allah l’agrée), que le Prophète ﷺ a dit : “Excellente est la subḥa comme moyen de rappel.” Al-Suyūṭī a rassemblé plusieurs récits dans son ouvrage intitulé “al-Minḥa fī al-Subḥa”, qui fait partie de son recueil al-Majmūʿ fī al-Fatāwā. Il y conclut en disant : “Il n’a jamais été rapporté, ni des anciens ni des contemporains, l’interdiction de compter le dhikr avec la subḥa. Au contraire, la majorité d’entre eux l’utilisaient pour cela, sans y voir la moindre réprobation.” » ↩
- Majmūʿ al-Fatāwā, 22/506, éd. Majmaʿ Malik Fahd. ↩