Question n° 279 · Finances et commerce

Peut-on rembourser en euros un prêt reçu en dollars ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 3 min

As-salāmu ʿalaykum, un ami m’a avancé un billet d’avion qu’il a payé en dollars. Puis-je le rembourser en euros ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Un prêt reçu dans une monnaie se rembourse dans la même monnaie. À l’échéance, vous pouvez convenir de payer dans une autre monnaie, si rien n’avait été posé comme condition au départ. Faites-le alors au cours du jour, et en une fois. Stipuler dès le départ un remboursement dans une autre monnaie est interdit.

Payer une dette dans une autre monnaie est en effet un change (ṣarf), qui se fait de main à main et sans délai. Ses règles et le transfert d’argent vers une autre monnaie sont traités dans la réponse #164.

Détail de la réponse

Rembourser un prêt dans une autre monnaie

Un prêt se rend dans la monnaie reçue. Ce que l’on peut faire à l’échéance, c’est payer cette dette dans une autre monnaie, en une fois. Ibn ʿUmar vendait des chameaux au Baqīʿ, à des prix fixés en dinars qu’il encaissait en dirhams, ou l’inverse. Il interrogea le Prophète ﷺ, qui répondit :

لَا بَأْسَ أَنْ تَأْخُذَهَا بِسِعْرِ يَوْمِهَا

« Il n’y a pas de mal à ce que tu la prennes au cours du jour. » (Abū Dāwūd, avec sa chaîne, cité par Ibn ʿAbd al-Barr, al-Istidhkār, 6/383)

Ibn al-Qāsim rapporte dans al-Mudawwana, le grand recueil des réponses de Mālik :

وَقَالَ مَالِكٌ: لَا بَأْسَ بِأَنْ يَقْضِيَهُ دَرَاهِمَ مِنْ دَنَانِيرَ إذَا حَلَّتْ

« Mālik a dit : il n’y a pas de mal à ce qu’il le rembourse en dirhams d’une dette en dinars, quand elle est échue. » (al-Mudawwana, 3/178)

Sur la même page, deux des sept juristes de Médine, al-Qāsim et Sālim, traitent de celui qui a prêté dix dinars. Ils lui permettent d’en prendre la contre-valeur en argent « بِصَرْفِ النَّاسِ », « au cours pratiqué par les gens ». Ibn Juzayy al-Kalbī (m. 741 H), mālikite de Grenade, pose la condition de l’échéance dans al-Qawānīn al-fiqhiyya :

يجوز صرف مَا فِي الذِّمَّة إِن كَانَ حَالا

« Il est permis de changer ce qui est dû si la dette est échue. » (al-Qawānīn al-fiqhiyya, p. 166)

Pour le billet d’avion avancé en dollars, cela donne :

  • À l’échéance, sans condition préalable : vous convenez avec votre ami de payer en euros, au cours du jour du paiement, et vous payez la totalité sur-le-champ. C’est permis.
  • Paiement partiel : si vous payez une partie en euros et laissez le reste pour plus tard, la partie convertie doit être réglée immédiatement. Mālik a été interrogé sur une dette convertie à l’échéance, puis laissée impayée après que les deux se sont séparés. Il répond : « لَا خَيْرَ فِيهِ لِأَنَّهُ يَصِيرُ دَيْنًا بِدَيْنٍ », « il n’y a rien de bon à cela, car cela devient une dette contre une dette » (al-Mudawwana, 3/178). Le plus simple est de convertir chaque versement au moment où vous le faites.
  • Condition posée dès le prêt : « je te prête 500 dollars, tu me rendras 450 euros » est un échange de dollars présents contre des euros à venir, donc un change différé, interdit. Un accord tacite connu des deux parties compte comme une condition.
  • Avant l’échéance : la conversion n’est pas permise selon l’avis retenu ; payez dans la monnaie prêtée, ou attendez l’échéance.

Note. Si le prêt a été fait sans terme, l’école laisse à l’emprunteur la durée habituelle pour ce genre de prêt (ad-Dardīr, ash-Sharḥ al-kabīr, 3/226). Une fois cette durée passée, le paiement qu’il propose vaut paiement d’une dette échue.

En pratique

  • Prêt dans une monnaie étrangère : rendez la même monnaie, ou convertissez à l’échéance au cours du jour, en payant la somme convertie tout de suite.
  • Condition posée dès le prêt : ne l’acceptez pas, et rendez la monnaie prêtée.

Allah sait mieux.

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