As-salāmu ʿalaykum, j’ai 38 ans et je cherche à me marier. On m’a dit qu’une « muqābala » avec un mahram était obligatoire, et qu’une sœur ne pouvait pas me décrire la personne qu’elle me présente. Est-ce vrai ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Le mot « muqābala » signifie simplement « rencontre », et la Loi n’en fait pas une étape fixée. Ce qui est requis avant le contrat, c’est l’absence d’isolement (khalwa) et de recherche du plaisir, règles exposées dans la réponse #63. Une rencontre en présence d’un tiers de confiance remplit ces conditions, que ce tiers soit ou non le tuteur. Le prétendant sérieux qui ne peut pas voir la prétendante lui-même peut demander à une femme de la lui décrire. Des mālikites le recommandent.
Les intermédiaires payants et les sites matrimoniaux sont traités dans la réponse #304, et le retrait après un accord de mariage dans la réponse #261.
Détail de la réponse
La « muqābala » et le tiers présent
Le mot arabe muqābala désigne simplement une rencontre. Les textes de l’école ne parlent pas d’une étape de ce nom. Ils fixent deux règles : la recommandation de voir la personne avant le mariage, et l’interdiction de l’isolement. La réponse #63 développe la première : selon Khalīl, on voit la fiancée « avec son accord ». Les réponses #114 et #116 expliquent ce qu’est l’isolement.
Il en découle que :
- Le tiers présent n’a pas à être le tuteur (walī), ni un mahram. Toute personne de confiance dont la présence lève l’isolement suffit : une amie, une sœur, un imam, un couple de proches. Le tuteur relève d’une autre question, celle du contrat, et c’est un homme (voir la réponse #51).
- La rencontre se fait avec l’accord de la femme. Ibn al-Qāsim réprouvait de la regarder à son insu. Al-Ḥaṭṭāb (m. 954 H) le rapporte, puis il cite Zarrūq : « مَشْهُورُ الْمَذْهَبِ لَا يَجُوزُ النَّظَرُ إلَيْهَا إلَّا بَعْدَ إعْلَامِهَا بِهِ لَا غَفْلَةً », « l’avis reconnu de l’école est qu’il n’est permis de la regarder qu’après l’en avoir informée, et non à son insu » (Mawāhib al-jalīl, 3/404).
- Pour la jeune fille vierge que son père marie, l’avis du père est décisif. Ad-Dardīr écrit à propos de l’accord donné à un prétendant : « فَالْعِبْرَةُ بِمُجْبِرِهَا », « ce qui compte est l’avis de celui qui a autorité pour la marier » (ash-Sharḥ al-kabīr, 2/217). Les rencontres passent alors par lui.
- La rencontre sert la décision. Le nombre de rencontres n’est pas fixé. Elles prennent fin quand la décision est prise. Les échanges qui suivent restent dans le cadre décrit en #63.
Faire décrire la prétendante
Le principe est l’interdiction de décrire une femme à un homme. Le Prophète ﷺ a dit :
« لَا تُبَاشِرُ الْمَرْأَةُ الْمَرْأَةَ، فَتَنْعَتَهَا لِزَوْجِهَا كَأَنَّهُ يَنْظُرُ إِلَيْهَا »
« Qu’une femme ne côtoie pas une autre femme pour la décrire ensuite à son mari comme s’il la voyait. » (al-Bukhārī, n° 5240)
Al-Qābisī (m. 403 H), mālikite de Kairouan, en donne la raison. Il craint « أَنْ يُعْجِبَ الزَّوْجَ الْوَصْفُ الْمَذْكُورُ فَيُفْضِي ذَلِكَ إِلَى تَطْلِيقِ الْوَاصِفَةِ أَوْ الِافْتِتَانِ بِالْمَوْصُوفَةِ », « que la description ne plaise au mari, et que cela le mène à divorcer de celle qui décrit ou à être séduit par celle qui est décrite ». Ibn Ḥajar rapporte son explication (Fatḥ al-Bārī, 9/338).
Cette raison disparaît quand celui qui demande la description veut épouser la femme décrite. Al-Majlisī (m. 1302 H) rapporte, sur le Mukhtaṣar :
« وإذا لم يمكنه النظر استحب له أن يبعث امرأة تنظر إليها وتخبره قبل الخطبة »
« S’il ne peut pas la regarder, il lui est recommandé d’envoyer une femme qui la regarde et le renseigne avant la demande. » (Lawāmiʿ ad-durar, 6/8)
Une femme qui voit la prétendante sans voile peut donc décrire au prétendant sérieux ce qui l’aidera à se décider, y compris sa chevelure. Elle ne cherche pas à exciter. Et elle ne le fait pas pour un homme qui n’a pas l’intention de se marier. Dans l’autre sens, Khalīl permet de même de signaler les défauts d’un prétendant à celle qui consulte (« وذكر المساوي », Mukhtaṣar, p. 96).
En pratique
- Rencontrez la personne en présence d’un tiers de confiance, avec son accord, et en passant par son père s’il s’agit d’une jeune fille qu’il marie.
- Vous pouvez demander à une femme de confiance de vous décrire la prétendante, si votre projet de mariage est sérieux.
Allah sait mieux.