Que signifient les Noms d’Allah Al-Mubdiʾ (Celui qui commence), Al-Muʿīd (Celui qui restitue), Al-Muḥyī (Celui qui donne la vie) et Al-Mumīt (Celui qui donne la mort), et quelle est la part du serviteur dans chacun d’eux ? L’imām As-Sanūsī en donne ici une explication à la fois précise et édifiante.
L’imam As-Sanūsī rahimahuLlāh nous dit :
Al-Mubdiʾ (المبدئ) et Al-Muʿīd (المعيد)
C’est Celui qui a manifesté l’existence de toutes les créatures en les faisant apparaître, avec la diversité de leurs sortes, catégories et caractéristiques, à partir de l’invisible néant absolu qui n’a pas de commencement, sans qu’il n’existe de modèle antérieur pour aucune d’entre elles. Puis Il les ramène dans un second temps à ce sur quoi elles étaient comme néant, puis les restitue dans un troisième temps à l’existence. C’est alors qu’Il mettra en œuvre sur elles Ses jugements de bienfaisance et de domination, d’une manière qu’Il est seul à pouvoir embrasser — qu’Il soit Béni et Très-Haut.
La part du serviteur dans ces deux Noms est de voir tous les mondes — y compris sa propre personne — comme relevant du néant, parce qu’il a connaissance de Celui qui leur a donné commencement et fin, de sorte qu’il coupe toute ambition, confiance ou familiarité envers leurs plaisirs.
Il s’abstient de rechercher quoi que ce soit de ce bas-monde, car tout cela n’est que semblable à un éclair qui a brillé un instant dans l’obscurité, avant que celle-ci ne reprenne immédiatement sa place.
Ainsi, le serviteur ne doit avoir de préoccupation, intérieure ou extérieure, que dans la préparation de son retour ultime — ce retour après lequel il n’y aura plus de néant.
Car l’intelligent est celui qui maîtrise son âme et œuvre pour l’après-mort, tandis que l’insensé est celui qui suit les désirs de son âme et fonde sur Allah de vaines espérances.
Al-Muḥyī (المحيي)
C’est le Créateur de la vie dans les corps et les esprits, et Celui Qui relie la vie des corps aux causes ordinaires qu’Il veut, comme l’union des âmes aux corps, la nourriture, la boisson, et d’autres choses semblables, sans que rien de tout cela n’ait réellement d’effet par soi-même sur la vie. En vérité, notre Maître — Majestueux et Sublime — est le Vivificateur seul, sans intermédiaire. Cela pour ce qui est de la vie physique.
De même, Il est le Seul à créer la vie spirituelle : Il fait revivre — Gloire à Lui — les cœurs par la connaissance de Lui et par les œuvres intérieures qu’elle engendre, et Il fait revivre — Très-Haut — les membres du corps par le fait d’être à Son service, en les préservant de la paresse et de l’indolence dans l’effort d’obéissance et de gratitude envers Ses bienfaits.
La part du serviteur dans ce Nom est de reconnaître la valeur de cette vie éphémère, et de l’exploiter dans l’accomplissement de nombreux actes d’obéissance. Il ne doit rien gaspiller dans des plaisirs permis inutiles, et encore moins dans les actes répréhensibles ou interdits, afin de mériter après sa mort une vie éternelle dans les jardins du Paradis et l’élévation dans les degrés suprêmes.
Al-Mumīt (المميت)
C’est le Créateur du phénomène de la mort, survenant par une cause ordinaire choisie par Lui — Majestueux et Sublime — comme signe ou sans cause apparente, dans chaque parcelle du corps. Il a établi l’habitude que l’âme se sépare alors de ces parties devenues mortes.
Il est possible, du point de vue rationnel, qu’Il — Très-Haut — crée de nouveau la vie dans ces parties après la séparation de l’âme, tout comme Il maintient la vie de l’âme après sa séparation du corps. Il est aussi rationnellement possible qu’Il crée les effets de la mort dans les membres tout en laissant l’âme les habiter, ou qu’Il fasse mourir l’âme alors qu’elle est attachée au corps ou séparée de lui.
Il est également Celui qui fait mourir les cœurs en les privant de l’illumination des sciences divines et de la purification des penchants aux passions corporelles, ce qui entraîne ensuite la mort des membres par leur paresse à Le servir noblement, et leur absorption dans ce qui prive des hauts degrés de Son séjour d’honneur et de miséricorde.
La part du serviteur dans ce Nom est de garder toujours présente devant ses yeux la réalité imminente de la calamité qu’est la mort, qui est proche de lui-même comme des autres.
Il doit fermer les portes des plaisirs faciles, de la procrastination dans l’obéissance, et des passions éphémères, car tout cela sera source d’immense regret après la mort, sans qu’aucun profit n’en subsiste.
Il doit également, s’il ressent la mort de son cœur et de ses membres, se réfugier auprès de son Maître, le Très-Clément et Miséricordieux, pour que peut-être Il accepte de redonner vie à son cœur et à ses membres, même s’il en a désespéré, tout comme Allah, Majestueux et Sublime, fait revivre les ossements quand ils sont réduits en poussière.
Repère
Ces quatre Noms figurent dans la liste des Noms d’Allah transmise par la tradition, que reproduit par exemple al-Bayhaqī dans al-Asmāʾ wa-ṣ-ṣifāt, où il commente aussi « al-Mubdiʾ » et « al-Muʿīd » (t. 1, p. 184 de l’édition consultée).
Pour aller plus loin
- Comprendre ce qu’est la croyance et comment elle s’étudie : qu’est-ce que la ʿaqīda ? et les cours de ʿaqīda.
- La « part du serviteur » dans les Noms d’Allah relève de la purification de l’âme : qu’est-ce que le tasawwuf ? et les cours de tasawwuf.
- Savoir qui sont les gens de la voie de la Sunna en croyance : qui sont ahl as-sunna wa l-jamāʿa ?
Questions fréquentes
Que signifient Al-Mubdiʾ et Al-Muʿīd ?
Selon As-Sanūsī, Al-Mubdiʾ est Celui qui a fait apparaître toutes les créatures du néant, sans modèle antérieur, et Al-Muʿīd Celui qui les ramène au néant puis les restitue à l’existence.
Que signifie Al-Muḥyī ?
C’est Celui qui crée la vie des corps et des esprits, ainsi que la vie spirituelle des cœurs par la connaissance de Lui, sans que les causes ordinaires aient d’effet par elles-mêmes.
Quelle est la part du serviteur dans Al-Mumīt ?
Garder toujours présente devant ses yeux la réalité imminente de la mort, qui est proche de lui comme des autres, et fermer les portes des plaisirs faciles et de la procrastination dans l’obéissance.