Question n° 176 · Finances et commerce

Peut-on payer la dette de quelqu’un à sa place sans qu’il le sache ?

Réponse selon l'école mālikite · Lecture : 2 min

As-salāmu ʿalaykum, un collègue doit de l’argent à une collègue et il est en difficulté. Puis-je la rembourser à sa place sans qu’il le sache ?

Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.

Résumé de la réponse

Payer la dette d’un autre est permis, même sans son accord ni sa connaissance, si on le fait pour lui rendre service. Le créancier doit accepter ce paiement. L’acte est interdit à celui qui veut, par là, devenir le créancier d’un ennemi pour le harceler. Celui qui paie peut en faire un don, ou réclamer ensuite la somme au débiteur.

La compensation d’une dette par une autre est traitée dans la réponse #285.

Détail de la réponse

Payer la dette d’un autre sans qu’il le sache

Khalīl ibn Isḥāq (m. 776 H) traite de cette question au chapitre de la garantie, dans son Mukhtaṣar, texte de référence de l’école. On peut garantir la dette d’un autre, dit-il, « وبغير إذنه كأدائه رفقا لا عنتا فيرد », « même sans son autorisation, comme on peut la payer à sa place par bienveillance, mais non pour le harceler, auquel cas c’est annulé » (Mukhtaṣar Khalīl, p. 176). Ad-Dardīr (m. 1201 H) explique :

« (كَأَدَائِهِ) […] أَيْ كَمَا يَصِحُّ لِشَخْصٍ أَنْ يُؤَدِّيَ دَيْنًا عَنْ آخَرَ بِغَيْرِ إذْنِهِ (رِفْقًا) بِالْمُؤَدَّى عَنْهُ وَيَلْزَمُ رَبَّ الدَّيْنِ قَبُولُهُ (لَا عَنَتًا) أَيْ لِأَجْلِ الْعَنَتِ وَالضَّرَرِ بِالْمَدِينِ »

« De même qu’il est valide de payer la dette d’un autre sans son autorisation, par bienveillance envers celui pour qui l’on paie, et le créancier est tenu d’accepter, mais non pour causer au débiteur gêne et tort. » (ash-Sharḥ al-kabīr, 3/334)

Ad-Dasūqī (m. 1230 H) rattache cette règle au texte d’al-Mudawwana :

« مَنْ أَدَّى عَنْ رَجُلٍ دَيْنًا بِغَيْرِ أَمْرِهِ جَازَ إنْ فَعَلَهُ رِفْقًا بِالْمَطْلُوبِ وَإِنْ أَرَادَ الضَّرَرَ بِطَلَبِهِ وَإِعْنَاتِهِ لِعَدَاوَةٍ بَيْنَهُمَا مُنِعَ مِنْ ذَلِكَ »

« Celui qui paie la dette d’un homme sans qu’il le lui ait demandé, cela est permis s’il le fait par bienveillance envers le débiteur. S’il veut lui nuire en le poursuivant et en le harcelant, à cause d’une inimitié entre eux, on l’en empêche. » (Ḥāshiyat ad-Dasūqī, 3/334)

L’interdiction vise donc celui qui rachète en quelque sorte la dette d’un ennemi, pour le tenir. Celui qui veut soulager un collègue en difficulté est dans le cas permis. La dette est éteinte dès que la créancière reçoit la somme comme paiement de cette dette. Il est utile que le débiteur l’apprenne ensuite, pour qu’il ne paie pas une seconde fois.

Celui qui paie peut-il récupérer la somme ?

Celui qui paie a le choix. S’il paie à titre de don, il ne réclame rien. S’il ne l’a pas voulu comme un don, la règle de l’école lui permet de se faire rembourser par le débiteur. Al-Qarāfī (m. 684 H) formule cette règle dans adh-Dhakhīra :

« قَاعِدَةٌ مَذْهَبِيَّةٌ مَنْ أَدَّى عَنْ غَيْرِهِ مَالًا شَأْنُهُ أَنْ يُعْطِيَهُ أَوْ عَمِلَ لِغَيْرِهِ عَمَلًا شَأْنُهُ أَنْ يُسْتَأْجَرَ عَلَيْهِ رَجَعَ بِذَلِكَ الْمَالِ وَبِأُجْرَةِ ذَلِكَ الْعَمَلِ كَانَ دَفْعُ ذَلِكَ الْمَالِ وَاجِبًا عَلَيْهِ كَالدَّيْنِ أَوْ غَيْرَ وَاجِبٍ »

« Règle de l’école : celui qui paie pour un autre une somme que celui-ci aurait eu à verser, ou qui fait pour lui un travail pour lequel on prend d’ordinaire un salarié, se fait rembourser la somme ou payer ce travail, que la somme fût obligatoire pour l’autre, comme une dette, ou non. » (adh-Dhakhīra, 9/93)

Il vaut mieux que l’intention soit claire au moment de payer, pour éviter tout différend ensuite.

En pratique

  • Pour aider quelqu’un, payez sa dette directement au créancier, en précisant qu’il s’agit de sa dette. Dites clairement si c’est un don ou une avance.

Allah sait mieux.

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