As-salāmu ʿalaykum, je voudrais rédiger mon testament. Puis-je laisser davantage à ma fille qui s’occupe de moi, ou tout donner à une association ?
Wa ʿalaykum as-salām wa raḥmatuLlāhi wa barakātuh.
Résumé de la réponse
Le testament (waṣiyya) est recommandé, et il devient obligatoire pour qui a des dettes ou des droits à restituer. La Sunna en limite cependant la portée à un tiers des biens au plus, et l’exclut au profit d’un héritier, sauf si les autres héritiers l’acceptent après le décès. Le reste revient aux héritiers selon les parts fixées par Allah, que personne ne peut modifier.
Vous ne pouvez donc pas tout donner à une association, ni laisser à votre fille plus que sa part par testament. Ce que doit contenir le testament est détaillé dans la réponse #248, et le partage de l’héritage dans la réponse #69.
Détail de la réponse
Le testament limité au tiers, et jamais pour un héritier
Les legs se prennent sur la succession après les frais funéraires et les dettes, et avant le partage entre les héritiers (voir #69). Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī (m. 386 H) résume la règle dans ar-Risāla :
« ويحق على من له ما يوصي فيه أن يعد وصيته ولا وصية لوارث والوصايا خارجة من الثلث ويرد ما زاد عليه إلا أن يجيزه الورثة »
« Celui qui possède de quoi léguer doit préparer son testament. Il n’y a pas de legs pour un héritier. Les legs se prennent sur le tiers, et ce qui le dépasse est annulé, sauf si les héritiers l’acceptent. » (ar-Risāla, p. 113)
Le tiers. Saʿd ibn Abī Waqqāṣ, malade, demanda au Prophète ﷺ s’il pouvait donner en aumône les deux tiers de ses biens, puis la moitié. Le Prophète ﷺ refusa, puis dit :
« الثُّلُثُ، وَالثُّلُثُ كَثِيرٌ، إِنَّكَ أَنْ تَذَرَ وَرَثَتَكَ أَغْنِيَاءَ، خَيْرٌ مِنْ أَنْ تَذَرَهُمْ عَالَةً يَتَكَفَّفُونَ النَّاسَ »
« Le tiers, et le tiers c’est beaucoup. Laisser tes héritiers riches vaut mieux que de les laisser dans le besoin, à tendre la main aux gens. » (Mālik, al-Muwaṭṭaʾ, Kitāb al-waṣiyya, 2/763)
Vous ne pouvez donc léguer à une association qu’un tiers au plus, et moins encore si vos héritiers sont modestes.
Pas de legs à un héritier. L’imam Mālik (m. 179 H) dit dans al-Muwaṭṭaʾ :
« السُّنَّةُ الثَّابِتَةُ عِنْدَنَا الَّتِي لَا اخْتِلَافَ فِيهَا. أَنَّهُ لَا تَجُوزُ وَصِيَّةٌ لِوَارِثٍ. إِلَّا أَنْ يُجِيزَ لَهُ ذَلِكَ وَرَثَةُ الْمَيِّتِ وَأَنَّهُ إِنْ أَجَازَ لَهُ بَعْضُهُمْ. وَأَبَى بَعْضٌ. جَازَ لَهُ حَقُّ مَنْ أَجَازَ مِنْهُمْ. وَمَنْ أَبَى، أَخَذَ حَقَّهُ مِنْ ذَلِكَ »
« La sunna établie chez nous, sur laquelle il n’y a pas de divergence, est qu’un legs à un héritier n’est pas valable, sauf si les héritiers du défunt l’acceptent. Si certains l’acceptent et d’autres refusent, il obtient la part de ceux qui ont accepté, et celui qui refuse garde son droit. » (al-Muwaṭṭaʾ, 2/765)
Votre fille, héritière, ne peut donc pas recevoir par testament plus que sa part, sauf accord de ses frères et sœurs après votre décès. Le testament peut en revanche profiter à des proches qui n’héritent pas, comme les petits-enfants dont le parent est décédé, les neveux, une tante ou une belle-fille. C’est même le meilleur legs. Ibn Juzayy al-Kalbī (m. 741 H), mālikite de Grenade, dit des legs pieux : « وأفضلها الوصية للأقارب » (« le meilleur d’entre eux est le legs aux proches »). Il rappelle aussi que le legs à un héritier « لا تجوز له اتفاقا » (« n’est pas permis, par consensus des savants »), sauf si les autres héritiers l’autorisent (al-Qawānīn al-fiqhiyya, p. 266).
On peut modifier ou révoquer son testament à tout moment de sa vie : « وللرجل الرجوع عن وصيته » (ar-Risāla, p. 113).
Note : remercier un enfant qui s’occupe de vous reste possible de votre vivant, par un salaire ou un don effectivement remis, sans intention de priver les autres héritiers. Ce point engage des conditions précises (prise de possession, équité entre enfants), et il vaut mieux demander l’avis d’un mufti avant de le faire.
En pratique
- Rédigez votre testament devant notaire. Indiquez-y vos dettes et créances, vos dépôts et, si vous le souhaitez, un legs dans la limite du tiers à des non-héritiers ou à des œuvres. Demandez que le reste soit partagé selon les parts islamiques. Il est à noter que la réserve héréditaire du droit français et les droits légaux du conjoint ne coïncident pas avec les parts islamiques.
- Parlez-en de votre vivant avec vos enfants, car un partage connu et accepté évite les ruptures.
- Pour calculer les parts de chacun, vous pouvez utiliser notre calculateur d’héritage selon l’école mālikite, qui donne la part de chaque héritier avec son fondement.
Allah sait mieux.